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Prix des ingénieurs de l'Année

Pour un entrepreneur : François Bourdoncle


Il défie les moteurs de recherche américains
Entre les laboratoires de l'Ecole des mines et ceux du constructeur informatique américain Digital Equipment, François Bourdoncle a développé les briques logicielles nécessaires à l'élaboration d'un moteur de recherche de nouvelle génération.









Il rêvait d'être un savant, il sera entrepreneur. Déjà en 1984, à sa sortie de l'Ecole polytechnique, François Bourdoncle voulait faire de la recherche. Pourtant, lorsqu'une place se libère au corps des Mines, il accepte. Il est prévenu: durant ces trois années, il ne reste ra pas dans un laboratoire. En revanche, il apprendra, sur le terrain, au Havre, le marketing chez un spécialiste des plastiques rétractables. Et y découvrira le monde de la politique et la puissance des lobbies lors d'une étude sur les conséquences sociopolitiques de l'effet de serre.

En parallèle, il achève son doctorat en informatique. Car rien n'a jamais éloigné François Bourdoncle de sa passion première. Il n'avait pas 10ans lorsqu'il dépouille sa première calculatrice pour en comprendre le mécanisme. Ensuite, il campe dans le premier magasin de micro-informatique de Gap, la préfecture des Hautes-Alpes où il grandit. Sa passion l'oriente naturellement vers une école d'ingénieur. Ensuite, à l'occasion de sa thèse de doctorat sur le «débuggage» de codes de programmation objet qu'il a réalisée dans le laboratoire de Digital Equipment, à Paris en 1992, commence son aventure avec le constructeur informatique américain. Dès 1993, il est embauché à Palo Alto, toujours pour résoudre des bogues de programmation, cette fois dans le cadre du développement du processeur Alpha.


Avec la vente du prototype, il ouvre son propre laboratoire
C'est là qu'il rencontre Louis Monnier. L'inventeur d'Altavista -précurseur des moteurs de recherche supplanté par Yahoo!, puis Google- lui demande en 1995 de venir l'aider. François Bourdoncle répond à l'appel dans le cadre d'un contrat passé avec l'Ecole des mines, où, entretemps, il est retourné travailler comme adjoint du directeur de recherche. C'est là qu'il réalise le module de cartographie sémantique, développé aujourd'hui dans les produits Exalead et connu sous le nom de code «Cow9»: «un jeu de mots, en pleine période de la vache folle, à partir de l'expression américaine ?cloud 9?, septième ciel en français », raconte l'ingénieur (depuis, il s'est vu offrir toute une collection... de vaches).

Comme François Bourdoncle n'était pas salarié de Digital, l'entreprise américaine a dû payer -très cher- le droit d'utiliser la technologie développée. «Pourtant, à l'époque, ce n'était encore qu'un prototype», se souvient-il. Avec cet argent, François Bourdoncle monte une équipe de recherche aux Mines en 1996 et ouvre, fin 1997, son propre laboratoire pour développer de zéro un nouveau moteur de recherche. Lorsqu'il est prêt, en septembre 2000, il fonde Exalead avec deux amis polytechniciens, Eric Jeux et Patrice Bertin, alors en poste chez Bouygues Telecom. Les trois partenaires démarrent avec une équipe de six personnes. Mais pour acheter la technologie aux Mines, il faut trouver de l'argent. «Nous avons eu la chance de rencontrer l'équipe de SCA Qualis, un holding détenu par de grandes familles d'industriels. Elle nous soutient tant financièrement, avec 3 millions d'euros, qu'en matière d'embauche ou de contrat, sans mettre une trop forte pression sur les résultats, se félicite l'entrepreneur. Sans cet appui, nous aurions probablement déjà été cédés au plus offrant.» Ainsi épaulée, Exalead peut tranquillement défier les géants américains du moteur de recherche, Google et Microsoft, mais aussi des éditeurs comme Verity (racheté récemment par Autonomy) ou le suédois Fast.


L'aide à la recherche sera la clé de l'innovation
«L'enjeu des moteurs de recherche se situe au niveau de l'interface homme-machine, analyse François Bourdoncle. Je butais sur ce point depuis les débuts chez Altavista. » Exalead fera de l'aide à la recherche la clé de son développement. Pour protéger son innovation, François Bourdoncle enchaîne les dépôts de brevet. Chemin faisant, il a dû passer de la posture de celui qui fait au statut de celui qui fait faire.

Mais ses collaborateurs doivent respecter ses règles. François Bourdoncle parle même d'une approche « stalinienne » de la programmation. Rien à voir, comme il le souligne, avec l'anarchie du logiciel libre. Chez Exalead, il y a un chef, une vision, des méthodes et des cycles de tests à respecter. La création, François Bourdoncle se la réserve. C'est son moteur et sa motivation. «Mon plus grand plaisir, c'est d'avoir inventé quelque chose que les gens utilisent», résume-t-il. Ambitions assouvies. Ses deux innovations majeures, le langage de programmation original ExaScript qu'il a imaginé à l'Ecole des mines de Paris et son système statistique d'analyse sémantique de données non structurées, trouvent avec Exalead des applications concrètes (lire encadré ci-dessus).
Et s'il s'est résigné, en 2004, à arrêter la programmation pour se consacrer au développement de l'entreprise, c'est sans regret. « Le marketing et la communication sont bien plus drôles, conclut-il, et laissent plus de place à la création que je ne l'imaginais. »



L'INNOVATION



UN MOTEUR DE RECHERCHE QUI GUIDE L'UTILISATEUR
Il n'existe pas une version du moteur de recherche Exalead, mais trois : la «Corporate», pour explorer la masse de documents non structurés stockés dans les serveurs des entreprises ; un moteur grand public, pour explorer le web, accessible gratuitement depuis 2004; enfin, une version poste de travail, lancée en septembre 2005, pour explorer le contenu des disques durs des ordinateurs personnels.

Ces trois outils partagent les mêmes technologies d'analyse sémantique statistique, dont la première version, Cow9, développée pour le moteur Altavista, servait à résumer les résultats de recherche. Ne faisant appel à aucun dictionnaire ni opération humaine, elle intervient à tous les niveaux de la plate-forme commune aux trois moteurs pour aider les utilisateurs dans leur recherche : reconnaissance de la langue, génération automatique de mots clés, proposition de thèmes associés, correcteur d'orthographe, recherche phonétique et approchée...

Le langage de programmation utilisé, exclusif, est lui aussi une innovation imaginée par François Bourdoncle. Baptisé ExaScript, il réconcilie la programmation objet (Java), le langage PHP, favori des développeurs web et le modèle de données XML, propre aux documents échangés via des réseaux internet. Dix années de développement et trois thèses, dont une en cours chez Exalead, lui ont été consacrées.



SON PARCOURS
FRANÇOIS BOURDONCLE
, 41 ans, P-DG d'Exalead. Diplômé de l'Ecole polytechnique (1984), corps des Mines (85-87) et docteur en informatique, il a travaillé dans les laboratoires de l'Ecole des mines, chez le fabricant d'ordinateurs américain Digital à Paris (jusqu'en 1993), aux Etats-Unis (1994), puis avec le créateur du moteur de recherche Altavista, Louis Monnier. En 1988, il crée son propre laboratoire à l'Ecole des mines.



SON ÉQUIPE

Directeur technique : Patrice Bertin, 42 ans, X, cofondateur d'Exalead.
Directeur commercial : Alain Heurtebise, ingénieur de l'Ecole centrale, 47ans.
Directeur général adjoint : Guillaume Mainbourg, diplômé de l'Ecole centrale, 48 ans.



SON ENTREPRISE
EXALEAD

Localisation : Paris
Date de création : 2000
Effectif : 42personnes
Grandes étapes
2001 : soutien financier de SCA Qualis ; contrats avec Bouygues Telecom et AOL.
2002: lancement du moteur de recherche pour entreprise; développement commercial et ouverture de bureaux en Italie et aux Etats-Unis.
2004: mise en ligne du moteur de recherche web (1 milliard de pages indexées)
2005: sortie d'une version pour poste de travail.



ILS ONT AUSSI ÉTÉ NOMINÉS...

PIERRE-PAUL JOBERT
, 50 ans, ingénieur ESPCI et Enserg, a créé la société CGTech, à Moirans (Isère) en septembre 2000, après vingt années passées chez l'ex-Thomson-CSF.
L'innovation : grâce à la maîtrise de la taille des nanostructures, CGTech utilise des poudres dont les grains vont de quelques nanomètres à quelques microns, pour développer des matériaux luminescents, des renforts de composés organiques et des pigments submicromiques.

ALEXANDRE ZAPOLSKI, 29 ans, ingénieur de l'Institut national des télécommunications, a créé en mai 2000 Linagora, une société de services informatiques pour les logiciels libres.
L'innovation : Linagora a été l'une des premières sociétés à proposer un accompagnement des entreprises et du secteur public pour exploiter les nouvelles ressources offertes par les logiciels libres, dont les codes sources sont ouverts et gratuits.

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