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Prix des ingénieurs de l'Année

Pour son oeuvre : Jean-Frédéric Clerc


Sa vocation, la recherche technolologique
Pionnier français des écrans plats à cristaux liquides, Jean-Frédéric Clerc se consacre aujourd'hui aux nanotechnologies. Cet ingénieur Supélec met en musique ce que seront leurs applications dans une décennie.

Sans lui, les écrans plats à cristaux liquides ne seraient sans doute pas aujourd'hui ce qu'ils sont. Et pas davantage les microsystèmes ou encore les très prometteuses biopuces, qui lui doivent énormément. Mais la renommée de Jean-Frédéric Clerc reste discrète bien que chacun - dans sa vie courante ou dans le quotidien d'un proche futur, lors d'un examen médical par exemple - sera amené à côtoyer l'un des produits qu'il aura contribué à créer, puis à l'industrialiser.




Un enjeu scientifique et industriel. Quand on lui parle de ce «virus» des cristaux liquides qui accompagnera sa carrière pendant près de deux décennies, il évoque la «grosse épidémie», qui existait déjà en France au milieu des années 70. Bien davantage qu'une mode, les cristaux liquides et leurs promesses représentaient alors un enjeu scientifique et industriel pour la France. «Le professeur Pierre-Gilles de Gennes avait publié ses travaux de recherche et écrit le bouquin de référence sur la question », rappelle Jean-Frédéric Clerc. La parution de «The Physics of liquid crystals» en 1974, écrit par le futur prix Nobel de physique, a été très certainement l'événement fondateur de l'«épidémie ».

Une aubaine pour un jeune chercheur que de savoir l'inventeur sinon accessible du moins présent. «Bien sûr, il n'était pas question pour nous de prendre le téléphone pour l'appeler, se souvient-il. Mais le terreau était tellement fertile qu'il était possible de téléphoner à d'autres chercheurs, afin d'obtenir en direct les explications voulues.» Les conditions sont donc réunies quand le jeune ingénieur, frais émoulu de Supélec, fait son entrée au CEA-Léti de Grenoble, où un laboratoire l'accueille. Celui-ci est déjà en train de regarder les futures applications des cristaux liquides «et pas seulement pour les écrans plats », souligne Jean-Frédéric Clerc.


Obtenir un produit, qui soit diffusé le plus possible
C'est décidé, la recherche technologique sera son métier. Sa vocation plutôt. Elle façonnera l'ensemble d'une carrière qui continue, plus active que jamais. «Il existe une différence de motivation avec les chercheurs fondamentaux, explique-t-il. Là où ceux-ci trouvent leur succès dans leurs publications, et l'impact qu'elles ont sur la communauté scientifique, les chercheurs technologiques ont comme objectif d'obtenir un produit, qui soit le plus diffusé possible.» De l'orgueil? Ce fils d'une famille d'instituteurs le reconnaît.

Il en faut une bonne dose pour croire à une idée avant de la mettre en musique et de la porter jusqu'à l'indispensable étape de production. Mais l'orgueil n'est rien sans la générosité qui doit l'accompagner: «On veut créer des emplois, des richesses et donner l'ensemble au plus grand nombre», assure-t-il. Les deux motivations peuvent sembler contradictoires, mais elles ont servi - et servent encore- de moteur à l'actuel directeur adjoint de la Direction de la recherche technologique (DRT).

De moteur, voire même de réacteur, quand en 1988 Jean-Frédéric Clerc décide d'aller au bout de sa démarche. Après avoir fait le tour des industriels européens et une infructueuse tentative d'industrialisation avec Thomson, le CEA obtient le feu vert du gouvernement et décide de céder la licence de sa technologie de cristaux liquides à un japonais, Stanley Electric. Au grand étonnement de tous, le jeune ingénieur quitte Grenoble et s'en va travailler au Japon, dont il ne connaît ni la langue ni la culture. Peu importe! «Il a fait alors un choix personnel étonnant, qui nous a impressionnés: pour assurer la réussite du transfert et de l'industrialisation, il décida ?d'y aller? et se fit recruter par le licencié, en tant que responsable du projet», se souvient Denis Randet, alors directeur du Léti. «Les ingénieurs formés en France doivent accepter un certain nombre de contraintes, dont celle de se déplacer quand c'est nécessaire. La meilleure façon de faire aboutir un projet, c'est d'aller dans l'usine qui va le fabriquer», estime Jean-Frédéric Clerc.


Utiliser l'expérience de ses aventures industrielles
L'expérience japonaise, de 1988 à 1992, est une «réussite complète» témoigne Denis Randet. Mais Jean-Frédéric Clerc n'en a pas bouclé pour autant son parcours industriel. De l'empire du Soleil-Levant, il rejoint l'Italie et la jeune société Tecdis (Tecnologia dei display), coentreprise entre Olivetti et le japonais Seiko. Ses dirigeants ont l'ambition de créer une alternative européenne pour l'industrie des écrans plats. Un nouveau challenge pour cet «aventurier de la technologie » que décrit son ancien patron, et qui a déposé une centaine de brevets en tant que demandeur et/ou inventeur.

L'expérience dure une paire d'années. Puis, jusqu'en 1995, le chercheur accompagne une autre aventure industrielle, celle de Pixtech, à Montpellier. Il s'agit cette fois de «micropointes», là encore une technologie destinée à produire des écrans plats de nouvelle génération, et elle aussi d'origine grenobloise. Puis, c'est le retour au Léti, mais pas dans son laboratoire d'origine. Les microsystèmes à base de silicium sont en plein démarrage. Pour le chercheur, c'est l'occasion d'explorer un autre aspect du Léti, la multidisciplinarité. Là encore, le terreau est fertile. Il rencontre Gérard Marguerie, directeur des sciences du vivant au CEA.

«Il me parlait des espoirs et des difficultés créées par l'explicitation du génome, en terme de multiplicité des paramètres à suivre et donc de la diminution de la taille des échantillons», se rappelle Jean-Frédéric Clerc, qui apporte en plus des technologies de la DRT son savoir-faire industriel. C'est le projet Amigo et le développement des premières biopuces. De ce parcours, ce passionné de montagne - pourtant « né en plaine» - a tiré comme leçon essentielle qu'« il faut prendre des risques, et ensuite s'entourer de toutes les armes disponibles: couplage avec la recherche amont, liens avec 'industrie, veille technologique et aussi connaissance de la concurrence ». Une méthode qu'il va mettre en pratique en tant que responsable des programmes du Léti, puis à la DRT.

Le contexte s'y prête à merveille avec la création de Minatec et aujourd'hui du pôle de compétitivité qui l'entoure,Minalogic. Mais aussi avec le pôle logiciel de Saclay en région parisienne. Jean-Frédéric Clerc s'enflamme: «Il n'y a pas de complexe à avoir. Avec Minatec, on aura l'outil le plus complet en Europe et je pense dans le monde.» Il se rappelle le jeune ingénieur qu'il était : « Un chercheur qui arrive dans ce milieu va se faire plaisir!»


SON PARCOURS
JEAN-FRÉDÉRIC CLERC
, 50 ans
12 mars 1955 Naissance à Louhan (Saône-et-Loire).
1977 Il sort de Supélec.
1977-1988 Il entre au CEA-Léti où il travaille sur les cristaux liquides et les écrans plats.
En 1984, il devient responsable de la recherche dans ce domaine.
1988-1992 Il part au Japon chez Stanley Electric pour l'industrialisation d'un brevet du Léti.
1992-1995 Il entre chez Tecdis en Italie, puis chez Pixtech à Montpellier.
1995-2004 Il revient au Léti comme responsable du programme microsystèmes, puis comme responsable de l'ensemble des programmes.
2005 Il est directeur adjoint de la DRT (Direction de la recherche technologique), en charge du département prospective, stratégie et évaluation scientifique.

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