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Prix des ingénieurs de l'Année

Pour le développement durable : Xavier Hubert


Il sécurise le vélo urbain en libre service
Un vélo avec de l'électronique embarquée! Il a relevé le pari audacieux de concevoir avec ses équipes un système «révolutionnaire» de vélos en libre service. Les cycles se louent avec une carte de crédit. Et le parc de vélos est géré à distance.






Tout s'est joué dans le «salon africain ». Au coeur du fief du groupe JCDecaux, à Plaisir (Yvelines). C'est dans cette salle à manger feutrée, aménagée dans un ancien corps de ferme qui jouxte le vaisseau amiral de verre, que Jean-Claude Decaux a donné son feu vert au développement d'un vélo urbain en libre service (Cyclocity). C'était vers la fin 2003. Fidèle à la tradition, le fondateur du groupe de mobilier urbain s'est décidé lors d'un «petit déjeuner d'avancement» qui réunit, un lundi sur deux, à 8h 15 précises, la garde rapprochée du «patron». «Chez nous, le circuit de décision est très court », commente Xavier Hubert, le directeur industriel, qui s'est vu confié la mission de relever ce défi. La suite ne sera qu'une course contre la montre. «Nous travaillons dans un environnement qui impose d'être très réactif, explique-t-il. Les appels d'offres sont un concours. Il faut être le meilleur et trouver, dans des délais très rapides, une solution crédible et innovante, la moins chère possible et d'une qualité irréprochable.»

Début 2004, le groupe apprend qu'à l'occasion du renouvellement de la concession d'affichage, la Communauté urbaine de Lyon est intéressée par un service de vélos en libre circulation. Elle couplera les deux demandes. Et plutôt que de fournir des abribus ou des sanisettes, la contrepartie à l'obtention du marché d'une durée de treize ans se concrétisera par la réalisation de ce projet. L'appel d'offres est lancé en mai 2004, la notification de marché est publiée le 25 novembre. Et le lancement est prévu six mois plus tard, le 19 mai 2005. Entre la solution proposée par le groupe et sa réalisation, il s'écoulera à peine dix-huit mois.

Depuis son arrivée dans le groupe, en 2000, Xavier Hubert a organisé ses équipes pour relever de tels défis. Cet ancien footballeur connaît l'efficacité du travail en équipe. Et comme capitaine, il dirige le jeu et encourage la créativité et les initiatives. La direction industrielle concourt à 160 appels d'offres par an. «Très intégrée, elle couvre l'ensemble des fonctions, de la R&D à la livraison des produits », explique son patron. Elle rassemble 360 salariés répartis en 9 départements (nouvelles technologies, R&D, bureau d'études, supply chain, achats, production...). Depuis 2003, un ERP (SAP) les relie par un système d'information unique. « J'ai souhaité éviter les cloisonnements », justifie Xavier Hubert.


Un travail coopératif
Pour concevoir Cyclocity, rebaptisé Velo'v à Lyon, le bureau d'études et le labo des nouvelles technologies sont montés aux avantpostes. Le premier, plus habitué à concevoir des sanisettes ou des abribus, est dirigé par Emmanuel Zeferino, un transfuge du Giat. Il regroupe 90 ersonnes réparties, selon les types de mobilier urbain, en cinq divisions menées par un binôme composé d'un ingénieur et d'un acheteur. «C'est l'organisation idéale pour développer au plus vite et au meilleur coût », justifie Emmanuel Zeferino. Quant au laboratoire des nouvelles technologies, il est piloté par Jacques Le Gars, qui a fait ses armes chez Philips. Il compte une vingtaine d'ingénieurs, spécialisés dans le développement de logiciels et dans la conception de cartes et de sous-ensembles. «Depuis dix ans, le travail coopératif avec le bureau d'études a de plus en plus de sens en raison de notre capacité à apporter des fonctions nouvelles », observe Jacques Le Gars, qui a suggéré d'introduire de l'électronique dans les vélos. Une initiative immédiatement soutenu par Hervé Hubert, qui a fait le pari de tout imaginer et concevoir en interne.


A l'étude, un concept de vélo électrique en libre service
«Ce n'était pas la peine de prendre comme référence des vélos du commerce, précise-t-il. Ils sont conçus pour parcourir 50 kilomètres par an et ceux dont nous avons besoin doivent être capables de réaliser 30 kilomètres par jour ! » Fin 2002, il lance une première générations ans électronique, déployée à Vienne (Autriche), Gijon et Cordoba (Espagne). Avec l'implantation d'un microprocesseur de contrôle embarqué, JCDecaux franchit une étape décisive pour crédibiliser l'usage du vélo en ville. «Nous pouvons suivre le fonctionnement des équipements de sécurité et déclencher des opérations de maintenance préventives en fonction du kilométrage parcouru », décrit Xavier Hubert.

Le succès est au rendez-vous. Assemblés par le français Mercier et le portugais Orbita, 2000 cycles sont en location à Lyon, 4000 d'ici à l'été 2007. Sur 30000 abonnés au tarif imbattable de 1 euro par semaine, un peloton des 13000 à 14000 lyonnais enfourche les vélos en libre circulation et avale 40000 kilomètres de bitume par jour. L'objectif est de hisser la part du vélo dans les déplacements de 2 à 8%. Des représentants de Barcelone, Amsterdam et Washington sont venus inspecter l'initiative. Paris préparerait un appel d'offres d'ici à 2007. Et Marseille a lancé le sien début novembre pour un concept de vélo électrique en libre service, à l'étude chez JCDecaux. Réponse le 15 janvier. «Face à des appels d'offres toujours plus complexes, la direction industrielle est devenue un élément essentiel de la réussite », lance Hervé Hubert.


L'INNOVATION



UN VÉLO ?INTELLIGENT? CONÇU ENTIÈREMENT EN INTERNE

Le concept de vélos en libre service disponibles 24 heures sur 24 totalise 8 brevets. Mais aussi de multiples astuces qui facilitent et sécurisent l'usage du deux-roues en ville. L'éclairage s'allume dès que le vélo est en mouvement et la dynamo ainsi que les freins sont intégrés dans le moyeu. Le garde-boue «autofreinant» empêche de porter un passager. Des bornes dans les «stations vélos» servent à réserver son deux-roues à l'aide de carte bancaire ou d'abonnement. A côté, des bornettes de stationnement en fonte permettent aux usagers de verrouiller automatiquement les vélos.

Pour lutter contre le vandalisme, les câbles de liaisons (freins, dérailleur, etc.) sont dissimulés, les valves de gonflage sont protégées et des plaquettes antidémontage posées sur les roues. Mais l'innovation majeure réside dans l'utilisation de cartes micro-électroniques dans le vélo, les bornes et les bornettes. Le microprocesseur de contrôle embarqué sur les vélos, alimenté par une batterie rechargeable connectée à la dynamo, aux feux et aux freins, est relié par radio aux bornettes. Ce qui permet, après chaque usage, de vérifier les fonctions vitales (freinage, éclairage, batterie), de déceler à distance les pièces défectueuses et en assurer une maintenance immédiate et d'envoyer un bip sonore si le vélo n'a pas été restitué au bout de vingt-quatre heures.



SON PARCOURS
XAVIER HUBERT
, 46 ans, directeur industriel du groupe JCDecaux.
Polytechnicien et diplômé de Télécoms Paris, il démarre sa carrière sur ses terres de Lorraine, chez Pont-à-Mousson. Après un détour par l'Angleterre, le contrôle de gestion, il dirigera la fonderie (600 salariés). En 1997, il rejoint Moulinex comme directeur logistique. Spécialiste de l'ERP, il intègre JCDecaux en 2000.

SON ÉQUIPE
Un «noyau dur» constitué autour de Xavier Hubert est à l'origine du Cyclocity. Il s'est appuyé sur Emmanuel Zeferino, 47 ans, ingénieur en électromécanique, qui est le directeur du bureau d'études, et Jacques Le Gars, 57 ans, Centrale Lyon, qui dirige le laboratoire des nouvelles technologies.

SON ENTREPRISE
JCDECAUX

Localisation : Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine)
Date de création : 1964
Effectif : 7500 personnes
En 1964, Jean-Claude Decaux « invente» le concept de mobilier urbain. Il a, depuis, passé les rênes à deux de ses fils, Jean-François et Jean-Charles, mais reste très présent au sein du numéro1 mondial du mobilier urbain et de la publicité dans les aéroports et premier européen de l'affichage publicitaire.


ILS ONT AUSSI ÉTÉ NOMINÉS...

HERVÉ BATARD
, 41 ans, responsable de l'équipe acoustique d'Airbus, auteur d'une thèse sur la caractérisation sonore des cibles immergées pour la DCAN.
L'innovation : une structure insonorisante monobloc en matériaux composites supprime les joints d'assemblage dans l'insonorisant des entrées d'air de moteurs d'avion, réduisant le bruit au décollage de 7 à 8 dB. L'A380 en sera le premier bénéficiaire.

HERVÉ DEMAIS, 47 ans, responsable R&D d'Olmix, docteur vétérinaire et ANCA LUCIA LAZA, 30 ans, ingénieur-chercheur au CNRS (Ecole de chimie de Mulhouse).
L'innovation : un nanomatériau hybride à matrice d'argile intercalée avec des extraits d'algues vertes. Débouchés : nutrition animale et marché des nanocomposites et des polymères.

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