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« Pour l’industrie des batteries, la crise du Covid-19 est presque positive », souligne Christophe Pillot (Avicenne Energy)

PROPOS RECUEILLIS PAR XAVIER BOIVINET
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« Pour l’industrie des batteries, la crise du Covid-19 est presque positive », souligne Christophe Pillot (Avicenne Energy)

© DR

Malgré la crise sanitaire, Avicenne Energy a décidé de maintenir la 22ème édition de son événement Batteries Event à Lyon. Du 7 au 9 octobre, plus de 300 personnes - en physique ou à distance -, échangeront sur des sujets qui couvrent toute la chaîne de valeur des batteries. Entretien avec Christophe Pillot, directeur d’Avicenne Energy, pour qui l’émergence d’une industrie européenne des batteries ne devrait pas trop souffrir des conséquences de l’épidémie de Covid-19.

Industrie & Technologies : Vous ouvrez Batteries Event en présentant une analyse du marché des batteries et les principales tendances pour la période 2020-3030. Que faut-il en retenir ?

Christophe Pillot : Alors qu’il ne représente que quelques pourcents du marché automobile, le véhicule électrique consomme déjà plus de 65 % des batteries lithium-ion. C’est énorme ! Et cela ne va aller qu’en augmentant.

Les décideurs dans le domaine des batteries sont donc les constructeurs automobiles. Ils demandent aux fabricants de batteries d’implanter des usines près de leurs sites de production. Cela leur évite d’avoir à gérer des stocks et des délais de transport par bateau qui prennent plusieurs mois. Et évidemment, ils attendent une production à des coûts identiques, voire inférieurs, à ce qui se fait aujourd’hui en Asie.

Résultat : les fabricants asiatiques comme Samsung, LG ou CATL s'implantent en Europe. Mais il y a aussi des projets européens comme ACC (coentreprise entre Saft et PSA), Verkor ou Northvolt. Et les investissements se comptent en milliards : chaque usine de batteries représente entre 3 et 5 milliards d'euros.

Quelles sont les prévisions de capacités de production en Europe à horizon 2030 ?

L’Europe devrait atteindre entre 25 % et 30 % des capacités mondiales entre 2025 et 2030, contre 1 % aujourd’hui. Elle ne rattrapera pas son retard avec l’Asie mais s’imposera comme un acteur important, devant les Etats-Unis. Outre-Atlantique, il n’y a presque que Tesla. General Motors ou Ford font des véhicules électriques mais leurs des parts de marché sont insignifiantes. Seulement, Tesla fait du haut de gamme. Or pour développer le véhicule électrique, je crois plus au modèle des constructeurs européens qui proposent des modèles accessibles pour des petits trajets.

Comment la crise du Covid-19 impacte-t-elle les projets d’usines de batteries en Europe ?

La crise du Covid-19 est presque positive pour le marché des batteries destinées au véhicule électrique. Nombre de gouvernements, notamment en France, ont mis l’accent sur l’électrification du parc automobile dans leurs plans de relance. Ils donnent des primes pour les véhicules électriques ou moins polluants.

Néanmoins, même si les fabricants de batteries disent publiquement que tout va bien, ils ne peuvent s’empêcher de se poser des questions. L’avenir reste incertain. Enfin, il est vrai que pour les batteries industrielles - qui ne représentent que 10 % du marché - l'impact est évidemment négatif.

Il sera beaucoup question d’innovation lors du Batteries Event. Quelles sont les tendances ?

Les fabricants cherchent à diminuer la part de matériaux inactifs et à augmenter celle de matériaux actifs. Pour l’électrode positive, la tendance est à l’augmentation de la quantité de nickel et à la diminution de celle de cobalt. Pour l'électrode négative, ils essayent de mettre plus de silicium - même si c'est difficile. Le séparateur gagne en finesse, mais pas trop sinon cela pose des problèmes de sécurité. Et pour l'électrolyte, il y a deux voies. La première consiste à faire en sorte qu'il résiste à un plus grand voltage - plus de 4 volts ou 5 volts - car il existe des électrodes positives qui fonctionnent à ces niveaux de tension. Et sur le plus long terme, les fabricants ont l’électrolyte solide en tête car elle réduit fortement le risque d’incendie.

 

Pour aller plus loin : retrouvez le dossier d'Industrie & Technologies sur les batteries lithium-ion (septembre 2020)

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