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Pour favoriser l'innovation, chercheurs et industriels appellent à renforcer leurs liens

Alexandre Couto

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Pour favoriser l'innovation, chercheurs et industriels appellent à renforcer leurs liens

Réunis le 3 mars dans le grand amphi de l'ENSAM, à Paris, des acteurs de la recherche et de l'industrie ont échangé lors d'une conférence sur la recherche partenariale. Au programme, un bilan des dispositifs en cours et les moyens pour favoriser l'innovation dans l'Hexagone.

Le constat est paradoxal : malgré des entreprises d’envergure mondiale et une recherche dont la qualité est louée à l’international, la France est à la peine dans le domaine de l’innovation. C’est sur ce constat que s’est ouvert le 3 mars dernier, dans le grand amphi de l’école nationale des arts et métiers (ENSAM), à Paris, une conférence intitulée « l’innovation par la recherche partenariale : ambitions 2020-2030 ».

Le rendez-vous, organisé par l’Association nationale de la recherche technologique, l’Association des instituts Carnot, le club de Paris des directeurs de l’innovation et l’Académie des technologies, a réuni de nombreux acteurs issus des mondes de la recherche publique et de l’industrie pour échanger sur les objectifs et les moyens à mettre en œuvre pour faire de l’Hexagone, « un champion mondial de l’innovation ».

« Faire de la recherche est une nécessité pour la France », insiste en début de séance Philippe Véron, président de l’Association des Instituts Carnot. « Mais la recherche doit amener des progrès. Cela passe par l’innovation, de nouveaux produits, de nouveaux services…  Les entreprises sont les mieux placées pour donner des débouchés aux recherches. Il y a de grands et larges ponts à construire entre les mondes ».

Des acteurs de pointe

La France a des atouts forts, comme le rappelle Marc Giget, président du club de Paris des directeurs de l’innovation. « La France est loin d’être larguée en matière de R&D », met-il en avant « Aujourd’hui, seuls six pays dans le monde – les Etats-Unis, la Chine, le Japon, l’Allemagne, la Corée du Sud et la France -  disposent d’une R&D couvrant l’intégralité des champs scientifiques et techniques. Nous disposons d’un institut majeur pour chaque domaine ».

Avec en tête le CNRS qui, avec près de 40 000 publications par an, se positionne à la première place mondiale selon Marc Giget. La qualité de la recherche de l’Hexagone peut également être évaluée au nombre de coopérations internationales établies dans le domaine scientifique «  les 2/3 des recherches sont réalisées en coopération. C’est un record mondial, et cela montre l’estime que portent les chercheurs des autres pays aux travaux menés dans l’Hexagone ».

Du côté des entreprises, la R&D a pris une place de plus en plus d’importante dans leur stratégie, faisant ainsi de l’innovation l’un des principaux relais de croissance. Depuis 2015, la part moyenne du chiffre d’affaires consacré à la R&D n’a cessé de progresser, passant de 3,7% à 4,78 % pour l’année 2019, selon des chiffres mis en avant par Marc Giget.

Une alchimie qui peine à s'installer

Les ingrédients semblent donc réunis pour favoriser l’émergence d’acteurs majeurs dans de technologies de pointes. Pourtant, selon Dominique Vernay, vice-président de l’Académie des Technologies, les défis sont nombreux pour que la France puisse faire valoir ses technologies à l’échelle mondiale.

A la clé : répondre à des enjeux de souveraineté technologique, dans « une compétition mondiale dominée par l’affrontement entre les USA et la Chine ». Le constat de Dominique Vernay est même sévère : « La France est mal placée sur les secteurs porteurs, comme l’informatique ou le numérique, nous n’avons pas su créer de nouveaux leaders pouvant s’imposer sur le plan international. Pis, nous avons même laissé la place à d’autres acteurs sur certaines technologies, comme les télécoms ».

Depuis 15 ans les gouvernements ont pourtant mené des politiques actives pour soutenir la recherche industrielle et la recherche partenariale. Les leviers du crédit d’impôt recherche (CIR) et des thèses Cifre (Convention industrielle de formation par la recherche) qui favorise le recrutement par les entreprises de doctorants, sont les plus loués par les entreprises. « L’intégration de chercheurs au sein de nos équipes de R&D nous ont permis d’aboutir à de nombreuses innovation, que ce soit dans le domaine des matériaux, ou encore dans des domaines émergents comme la microfluidique », souligne Patrick Maestro, directeur scientifique du groupe chimique Solvay.

D’autres industriels ont également témoigné de la richesse des échanges entre public et privé. Pour Nicolas Croué, Vice-président PLM (Product Lifecycle Management) France de Capgemini, « Les partenariats de recherche sont essentiels pour nous, explique-t-il. Notre rôle est d’adapter des technologies aux besoins du client. Nous gérons des projets sur le court terme. L’innovation nous permet de nous projeter dans le temps long, et ainsi de mieux gérer le risque. Pour y parvenir nous avons besoin de partenariats avec le public : nous avons intégré des thèses, des master de recherche, et nous venons d’inaugurer une nouvelle chaire PLM avec les Arts et Métiers »

Renforcer les dispositifs existants

Pour Dominique Vernay, ces outils mis à la disposition des entreprises doivent maintenant être renforcés, notamment grâce au projet de loi de programmation pluriannuelle pour la recherche (LPPR). « Nous souhaitons renforcer, voire doubler, les dispositifs actuels qui donnent pleinement satisfaction comme les thèses Cifre, les chaires industrielles, les IRT ou les instituts Carnot, et favoriser la création de laboratoires public-privé », met en avant Dominique Vernay.

Annoncé le 1er février 2019, le texte de la LPPR est encore en discussion et le gouvernement vise une promulgation au début de l’année 2021. Mais une large part de la communauté scientifique s'y oppose, dénonçant le renforcement du pilotage de la recherche à travers les financements sur projets, l'intensification de la compétition entre chercheurs et le manque de recrutements pérennes.

Au-delà des dispositifs, il s’agit avant tout, pour Marc Giget, de faciliter le dialogue entre deux mondes qui peinent encore à se comprendre. « Nous manquons d’échanges entre le public et le privé ! La France excelle pourtant dans les deux domaines. Vous devez vous rencontrer davantage, car pour travailler ensemble, il faut se connaître mais aussi se reconnaître », conclut-il.

 

 

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