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Pour dynamiser le bureau d'études

J.-F. P.

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- La région Rhône-Alpes est à l'origine de cette démarche qui s'appuie sur des consultants indépendants.

La région Rhône-Alpes a mis en place en 2002, dans le cadre du plan VisioMéca élaboré avec l'appui de la Drire, une procédure à destination des PME. Le but de cette initiative est de les aider à concevoir au plus juste leurs produits. Il s'agit de leur permettre d'améliorer leur processus participatif d'innovation et de conception, d'où l'acronyme Appic.

« Beaucoup de PME de la région ont fait des progrès considérables dans le domaine de la production au cours des dernières années, mais les aspects conception n'avaient pas bénéficié d'autant de sollicitude », explique Jean Breton, directeur associé en charge du pôle innovation et stratégie du Thésame, centre de ressources en mécatronique, gestion industrielle et management de l'innovation, basé à Annecy (Haute-Savoie).

Structurer sa démarche de conception

Et pourtant il y a urgence. « Les entreprises qui continueront à travailler avec nous sont celles qui auront structuré leur bureau d'études, sécurisé leurs développements et seront capables d'améliorer leur qualité et leur productivité », affirmait récemment Éric de la Villegeorges, directeur R&D de l'équipementier automobile Faurecia. Une véritable mise en garde pour beaucoup de PME impliquées dans la filière automobile. Et la situation est similaire dans bien d'autres grands secteurs industriels...

De fait, nombre d'entreprises ont adopté une organisation par projet, ou acquis des notions d'analyse fonctionnelle ou d'analyse de la valeur au hasard des embauches, mais bien peu ont cherché à structurer leur démarche de conception. « C'est ce que nous leur proposons de faire avec Appic, explique Ludovic Guizzy, responsable de l'aide au positionnement stratégique des entreprises au Thésame. Beaucoup de dirigeants sentent que leur entreprise a des produits vieillissants ; que leur organisation ne leur permet plus de répondre à une concurrence toujours plus virulente ; que les donneurs d'ordres leur demandent d'adopter des outils ou des méthodologies de travail qu'elles ne maîtrisent pas, voire d'obtenir des certifications ISO. Bref, il leur faut être dans le haut du panel, mais cela leur semble très difficile. C'est pourquoi, ils nous demandent d'intervenir. »

Renforcer ses capacités d'innovation

En fait, ces entreprises veulent dynamiser leurs équipes de développement par une démarche de progrès continu orientée clients, afin de renforcer leur image de fournisseurs innovants, tant auprès de leurs clients que de leurs donneurs d'ordres. Le tout en maîtrisant mieux leurs délais de développement, en réduisant les risques et leurs coûts.

Globalement, les PME doivent améliorer leurs capacités de développement de nouveaux produits, ainsi que d'innovation. Pour cela, elles doivent pouvoir anticiper et répondre aux besoins de leurs clients. Il leur faut aussi développer des solutions différenciatrices et attractives. Enfin, elles doivent réunir les conditions du succès économique et commercial. Cela est possible en agissant sur trois leviers : la maîtrise du processus de développement des produits ; la dynamisation des équipes et le développement du travail collaboratif ; la maîtrise des compétences, des outils et des méthodes. Mais il est difficile pour des PME de savoir par quel bout prendre le problème.

D'où la mise au point de la démarche Appic par un collège d'experts industriels régionaux. Il s'agit en effet d'une initiative commune de l'Union des industries métallurgiques, électriques et connexes de l'Isère, du Thésame, du CT-Dec (Centre technique de l'industrie du décolletage), de l'Arist et du Cetim. Cette démarche vise à pérenniser l'approche processus, ce qui est conforme à l'ISO 9001 version 2000.

La première étape d'Appic consiste en un diagnostic général de l'entreprise, car la démarche de conception implique tous les services (bureau d'études, bureau des méthodes, production, marketing, commercial). Il est aussi important que la direction générale soit impliquée dans une telle démarche qui va bouleverser des habitudes bien établies. Les principaux points évalués sont le positionnement concurrentiel, la stratégie de produits nouveaux, les ressources technologiques, l'anticipation et la réponse aux besoins des clients, les moyens de validation des solutions, la maîtrise des coûts et des délais, et les capacités de travail collaboratif.

La deuxième étape concerne l'analyse du cycle de développement des produits. Organisation, méthodes, données et outils en place au sein du bureau d'études sont ainsi évalués par des consultants. « À l'issue de ces deux diagnostics, nous faisons une synthèse avec les dirigeants de l'entreprise et tous les services impliqués, afin d'identifier les priorités dans les améliorations à apporter », explique Jean Breton. Cela débouche sur la définition de deux ou trois plans d'actions en vue d'améliorer le processus de développement de produits nouveaux. Cette première phase demande en moyenne neuf demi-journées d'animation par un consultant, réparties sur trois mois.

Affirmer la stratégie de l'entreprise

Les plans d'action seront pilotés par un chef de projet faisant partie de l'entreprise. Celui-ci conduit la démarche Appic en s'appuyant sur les porteurs des plans d'actions et le personnel concerné, en se faisant "coacher'' par le consultant.

Les contenus des plans d'actions sont très variés car ils dépendent de l'existant et de la volonté stratégique de l'entreprise. « En fonction des besoins, nous allons aider l'entreprise à mieux s'organiser en adoptant, par exemple, une organisation par projet, ou à se décloisonner en passant d'une gestion de projets classique à une gestion de projets transversale, prenant plus en compte les aspects psychologiques. De même, nous allons l'accompagner afin qu'elle s'approprie de nouveaux outils ou qu'elle maîtrise mieux ceux déjà en place, tels l'analyse fonctionnelle, le cahier des charges fonctionnel, l'analyse de la valeur, la conception à coût objectif, les techniques de veilles technologique et concurrentielle, les outils de créativité, l'Amdec, la propriété industrielle, le design, etc. » Il ne s'agit pas de mettre toute cette panoplie en service en même temps mais, là encore, de choisir les outils les plus adaptés aux choix stratégiques de l'entreprise et de les introduire progressivement.

Les premiers bénéfices après trois ans

Tout cela passe généralement par vingt-cinq jours de formation pour chacun des acteurs impliqués, répartis sur neuf mois. Ces formations sont interentreprises, afin de faciliter les échanges de points de vue entre industriels. Les consultants accompagnent l'entreprise tout au long de cette phase, à raison de huit demi-journées de travail consacrées à des revues d'évaluation d'avancement. Globalement, une action Appic s'étale sur une année. Elle correspond à l'équivalent de deux mois/homme de travail et demande un investissement limité à 4 600 euros, grâce aux aides régionales.

Par contre, le retour sur investissement est relativement long à venir. La démarche Appic demande déjà un an pour être opérationnelle. Il faut ensuite laisser le temps aux bureaux d'études de l'utiliser pour développer de nouveaux produits, ce qui demande encore un an environ, et enfin, avoir une période de commercialisation suffisamment longue pour valider les gains réels engendrés par cette approche. Globalement les premiers bénéfices sont constatés à la fin de la troisième année.

« Notre rôle est essentiellement de mettre le pied à l'étrier et de maintenir la pression pour que l'entreprise aille au bout de sa démarche », indique Jean Breton. Et c'est plutôt bien vu par les entreprises. « Toutes les PME ont le besoin et la volonté de progresser, mais c'est très difficile pour elles d'y aller seules. D'où l'intérêt d'être coaché par des consultants indépendants qui nous guident dans la démarche, reconnaît Christian Bichet, directeur du développement de NSI, PME spécialisée dans le multiplexage automobile. Le plus dur, c'est d'entretenir la suite. Appic nous donne une démarche et nous éclaire sur notre futur, mais il ne faut pas à nouveau se laisser submerger par le quotidien à la fin des plans d'actions. »

Le rôle crucial des consultants qui accompagnent les entreprises tout au long de leur démarche est crucial. « Ce sont des perles rares ; ils doivent être à la fois bons en stratégie, en bureau d'études et en relations humaines, ce qui suppose de nombreuses années de pratique », conclut Jean Breton.

Reste maintenant à étendre cette méthode à l'ensemble du territoire.

POUR QUI, POUR QUOI ?

- Est essentiellement destinée aux PME - Vise à améliorer la démarche de conception de l'entreprise

L'EXEMPLESENSOREX HIÉRARCHISE SES DÉVELOPPEMENTS

- « En moyenne, 50 % de nos développements de produits propres n'atteignaient pas les résultats commerciaux que nous espérions », confie Louis Goyet, directeur technique de Sensorex. L'action Appic a mis en évidence, dans cette PME spécialisée dans les capteurs, une technologie vieillissante peu remise en cause, ainsi qu'une faiblesse de l'analyse des besoins des clients. « Les consultants qui sont intervenus ont fait une analyse objective et sans concession de notre situation, poursuit Louis Goyet. Mais ils nous ont aussi aidés à mettre en place deux plans d'actions efficaces. » De nouveaux outils L'un a abouti à créer un outil destiné à hiérarchiser les nouveaux développements en fonction des besoins exprimés par les clients. Le second a lui aussi débouché sur un outil, plus technique cette fois, évaluant l'opportunité d'utiliser de nouvelles technologies (collage, encliquetage...) lors de la modification de produits existants.

DES PLANS D'ACTION SUR NEUF MOIS

Appic signifie « Amélioration des processus participatif d'innovation et de conception ». - C'est une initiative commune de l'Union des industries métallurgiques, électriques et connexes de l'Isère, de Thésame, du centre technique du décolletage CT-Dec, de l'Arist et du Cetim. - La phase de diagnostic et de définition des plans d'action dure trois mois, et prévoit neuf demi-journées de conseil. - La phase de mise en oeuvre des plans d'action s'étale sur neuf mois, et compte huit demi-journées de conseil, le tout étant accompagné de vingt-cinq journées de formation interentreprises. - Le montant global est limité à 4 600 euros grâce aux aides de la Région.

L'EXEMPLESERMI STRUCTURE SES PROCESSUS

- « L'action Appic que nous avons mise en place nous a permis de remettre à plat notre organisation et notre processus de développement, avec à la clé une innovation majeure portant sur des moules à étages pour injecter de l'aluminium », explique Lionel Barrachin, directeur général de Sermi. Cette PME d'une soixantaine de personnes, spécialisée dans les moules d'injection tant pour l'aluminium que pour les matières plastiques à destination de l'industrie automobile, a en effet pu mettre en place des outils d'analyse fonctionnelle, d'Amdec, de veille technologique et de créativité, qui l'ont aidée à passer d'un processus de développement très subjectif à un processus plus structuré. Des vérifications en amont Cela est aussi passé par l'embauche d'un responsable du bureau d'études, venant épauler le directeur technique, qui a fait un gros travail de codification, d'archivage et de sauvegarde des données, permettant de les capitaliser pour mieux les réutiliser. « Cette action nous a aussi permis de valider le recours aux outils de simulation rhéologiques, souligne Lionel Barrachin. Notre volume d'activités n'est pas encore suffisant pour nous équiper, mais nous sous-traitons cette activité. Nous validons ainsi nos moules et sécurisons les pièces de nos clients très en amont dans le processus de développement. »

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