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Portraits de jeunes innovateurs : il imprime des organes !

Portraits de jeunes innovateurs : il imprime des organes !

Sidarth Radjou

Ils ont moins de 35 ans, mais ont déjà à leur actif des réalisations prometteuses. Découvrez au cours des prochaines semaines les jeunes innovateurs distingués par la MIT Technology Review. Aujourd'hui, Sidarth Radjou. Son objectif ? Fabriquer par impression 3D des organes plus vrais que nature, pour en inonder les hopitaux. Co-fondateur avec Thomas Marchand de la société Biomodex, Sidarth Radjou veut mettre fin aux erreurs chirugicales. Rien de moins. Voici comment.
 

Sidarth Radjou : il fabrique des organes pour les apprentis chirurgiens

Si vous ne connaissiez pas cette triste réalité, Sidarth Radjou se chargera de vous la rappeler. « Les erreurs médicales sont la troisième cause de mortalité au monde. Aujourd’hui, les chirurgiens s’entrainent directement sur les patients. » Le coût des erreurs médicales se chiffre à 1 milliard d’euros, ajoute-t-il, et le coût des complications à plusieurs fois ce chiffre. C’est sur ce constat que l’ingénieur en matériaux de l’Ecole Centrale de Paris propose une solution : des organes synthétiques pour former les apprentis chirurgiens et aider les plus confirmés à préparer leur intervention.

Certes, des alternatives existaient déjà. Les macchabés, bien connus des étudiants en médecine. « Mais on a pas les mêmes propriétés au niveau biomécanique que des corps vivants, détaille sans sensiblerie le co-fondateur, avec Thomas Marchand, diplomé de l'Essec, de la start-up Biomodex, qui va commercialiser ces organes. Nous, nous proposons de faire des organes sur mesure, par impression 3D. » Selon lui, cette innovation permettrait de diminuer le risque d’erreurs d’au moins 30% lors de l’opération, de diminuer les risques de complications ainsi que le temps de présence au bloc opératoire.

Reproduire la complexité des tissus biologiques

C’est en travaillant à EDF sur des matériaux innovants pour l’énergie que Sidarth Radjou a muri cette idée. La rencontre avec Thomas Marchand, qui comme lui rédige un mémoire sur l'impression 3D, les décide à créer Biomodex en 2014. Mais fabriquer des organes qui ressemblent à des vrais n’est pas si facile. L’enjeu technologique porte sur les matériaux. Jusqu’ici, seul deux matériaux étaient utilisés pour le biomédical : le silicone et le plastique. Ils ne permettent pas de traduire la complexité des tissus biologiques.

Pour y parvenir, la société a mis au point une technique d’impression multi-matériaux. « Nous cherchons à reproduire l’organe à l’échelle du micromètre, avec ses veines, ses artères, et même les tissus humains au niveau cellulaire. Notre idée : simuler des tissus  de la manière la plus réaliste possible. Pour cela, nous nous basons sur les images scanners existantes, que nous transformons en images numériques 3D, pour pouvoir ensuite imprimer l’organe.» Les matériaux utilisés sont des polymères liquides. Dans l’imprimante multi-jets une lampe UV réalise la solidification du mélange de polymères. Avant l’impression, un algorithme a calculé le dosage des polymères à injecter pour obtenir un organe aux propriétés biomécaniques équivalentes à l’original, avec une résolution de l’ordre du micromètre. Pour concevoir numériquement le coeur, la start-up s'est appuyée sur Dassault System, dont elle est membre du programme d'incubation, le 3D Experience Lab. 

Objectif : convaincre les hôpitaux

La première application phare de la start-up porte sur les ruptures d’anévrisme, c’est à dire les ruptures de vaisseaux sanguins, qui touchent, selon Sidarth Radjou, plus de 80% des personnes de plus de 80 ans. La start-up réalise actuellement des tests chez plusieurs patients pour convaincre les autorités sanitaires, dans un contexte de réglementation inexistante sur cette application. Elle vise le marquage CE et FDA. « Nous avons pu expérimenter notre solutions pour près de 1000 opérations depuis mi-2016. A partir de 2019, nous aurons assez de patients pour convaincre les hôpitaux. » Pour commencer, la start-up souhaite produire des organes à la chaine, en usine, pour les commercialiser en passant par des fournisseurs connus du monde de la santé. « On ne veut pas attendre que les hôpitaux s’équipent. Cela pourra, éventuellement se faire à moyen terme. »

La société compte déjà un atelier de production à Paris, et prévoit d'autres usines, sur les côtes Est et Ouest des Etats-Unis. Si la société travaille particulièrement sur des applications dans le domaine cardiovasculaire, elle prospecte aussi dans les domaines de la radiologie, et de l'ORL, ce dernier domaine présentant des caractéristiques anatomiques particulièrement complexes.

 

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