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Portrait : Rand Hindi, fondateur de Snips, veut parler aux objets

Séverine Fontainesfontaine@industrie-technologies.com

Mis à jour le 11/04/2018 à 15h03

Portrait : Rand Hindi, fondateur de Snips, veut parler aux objets

Cet entrepreneur passionné d’intelligence artificielle a codéveloppé un assistant vocal intuitif pour nous libérer de la technologie. Celui-ci, ne manque-t-il jamais d'insister, peut s’intégrer dans n’importe quel objet et protège nos données personnelles. Retour sur le parcours d'une grande figure de l'intelligence artificielle.

Les assistants vocaux pourraient bien simplifier notre vie quotidienne. Pour demander à un objet de réaliser une tâche, il suffirait de prononcer quelques mots : « Fais-moi un espresso », « enlève la buée », « montre-moi le journal de 20 heures »... C’est ce que propose Rand Hindi, le cofondateur de la start-up Snips, avec son assistant vocal pouvant être intégré dans n’importe quel objet connecté. Son objectif : rendre la technologie intuitive en la faisant « disparaître ». Lorsqu’il parle d’intelligence artificielle, c’est toujours avec passion. Tutoyant spontanément son interlocuteur, il explique : « Toi et moi, on n’a pas besoin d’échanger un manuel pour apprendre à se parler. On a une plate-forme commune qui est le langage. Si tu rends les machines capables de comprendre et de parler comme les humains, tu n’as plus de problème d’interface. »

Cette idée visionnaire a été le point de départ de l’aventure Snips, en 2013. Rand Hindi, alors âgé de 28 ans et data scientist à son compte, perçoit le potentiel de l’intelligence artificielle. Il veut saisir cette opportunité en créant un laboratoire spécialisé dans ce domaine. Mais pour se lancer, il a besoin de coéquipiers. Il s’adresse à un ami qui dirige un accélérateur de start-up. « C’était un lundi soir, à minuit, se rappelle-t-il, sourire aux lèvres. Mon ami a appelé un de ses potes, qui était en train de dormir, pour lui parler du projet. Il s’est levé et nous a rejoints pour discuter. On a marché deux heures dans les rues de Paris, échangeant sur l’ampleur que prendrait l’intelligence artificielle dans les années à venir. » Le feeling passe entre les deux hommes. Rand Hindi et Maël Primet décident de travailler ensemble. à l’époque, ce dernier développait un clavier intelligent pour smartphone avec Michael Fester, à son tour embarqué dans la création de Snips. Rapidement, de grands groupes s’intéressent aux trois compères. « On nous a donné de la data et un budget pour réfléchir à différentes applications utilisant les techniques de l’intelligence artificielle. Nous avons ainsi réalisé, pour la SNCF, une application de prédiction d’affluence dans les transports publics [Tranquilien, ndlr]. » En juin 2017, Snips a commencé la commercialisation de son assistant vocal, que son premier client, Keecker, a intégré dans son robot compagnon. Depuis, la start-up est en discussion avec 300 entreprises et a lancé 40 pilotes, dont un avec un fabricant de voitures.

Une technologie embarquée qui n’a rien à voir avec celle des Gafa

Avec Snips, Rand Hindi n’en est pas à son coup d’essai. à 15 ans, il crée son agence de développement web, Hinran. Dans la foulée, il met au point le premier réseau social en France, PlanetUltra.net, destiné aux jeunes Parisiens. Son intérêt pour l’intelligence artificielle lui est venu à la majorité. « Elle allait déterminer tous mes choix technologiques », constate-t-il. à l’University College London (UCL), le jeune homme commence un master en intelligence artificielle, parallèlement à sa licence en informatique, et réalise ses premiers projets. Il travaille notamment avec l’un de ses professeurs sur la prédiction de la résistance des patients aux médicaments en fonction de l’ADN des bactéries ou des virus. à l’issue de sa licence, ayant fini son programme de master, il entame directement une thèse en bio-informatique, « de l’intelligence artificielle appliquée à de la biologie ».

Pendant son doctorat, afin de gagner un peu d’argent, Rand Hindi collabore avec des banques pour automatiser le trading sur les marchés financiers. En 2011, sa thèse achevée, il travaille sur la personnalisation de la nutrition grâce à l’intelligence artificielle. Pour prouver que ses algorithmes fonctionnent, il devient le sujet de son expérience et prend 35?kg. Il parviendra à les perdre. Ensuite, pour démontrer la puissance de l’intelligence artificielle, Rand Hindi codéveloppe son premier assistant vocal. Un an après, en 2014, il est distingué par la « MIT Technology Review », dans le cadre de son classement annuel des innovateurs de moins de 35 ans.

Pourtant, des assistants vocaux performants, de nombreux acteurs en proposent déjà. Qu’est-ce qui distingue celui de Snips de ceux de Google et d’Amazon ? Soudain plus grave, Rand Hindi pèse ses mots : « La grosse différence, c’est la confidentialité. Nous sommes la seule technologie complètement embarquée dans l’objet. Toutes les autres plates-formes impliquent d’envoyer sa voix, qui est ensuite traitée dans le cloud. Nous proposons des performances équivalentes aux assistants sur le marché, sans jamais faire de compromis sur la donnée personnelle. » Un argument de vente déterminant pour la start-up. La technologie de Snips ne nécessite pas d’enregistrement de la voix. Celle-ci est traitée par des algorithmes, mais n’est pas stockée. Rand Hindi estime qu’il n’est pas utile d’identifier la personne qui donne l’ordre, du moment que le système comprend la demande. En un mot, il s’agit bien de faire de la reconnaissance vocale et non de l’identification vocale. « La biométrie est une donnée qui t’identifie individuellement et que tu ne peux pas changer. Si quelqu’un capture ta voix ou ton empreinte digitale, tu es foutu, car tu ne pourras jamais les changer. Ce qui fait de la voix une donnée très sensible. »

Mais Rand Hindi ne compte pas s’arrêter là. Les projets foisonnent dans sa tête. « La voix n’est qu’une première étape. Dans le futur, on devra gérer de l’image, des capteurs… Tout ça viendra naturellement. » Et qui sait ? Peut-être même finirons-nous par trouver tout naturel de nous adresser à notre machine à café…

>> Retrouvez ce portrait de Rand Hindi dans le n° 1008 d'Industrie & Technologies. Et découvrez dans chaque numéro le parcours d'une personnalité ayant mis au point une innovation de rupture dans notre rubrique "Un homme, une techno"

Oreille interne

L’assistant vocal de Snips peut fonctionner sur un système léger, comme un Raspberry Pi (photo), sans utiliser le cloud. La start-up a réduit la taille de ses modèles de deep learning en optimisant chaque neurone. Pour s’entraîner, ses algorithmes exploitent des milliers de phrases types (« quelle sera la météo ? »…) et génèrent automatiquement des milliers d’exemples similaires pour apprendre. Grâce à cette technique de synthèse vocale, Snips a pu lancer rapidement son produit dans cinq langues (anglais, français, espagnol, allemand, coréen).

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