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Pôles de compétitivité en agroalimentaire : la première récolte

Michel Le Toullec

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Dix pôles de compétitivité en agroalimentaire ont été labellisés depuis juillet 2005. Près de trente mois plus tard, bilan des projets en cours.

Avec dix pôles de compétitivité sur les soixante et onze labellisés à ce jour, l'agroalimentaire fait partie des industries les mieux dotées par cette initiative des pouvoirs publics. Il faut dire que le territoire est particulièrement gâté par la nature, avec ses ressources agricoles et marines, et par le tissu industriel et universitaire consacré à ce domaine. Les pôles de compétitivité, dont les premiers ont été labellisés en juillet 2005, ont pour mission de regrouper sur un espace géographique donné des entreprises, unités de recherche publique et établissements d'enseignement supérieur autour de projets communs à caractère innovant.

Schématiquement, les pôles de compétitivité en agroalimentaire se répartissent en deux catégories : les transversaux et les spécialisés. C'est au premier groupe qu'appartient Agrimip Innovation, en Midi-Pyrénées, membre de la deuxième promotion des pôles labellisés, en juillet 2007. « Nous développerons des innovations dans les trois domaines que sont l'analyse, les procédés et les marchés », explique Hubert de Rochambeau, directeur d'Agrimip Innovation. Aucun projet n'est encore labellisé, cependant des travaux sont pressentis sur la génétique des semences, sur les capteurs ou encore sur l'utilisation d'images satellites pour la géotraçabilité.

Gestion des risques alimentaires

Autre pôle revendiquant sa transversalité : Vitagora, en Bourgogne - Franche-Comté. « Nous sommes l'un des plus petits pôles de compétitivité en termes de budget, mais nous disposons d'un potentiel de 80 projets et entretenons des échanges concrets avec d'autres comme Valorial en Bretagne, Quali-Méditerranée en Languedoc-Roussillon, et Céréales Vallée en Auvergne », assure Pierre Guez, président de Vitagora. Ce pôle est présent dans le domaine du blé, notamment avec le projet Farine + sur la mise en place d'une méthode de caractérisation des variétés en fonction de leur potentiel nutritionnel et sensoriel. Au sein de ce projet, des travaux concernent la maîtrise et la gestion des risques alimentaires liés à la contamination des céréales par des mycotoxines, molécules produites par des moisissures. « Nous mettons en place, sous assurance qualité, une plate-forme proposant une gamme d'analyses capable de fournir un diagnostic précis des mycotoxines, en masse et à coûts réduits », explique Catherine Maire, responsable qualité produits chez Dijon Céréales, porteur du projet.

En Bretagne, le pôle Valorial soutient des projets sur les nombreuses ressources de la région (lait, oeufs, viande, céréales et produits de la mer), avec aussi une forte orientation assurance qualité. L'un de ses premiers résultats tangibles est le lancement tout récent des blés et des farines Qualista (du nom du projet) par l'entreprise Paulic Minotiers, sur la base d'un procédé de décontamination par ozonation (voir article page 80).

Dans un tout autre domaine, le projet Leader + est développé par Bretagne Biotechnologie Végétale sur des tests ADN pour traquer les micro-organismes à l'origine de l'altération des légumes lors de leur conservation ou de leur transport. Le projet Criptago concerne, quant à lui, la détection du dopage des animaux de boucherie aux anabolisants. Porté notamment par l'Afssa et Ouest Élevage (groupe Even), ce travail est consacré à la mise au point de tests de dépistage de promoteurs de croissance non décelables par les techniques actuelles.

Au pôle Quali-Méditerranée, les projets labellisés sont également des plus variés. Dans le domaine de l'amélioration végétale, le projet Garicc vise à adapter le blé dur aux contraintes climatiques de cette région et implique une dizaine de partenaires. Tandis que, sur le créneau de l'alimentation santé, Lesieur est au coeur du projet Coginut sur l'étude de l'impact des acides gras polyinsaturés sur le vieillissement cérébral chez les personnes âgées. « Nous analyserons plus particulièrement l'effet de ces acides gras sur l'inflammation et la voie de signalisation des rétinoïdes », précise Pascale Barberger-Gateau, coordinatrice du projet à l'Inserm-université de Bordeaux. Ce projet est par ailleurs original car il est colabellisé par Prod'Innov, pôle de compétitivité de la région Aquitaine.

Des probiotiques anti-inflammatoires

Prod'Innov fait partie du groupe des pôles dont l'activité est particulièrement ciblée : en l'occurrence, les questions de nutrition et de santé. Actuellement, en dehors du projet Coginut, les thèmes retenus relèvent davantage des biotechnologies que de l'agroalimentaire stricto sensu. On peut cependant noter le projet Probisis, auquel participe Sanofi-Aventis, sur des compléments alimentaires à base de probiotiques. Ces bactéries seront notamment sélectionnées pour leurs capacités d'immunomodulation - manipulation artificielle d'une réaction immunitaire - et anti-inflammatoires.

Améliorer le rendement de culture des céréales

D'autres pôles de compétitivité affichent leur spécialité au niveau de leur intitulé. Ainsi, InnoViandes (Auvergne - Rhône-Alpes) traite de l'ensemble des problématiques de cette filière. Dans le domaine de l'hygiène-sécurité, le projet Bioprotect vise à développer la bioconservation comme méthode alternative. « Cette technique consiste à ajouter à l'aliment des substances biologiques antimicrobiennes ou à l'ensemencer par des cultures microbiennes bioprotectrices », explique Souad Christiaens, à l'Adiv de Clermont-Ferrand, coordonnateur du projet.

Autre exemple, le projet Biofilm, mené par l'Inra et la start-up Biofilm Control, concerne la contamination des ateliers avec Listeria monocytogènes sous cette forme particulière. Des travaux liés à l'environnement sont également menés dans le cadre d'InnoViandes : sur l'optimisation de l'usage de l'eau dans cette filière et le traitement des effluents (projet Eau) et sur la valorisation de ses coproduits comme ingrédients fonctionnels (projet Valopra).

La filière céréales dispose également de son pôle de compétitivité, Céréales Vallée (en Auvergne), dont les principaux projets actuels portent sur la conception des plantes du futur. Une quinzaine de sujets plutôt pointus concernent l'étude des génomes des céréales (blé, maïs) afin d'en améliorer la qualité, le rendement de culture, la résistance aux maladies... Ainsi, le projet Semences de demain associe les entreprises Limagrain, Agri Obtentions et Biogemma sur le génotypage à haut débit et le développement de marqueurs moléculaires ainsi que sur la détection de formes de gènes encore inexploités en création variétale.

La région Nord-Pas-de-Calais est dotée du pôle Filière produits aquatiques, issue de l'association interprofessionnelle du même nom créée en 1999. Parmi les thèmes labellisés, Acides gras implique une douzaine de partenaires (dont l'Ifremer) sur l'étude de l'influence des traitements de conservation et de transformation sur ces composés présents dans les poissons. Il s'agit notamment d'aider les industriels à optimiser leurs procédés afin de conserver les caractéristiques de ces bonnes graisses.

Enfin, aux antipodes, le pôle Qualitropic (La Réunion) développe des thématiques spécifiques aux ressources tropicales. Ainsi, la canne à sucre est-elle au coeur des projets Delicas, sur l'optimisation de la sélection variétale par la mise en place d'une plate-forme bio-informatique, V2A Run, sur la valorisation d'un de ses coproduits (l'acide aconitique) et Coupcan, sur le développement d'une machine à couper cette plante. Mais ce serait réduire à la carte postale ce pôle qui soutient aussi des projets comme Peaccel, une offre de services de R&D en bio-informatique sur l'amélioration des protéines. Ou encore le projet Histafish sur la maîtrise de l'histamine, un composé toxique produit par le thon frais au cours de sa conservation...

Au pôle PEIFL (Paca - Rhône-Alpes)VALORISER LES ANTIOXYDANTS DES DÉCHETS VÉGÉTAUX

Les composés phénoliques présents naturellement dans les végétaux sont des antioxydants qui présentent une action bénéfique contre les maladies cardio-vasculaires ou les cancers. Le projet Valopaca du Pôle européen d'innovation fruits et légumes (PEIFL) vise à valoriser ces molécules présentes dans les déchets végétaux produits souvent en très grandes quantités par les entreprises. « L'idée est de proposer aux industriels une étude de A à Z sur le potentiel de valorisation de leurs coproduits : depuis le dosage des composés phénoliques qu'ils contiennent jusqu'à la formulation finale des extraits, explique Michel Bicheron, chez Scalime Nutrition (Avignon), porteur du projet. Nos partenaires de l'Inra et du CTCPA d'Avignon apportent leurs compétences analytiques. » L'une des étapes de l'étude comprend le traitement du coproduit sur le pilote d'extraction ScanOLine de Scalime Nutrition selon la technologie flash détente. Cette étape permet d'établir un premier bilan technico-économique de la technologie pour une réalisation industrielle. Et donne accès à une première estimation de l'investissement pour une capacité de traitement donnée et de la rentabilité d'une telle unité.

Au pôle Valorial (Bretagne - Pays de la Loire)UN INGRÉDIENT MARIN CONTRE "L'OEIL SEC"

Lipoeil : c'est le nom du projet porté par le laboratoire Yslab (Quimper) au sein du pôle Valorial sur le développement et la mise sur le marché d'un produit contre la sécheresse oculaire à partir d'acides gras polyinsaturés issus de produits de la mer. « L'objectif de départ était de commercialiser un complément alimentaire, la catégorie réglementaire la plus simple, pour lutter contre ce syndrome, précise Marc Hémon, cogérant de l'entreprise créée en 2004. Mais nos résultats pourraient aussi déboucher sur la mise au point de dispositifs médicaux ou, pourquoi pas, de produits pharmaceutiques. » Le projet porte d'abord sur la valorisation d'acides gras oméga 3 (EPA, DHA) d'huiles d'origine marine fournies par la société Polaris, partenaire du projet. Mais il vise aussi à rechercher et identifier dans les acides gras issus des algues de nouveaux principes actifs contre ce syndrome. Autre partenaire, Algues et Mer apporte ses compétences dans l'étude des composés actifs issus de ce végétal marin. L'aspect médical du projet est, quant à lui, suivi par l'Inserm (U598, Paris) et le CHU de Brest.

DIX PÔLES SUR TOUT LE TERRITOIRE

Agrimip Innovation (Midi-Pyrénées) - Céréales Vallée (Auvergne) - InnoViandes (Auvergne - Rhône-Alpes) - Pôle européen d'innovation fruits et légumes (PEIFL, Paca - Rhône-Alpes) - Pôle filière produits aquatiques (Nord-Pas-de-Calais) - Prod'Innov (Aquitaine) - Quali-Méditerranée (Languedoc - Roussillon) - Qualitropic (La Réunion) - Valorial (Bretagne - Pays de la Loire) - Vitagora (Bourgogne - Franche-Comté)

Au pôle Vitagora (Bourgogne - Franche-Comté)CUISSON EXPRESS DE LÉGUMES DANS LEUR EMBALLAGE

LCN Bourgogne (Villers-les-Pots, Côte-d'Or) participe au projet Légumes Express dans le cadre du pôle Vitagora sur un procédé de cuisson vapeur de légumes dans leur emballage par micro-ondes. Ce projet vise la réalisation d'une unité industrielle de produits 5e gamme, c'est-à-dire cuits et prêts à consommer. Vers une production de 4 000 tonnes par an « L'aspect innovant de ce projet repose sur notre technologie brevetée de cuisson très rapide et à basse température, explique Philippe Beaufils, chez LCN Bourgogne, partenaire du projet. Elle permet une meilleure conservation des nutriments et des qualités sensorielles des légumes : des essais sur les asperges ont montré que le taux de vitamines du produit cuit est très proche de celui du produit frais. » Porteur du projet Légumes Express, la société Trilégumes (groupe Dijon Céréales) intervient à plusieurs niveaux : depuis la fourniture des légumes et la logistique jusqu'à la future mise sur le marché. L'entreprise exploite un atelier pilote exploitant ce procédé et a commencé à réaliser des tests de marché auprès de la restauration collective. La phase suivante du projet consiste à transférer le procédé en phase industrielle, avec l'objectif d'atteindre une cadence de production de 4 000 t/an d'ici à 2008-2009.

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