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Polémique : comme Bernard Bigot, Ségolène Royal veut construire de nouveaux réacteurs nucléaires

Polémique : comme Bernard Bigot, Ségolène Royal veut construire de nouveaux réacteurs nucléaires

La ministre de l’Ecologie, du Développement durable et de l’ Energie en entretien avec les journalistes de l'Usine Nouvelle

La publication, ce mardi 13 janvier, d'une interview dans laquelle Ségolène Royal indique à nos confrères de L’Usine Nouvelle vouloir prolonger la durée de vie de certaines centrales nucléaires au-delà de 40 ans, et construire de nouveaux réacteurs a déclenché une vive polémique...et dopé le cours de l'action EDF.
Pour répondre aux associations écologistes et aux élus EELV et préciser sa pensée, la ministre a fait parvenir un communiqué de presse.
Ses propos rejoignent pour partie l'analyse de Bernard Bigot, qui s'était prononcé pour la relance de la construction de réacteurs nucléaires dans les colonnes d'Industrie & Technologies en avril 2014.

Ségolène Royal a déclenché des réactions en série en se prononçant, dans une interview publiée par l’Usine Nouvelle le 13 janvier, pour la construction de nouveaux réacteurs.  Dans cet entretien, elle affirme que « le savoir-faire français dans le nucléaire fait partie de nos atouts » même s' « il faut malgré tout sortir du "tout nucléaire", car c’est notre intérêt national ». Elle explique aussi qu’il faut « programmer la construction d’une nouvelle génération de réacteurs, qui prendront la place des anciennes centrales lorsque celles-ci ne pourront plus être rénovées ». Elle refuse de « fermer pour fermer », expliquant qu’il ne faut pas agir « par idéologie », et que « certaines centrales peuvent vivre plus longtemps ». Et affirme enfin que l’énergie nucléaire est un « atout » qui « nous permet de réaliser la transition énergétique car elle assure une sécurité énergétique ». Autant de propos qui ont fait émerger une polémique sur la volonté du Gouvernement de respecter la ligne qu’il s’est fixée lors de la Loi sur la transition énergétique et sur le revirement que semble afficher personnellement Ségolène Royal.

Suite à la publication, Ségolène Royal a fait parvenir un communiqué de presse ce mercredi 14 janvier dans lequel elle précise que
« polémiquer n’a pas lieu d’être car les propos tenus sont conformes à la Loi sur la transition énergétique ». En outre, « le Gouvernement n’oppose pas les énergies les unes aux autres et, pour la première fois de son histoire, la France se dote d’un mix énergétique équilibré ». Enfin, « l’énergie nucléaire est maintenue dans ce mix, mais sa part diminue pour atteindre 50 % à l’horizon 2025 dans la production d’électricité, avec une large place donnée aux énergies renouvelables ».

La ministre va jusqu’à indiquer ce que pourrait être la future génération de réacteurs : « Il s’agit à la fois de tirer parti des retours d’expérience des réacteurs de troisième génération (EPR, ATMEA) et de travailler sur une quatrième génération de réacteurs consommant beaucoup moins de combustibles et les recyclant, générant des déchets en moindre volume et moins nocifs (démonstrateur ASTRID du CEA) ».

Des propos conformes à la Loi sur la transition énergétique

Les propos de la ministre sont effectivement conformes à la Loi sur la transition énergétique. En effet, celle-ci stipule que le poids de l’énergie nucléaire doit être ramené de 75 à 50 % dans le mix électrique en 2025, tout en restant plafonné à la puissance du parc actuel de 63,2 gigawatts. Cela n’exclut donc pas de construire de nouveaux réacteurs en parallèle de la fermeture d’autres réacteurs anciens, tandis que monte en puissance l’électricité produite par les énergies renouvelables pour atteindre le palier de 50 %. Une analyse que formulait déjà Bernard Bigot, administrateur général du CEA, lors d'une interview exclusive à Industrie & Technologies en avril 2014.

 

>> LIRE : Il faut construire 35 réacteurs nucléaires d'ici 2050 selon Bernard Bigot



Les propos de Segolène Royal représentent en revanche un retournement du discours de la ministre. Pendant la primaire socialiste en 2011, elle avait exprimé son souhait d’abandonner la construction du futur réacteur EPR à Flamanville, et s’était prononcée pour une sortie complète du nucléaire à une échéance de quarante ans. Alors qu’elle dit explicitement, pour la première fois dans l’interview accordée à l’Usine Nouvelle, que « lorsque les deux réacteurs EPR de Flamanville dans la Manche vont ouvrir, deux autres devront fermer ». Ségolène Royal est également consciente de l’importance d’arriver à exporter le savoir-faire français hors des frontières françaises. La France doit avoir une politique intérieure cohérente avec ses ambitions internationales pour envoyer un message positif à l’export.
 

Quid de la fermeture de Fessenheim ?

Si l’on en croit les propos de Ségolène Royal, ce sera bien la centrale de Fessenheim qui sera fermée avant la mise en service prévue en 2017 de l’EPR de Flamanville, comme s’y était engagé François Hollande – pour fin 2016 – lors de la campagne pour l’élection présidentielle. La ministre avait laissé entendre à plusieurs reprises que d’autres réacteurs pourraient être choisis en raison des coûts importants de la fermeture de Feiseinheim. 

Outre cette question spécifique liée à l’ouverture de l’EPR de Flamanville, EDF plaide toujours pour que la durée de vie des centrales actuelles soit poussée jusqu'à 60 ans, sous condition de l'autorisation, au cas par cas, de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN). En cas de réponse favorable, les chantiers des nouveaux réacteurs devraient alors démarrer au plus tard vers 2025 pour prendre le relais de la génération actuelle.

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