Nous suivre Industrie Techno

PME, robotisez sans trébucher

CHARLES FOUCAULT foucault@industrie-technologies.com

Sujets relatifs :

,
Dangereux, coûteux, compliqués et tueurs d'emploi, tels sont les termes qui qualifient d'ordinaire les robots. Une analyse plus approfondie montre qu'ils ne sont plus l'apanage des grosses usines d'automobiles et peuvent répondre aussi aux besoins des petites et moyennes entreprises. À condition de poser les bons jalons. Voici la bonne démarche.

Qui a peur du grand méchant robot ? Les PME-PMI. Souvent « robotisation » rime encore pour leurs dirigeants avec « complications » et pour leurs salariés avec « éviction ». Or les mêmes PME-PMI ne savent plus comment palier le manque de main-d'oeuvre prête à travailler dans des conditions difficiles, devenues inacceptables aujourd'hui. « Il y a eu une translation de la pénibilité », analyse Jean-Yves Benaiteau, chef de projet robotique au Cetim. Reste alors aux sociétés en manque d'opérateurs deux choix : robotiser ou délocaliser. Les différents acteurs de la robotique l'ont compris. Les constructeurs ne pensent plus uniquement grands comptes, les intégrateurs répondent aux demandes spécifiques des entreprises de tailles réduites et des formations adaptées voient le jour. Il ne faut toutefois pas se lancer dans l'aventure tête baissée. Mieux vaut être conscient que robotiser correctement prend du temps et coûte bien davantage que le prix du robot nu. Grâce à une réflexion globale sur l'outil de production, il est possible de faire rimer « robotisation » avec « précision », « progression », voire même « expansion ».

1-Savoir s'appuyer sur le bon partenaire

« On va le faire tout seul, cela ne doit pas être sorcier », pourrait se dire un chef d'entreprise voulant robotiser sans dépenser trop. Mais faire cavalier seul est risqué et s'avère davantage une perte de temps qu'une économie d'argent. Concevoir une installation robotique et la mettre en place est un métier. « Il faut trouver le bon intégrateur et le bon constructeur, conseille Marie-France Radenez, chargée de professions au Syndicat des entreprises de technologies de production (Symop). Ils peuvent même être spécialisés sur certains secteurs. » L'intégrateur regardera si le robot ne peut pas faire plus que ce qui est demandé par son client sans pour autant exploser le budget. Une analyse complète des installations existantes par son oeil extérieur sera la base de la solution la plus efficace et la plus performante. Comme partout, le choix du bon partenaire est essentiel : « Attention à l'intégrateur qui maîtrise une solution donnée. Il va avoir tendance à utiliser cette technologie alors que chaque PME a une situation singulière », insiste Marie-France Radenez.

Cependant, dans certains cas, concevoir la ligne directement avec le constructeur de robots et l'installer soi-même s'avère un bon calcul. « L'accouchement est en général douloureux mais permet une capitalisation des compétences », souligne Jean-Yves Benaiteau. Cette option est à privilégier pour robotiser un processus pointu, stratégique dans une entreprise qui prévoit d'installer d'autres robots à l'avenir. Il faut en revanche faire confiance à un intégrateur si le but est d'avoir vite un robot efficace car, même dans ce cas, « entre l'idée et le robot qui tourne, il n'y a jamais moins de six mois. La moyenne tend vers un an », prévient Nicolas Couche, responsable produits du fabricant Fanuc.

2-Soigner le cahier des charges

Pour éviter tout problème entre l'intégrateur et la PME, leur relation doit être contractualisée par un cahier des charges rédigé avec un soin particulier. Une activité aussi chronophage que nécessaire. Il sera le seul recours pour refuser la commande en cas de non conformité à réception. Tous les scénarios y sont recensés : les protocoles en cas de chute d'objet pendant la trajectoire du robot, les cas où un opérateur intervient et ce qu'il doit faire. L'intégrateur a besoin de ce document pour pouvoir répondre au besoin de son client. « En France, il y a autant de manières de travailler que d'entreprises. Ce n'est pas grave à condition de savoir expliquer en détail ce que l'on fait », constate Nicolas Couche.

Présenter un cahier des charges trop blindé à l'intégrateur n'est toutefois pas souhaitable. Il réduit sa marge de manoeuvre, le bride dans sa proposition de solutions. Pour Jean-Yves Benaiteau, « il s'agit de confiance entre la PME et l'intégrateur. Ils doivent rédiger le cahier des charges ensemble. » Une personne dédiée dans l'entreprise qui veut robotiser doit pour cela suivre le projet, de sa genèse jusqu'à l'installation.

« Attention, toutes les applications ne sont pas robotisables, met en garde Bernard Duhem, fondateur et gérant du Centre de ressources techniques pour l'industrie (CRTI). Certaines opérations ne sont pas suffisamment standardisées pour être robotisées. » La définition de la problématique est essentielle pour savoir si le robot est bien la bonne solution. Quel poste de travail veut-on robotiser et pourquoi ? Est-ce une question d'ergonomie ? Des contraintes de qualité ? Un robot peut tourner 24h/24, certes, mais la charge de travail le nécessite-t-elle ? Autant de questions dont il faut coucher les réponses sur papier. Une fois le cahier des charges écrit, une relecture avec le constructeur ou l'intégrateur est essentielle.

3-Ôter ses oeillères

« Souvent les PME n'ont pas la fibre robotique, elles ne vont naturellement pas au bout des potentialités offertes », relève Nicolas Couche. La vision plus large de l'intégrateur pallie ce problème mais fait peur financièrement ou parce que la solution proposée nécessite une réorganisation de l'atelier. Dans ce cas, il faut savoir faire des concessions. Une réflexion globale évite de négliger la périphérie du robot. L'erreur est de penser qu'on va remplacer un opérateur par un robot, sans prendre en compte l'amont et l'aval. « Il ne faut pas s'équiper pour produire ce que l'on produisait hier. Si la demande change, l'outil de production ne sera plus adapté, » souligne Jean-Yves Benaiteau. Le robot augmente le volume de production, la qualité et la précision des produits. Il améliore la reproductibilité, diminue le taux de rebut et peut tourner jour et nuit (si l'espace de stockage est suffisant). Le bureau d'études peut alors revoir la conception et proposer des pièces meilleures, capables de gagner des marchés. Il faut intégrer tout cela dans le calcul du retour sur investissement (ROI). La plupart des PME se focalisent sur le coût, négligeant qu'un investissement initial supérieur entraîne généralement des frais de fonctionnement moindres. « L'ingénierie nécessaire à l'installation d'un robot représente un surcoût de deux à trois fois le prix du robot. Il faut le savoir au départ et l'accepter, » enjoint Marie-France Radenez. Enfin, il est primordial de se former à la maintenance avant la fin du contrat de garantie parce qu'une fois cette échéance passée, faire venir quelqu'un devient très cher. En intégrant toutes ces variables à l'équation, l'installation robotique peut être rentabilisée en trois ans.

4-Ne pas négliger la formation

Si les patrons sont un peu frileux à se lancer dans un projet de robotisation pour des raisons financières, les salariés y voient toujours une mesure pour leur emploi. « Ce n'est pas forcément faux mais c'est regarder par le petit bout de la lorgnette. Le but est l'augmentation de l'activité de production qui permet de la pérenniser en France », corrige Marie-France Radenez. Pour que cela soit bien compris, la communication avec l'équipe est essentielle dès les prémices du projet. La prise en compte de la capacité des équipes à s'adapter aux nouvelles technologies (interface web, pilotage à distance) est aussi un point clé. En cas de réticence, il faudra opter pour une configuration moins performante mais que les opérateurs sauront utiliser. Quel que soit leur degré de technophilie, ils devront être formés. Il faut qu'ils sachent intervenir si le robot s'arrête. Qu'ils soient conscients que ce n'est pas forcément une panne mais que cela peut provenir de l'environnement. « Les PME ne pensent pas à la maintenance préventive et aux compétences à développer pour exploiter toutes les ressources de leurs robots », regrette Bernard Duhem. Cela aussi a un coût, qu'il est parfois possible de diminuer en trouvant des formateurs à proximité plutôt que d'en faire venir de loin.

Au final, l'investissement financier et humain dans une cellule robotique dépasse largement le coût du robot. Le tout est de le savoir et de le prendre en compte car « si une mauvaise expérience peut vacciner à jamais de la robotisation, ceux qui ont conçu leur installation méthodiquement y reviennent très vite », remarque Nicolas Couche.

DÉFLATION

Le prix des robots a été divisé par deux en dix ans. Source : Symop

OLIVIER JOLY RESPONSABLE D'EXPLOITATION CHEZ ARMINS

« Augmenter nos capacités de production de 60 % »

« Nous fabriquons, en Vendée, des armatures métalliques pour béton. Dès 2006, un projet d'évolution des normes antisismiques a établi qu'il faudrait 60 % d'armatures supplémentaires dans les bâtiments. Nous avons d'abord réussi à réorganiser notre production pour l'accroître de 35 à 40 % mais ce n'était pas suffisant. Même si l'essentiel de notre manutention était manuelle, nous pensions que les robots étaient réservés à des entreprises comme Renault. Pourtant, l'intégrateur contacté s'est montré très à l'écoute et a bien pris en compte nos spécificités. L'usine a été complètement reconfigurée et intègre désormais quatre robots Fanuc. Cela nous a pris près de deux ans. Le redéploiement des opérateurs libérés par la robotisation vers la fabrication d'armatures sur mesure, beaucoup plus manuelle, nous a permis d'augmenter cette production de 80 %. »

COMBIEN ÇA COÛTE ?

SELON LE SYMOP, le coût moyen d'un robot est de 50 000 euros. Mais compte tenu du travail d'ingénierie nécessaire, son installation revient en moyenne à 150 000 euros.

AVANT

Produit principal : 150 unités/heure avec 4 opérateurs 90 autres références : 66 unités/heure avec 4 opérateurs

APRÈS

produit principal : 200 unités/heure avec 1 opérateur 90 autres références : 120 unités/heure avec 1 opérateur

La formation des opérateurs, un créneau à occuper

Dans les grandes entreprises, pour la formation des opérateurs sur les postes robotisés, une gestion en interne est mise en place, souvent par les ingénieurs qualité. Mais pour les PME ? Le métier restait à inventer. Les intégrateurs sont des techniciens, ils savent faire du câblage, des programmes, et du développement de trajectoire. Mais, faute de temps, ils ne formeront pas les opérateurs ni les techniciens de maintenance, ce n'est pas leur rôle. Sur ce constat Bernard Duhem a fondé, en juin 2009, le Centre de ressources techniques pour l'industrie (CRTI), au Mans. Lui, ses deux formateurs et quatre vacataires se sont emparés de cette nouvelle niche en allant conseiller les PME-PMI de l'Ouest dans leurs installations. « Notre approche est axée sur la pédagogie », insiste le fondateur.

Des robots plug and play

Les robots classiques ne sont pas adaptés aux PME. Telle était la conviction du consortium de constructeurs, intégrateurs, utilisateurs et scientifiques européens qui s'est créé autour du projet SMErobot en 2005 (SME étant l'équivalent anglais de PME). Si l'axiome de base est contestable, le bilan publié en mai 2009 est tout de même intéressant. Le groupe a créé des robots installables en trois jours, capables de comprendre des instructions humaines et de coopérer avec les opérateurs en toute sécurité (voir la vidéo sur notre site). Le Cetim s'attelle à la diffusion de ces résultats en France.

vous lisez un article d'Industries & Technologies N°0926

Découvrir les articles de ce numéro Consultez les archives 2010 d'Industries & Technologies

Bienvenue !

Vous êtes désormais inscrits. Vous recevrez prochainement notre newsletter hebdomadaire Industrie & Technologies

Nous vous recommandons

Faites de l'or avec les données

Faites de l'or avec les données

La démarche d'open data, qui consiste à rendre accessibles des données variées, a été initiée par les administrations. Elle représente une opportunité[…]

01/11/2012 | EXPÉRIENCES
ISO 50 001 : pilotez vos performances énergétiques

ISO 50 001 : pilotez vos performances énergétiques

Comment protéger son réseau informatique

Comment protéger son réseau informatique

SPÉCIAL BUREAU D'ÉTUDES

SPÉCIAL BUREAU D'ÉTUDES

Plus d'articles