Nous suivre Industrie Techno

PME, adoptez un robot !

JESSY PICARD redaction@industrie-technologies.com

Sujets relatifs :

,
PME, adoptez un robot !

LE ROBOT ASSEMBLEUR

© D.R.

Réduction de la pénibilité, amélioration de la productivité, hausse de la qualité... L'automatisation possède bien des avantages. Pourtant peu de PME l'ont adoptée. Or, il existe des méthodes pratiques qui permettent aux petites entreprises de se lancer dans l'aventure. Suivez le guide d'Industrie et Technologies.

En matière de robots, la France ne fait pas bonne figure ! Notre pays ne compte que 33 000 machines installées quand l'Allemagne en possède plus de 145 000. Et les PME sont particulièrement sous-équipées. Seuls 17 % des robots sont installés dans des entreprises de moins de 300 personnes. Fort de ce constat, le Symop (Syndicat des entreprises de technologies de production) a lancé, fin septembre, avec le ministère de l'Industrie, une étude qui donnera aux entreprises des clés pour aborder sereinement cette automatisation. En attendant sa publication, voici nos conseils pour réussir l'implantation de votre automate.

1-Définissez vos objectifs

Robot manutentionnaire, robot usineur, robot soudeur... Il existe une multitude de robots capables d'exécuter des tâches très différentes (lire le tableau ci-dessous). Avant de vous lancer dans l'acquisition d'un automate, il est donc absolument nécessaire de bien définir votre objectif. Quelle opération dois-je automatiser ? Dans l'attente de quel résultat ?

Productivité, qualité, flexibilité... ces machines peuvent tout... à condition de l'avoir décidé et réfléchi ! Elbi, un spécialiste de la fabrication des vis à billes, a acquis, en janvier, un robot afin de gérer de multiples diamètres de pièces. Rapidement le gain de productivité s'est monté à 15 %. « Nous avons aussi réduit de 20 % les rebuts et retouches », se satisfait Jean-Yves Lambert, le président de cette entreprise de 14 personnes (850 000 euros de chiffre d'affaires), basée à Saint-Soupplets (Seine-et-Marne).

Outre l'aspect productivité, les entreprises se servent souvent des robots pour alléger la tâche des opérateurs. Les établissements Simbelie, installés à Ligneyrac (Corrèze), en ont acheté un qui permet de charger des sacs d'aliments pour animaux de plus de 150 kg. Son directeur insiste sur le fait que les opérateurs ont « d'autres tâches plus intéressantes à faire que de s'abîmer le dos en portant des sacs ». Il omet de préciser qu'il peinait à trouver des candidats pour ces postes de manutention...

Plus original enfin, le robot peut aussi être un argument marketing. Et pas que chez Siemens, le grand spécialiste du genre. « Des clients choisissent d'automatiser pour l'image de marque, s'amuse Florence Berthaux, responsable marketing chez Fanuc Robotics. Ils souhaitent présenter à leur visiteur une vitrine technologique. »

2-Repensez votre process

La robotisation ne se prend pas à la légère. Elle doit être une conséquence de la stratégie définie par la direction de l'entreprise. La société France Ponte, par exemple, a réussi sa reconversion en se servant de l'automatisation pour se placer sur un nouveau marché de niche, celui de la transformation des oeufs. « Nous voulions nous situer sur des produits à plus grande valeur ajoutée. Nous avons donc décidé d'arrêter notre activité de conditionnement d'oeufs pour nous concentrer sur l'oeuf prêt à la consommation. Aujourd'hui, nos processus automatiques nous permettent de fournir plus de 35 000 oeufs durs à l'heure », illustre Philippe Lafon, le président de la PME de 70 personnes, située à Saint-Germain-lès-Arpajon (Essonne). L'entreprise possède six lignes de production automatisées... là où auparavant, il n'y avait que des lignes manuelles sur lesquelles des salariés mettaient des oeufs dans des boîtes.

N'isolez pas non plus votre robot ! Seul, placé dans un coin de l'usine, il ne pourra pas grand-chose. Pour être efficace, il doit s'intégrer dans toute la chaîne de production. Il est nécessaire de penser en amont à ses accessoires et à son incorporation dans le processus, quitte à refondre l'organisation de l'atelier. « Les PME oublient souvent la communication des machines entre elles. La notion d'interopérabilité est pourtant importante et peut faire gagner du temps. Il est parfois important de prévoir une petite salle de contrôle des machines pour suivre correctement la production » insiste Didier Le Coz, un responsable produit pour l'automaticien américain Rockwell Automation.

3-Calculez la rentabilité du projet

Études, achat du matériel, périphériques, outillages... La facture de la robotisation peut parfois s'avérer trop lourde pour une PME. Au minimum, il faut compter 20 000 euros pour un bras robotisé. Dans certains cas, le prix peut grimper jusqu'à 300 000 euros. Avant de se lancer dans un tel investissement et même si vous pouvez profiter d'aides publiques (sur ce sujet, lire les conseils du directeur du centre de ressources technologiques Aripa, en page 47), une étude de rentabilité peut se révéler utile. Dans le calcul coût-bénéfice, il faut intégrer des paramètres comme le coût de la main-d'oeuvre, le gain dû à une meilleure qualité, l'augmentation du volume de la production et la diminution des consommables. Ce n'est pas toujours évident à évaluer pour des équipements qui affichent une durée de vie de douze à quinze ans selon les modèles.

Dans certains cas, le retour sur investissement peut toutefois être très rapide, dès la première année d'utilisation ! « Dans les douze mois qui ont suivi l'intégration, nous avons gagné 50 % de productivité », témoigne ainsi Olivier Garnier, directeur de la société Azynox, un fabricant de tôle d'Esvres (Indre-et-Loire) qui a investi dans un robot manutentionnaire.

4-Demandez de l'aide à des experts

Si le chiffrage des coûts n'est pas une sinécure, l'intégration est tout aussi difficile. Contrairement aux grandes entreprises, les PME n'ont pas toujours de bureaux des méthodes ou des ingénieurs capables de développer des processus innovants. Il est donc indispensable de bien s'entourer. Les centres techniques sectoriels notamment peuvent vous aider. Le centre de ressources technologiques met à disposition des experts capables de réaliser ces études sur cahier des charges. Par ailleurs, des sociétés de conseil spécialisées en robotique fournissent des solutions clés en main. Ils font même le lien avec les fournisseurs de robots. On les appelle les intégrateurs. « Le client connaît son produit, il vient avec un cahier des charges précis et nous lui proposons plusieurs solutions techniques en fonction du budget dont il dispose. Nous proposons aussi des solutions qui combinent le manuel et l'automatique, si besoin » explique Hervé Tognet, le directeur de l'intégrateur Technic Automation, situé à Annecy (Haute-Savoie).

5-Formez vos opérateurs

Pour beaucoup, le robot a une image antisociale ! Il ne servirait qu'à supprimer de l'emploi. « Il y a vingt ans, l'usine grouillait de monde. Aujourd'hui, elle ressemble à une usine fantôme », se rappelle un salarié de l'usine de Snecma à Gennevilliers (Hauts-de-Seine). Pour que l'automatisation soit acceptée, le contexte dans lequel elle s'inscrit est primordial. Mettez-la en oeuvre dans le cadre d'un programme défensif de réduction des coûts, et l'arrivée de votre automate est vouée à l'échec. Tenez un discours offensif, et le robot aura plus de chances d'être adopté.

Cet affichage est une condition sine qua non de réussite, mais elle n'est pas suffisante. Il faut aussi intégrer les salariés dans la démarche. « On observe une dégradation du climat social si on automatise sans prendre en compte l'organisation du travail. L'entreprise doit impliquer les salariés et analyser les impacts », alerte Ludovic Bugand, chargé de mission au sein de l'Anact (Agence nationale pour l'amélioration des conditions de travail). L'étape formation des ouvriers notamment est indispensable. Que ce soit pour leur permettre de piloter la machine ou pour leur offrir un reclassement dans d'autres activités.

TICKET D'ENTRÉE

Il faut compter de 20 000 à 300 000 euros pour automatiser une opération.

DES AUTOMATES À TOUT FAIRE

LE ROBOT SOUDEUR Soudage par point, soudage par arc, soudage laser... Le robot peut mettre en oeuvre l'opération sur tout type de matériau, le soudage de l'acier étant la plus courante. LE ROBOT DE MANUTENTION Ces machines (4 ou 6 axes de rotation) permettent de transporter des pièces jusqu'à 1 000 kg. Elles sont utilisées pour la palettisation ou pour charger d'autres machines. LE ROBOT PEINTRE Placés dans des cabines, ces robots évitent aux opérateurs de respirer des substances toxiques. Ils peuvent appliquer des peintures classiques ou des revêtements spéciaux (plasma...). LE ROBOT ASSEMBLEUR Ces bras articulés peuvent atteindre des zones difficiles d'accès pour l'homme. Ils peuvent assembler des pièces dans des salles blanches ou dans des environnements à haute température.

Otico automatise pour lutter contre ses concurrents low cost

Avec 62 % de son chiffre d'affaires réalisé à l'export, Otico, une PME spécialisée notamment dans les pneus pour machines agricoles, a réussi à faire son trou à l'étranger. Mais depuis 2003, confrontée à un dollar très bas, elle voit sa rentabilité se dégrader. « Nous devons affronter une concurrence très rude de la Chine et de l'Argentine, explique Olivier Phely, le PDG d'Otico. Pour lutter à armes égales, nous avons automatisé nos lignes. » Cette entreprise de 70 personnes, située à Chalmaison (Seine-et-Marne), a décidé de commencer par sa ligne dédiée à la fabrication des chenilles. « On a trouvé un système permettant de fabriquer les chenilles en une seule étape, quand il en fallait plusieurs », dévoile le dirigeant. L'entreprise a ainsi gagné 50 % de productivité sur cette ligne et a pu réduire ses prix. Forte de cette expérience, elle entend à terme automatiser les deux autres lignes (roues et courroies). Et ce, dès que la reprise de l'activité lui permettra de rentabiliser ses investissements.

Les conseils de l'expertFinancez votre projet en mettant en avant son aspect innovant

ERIC LOUIS Directeur du centre de ressources technologiques (CRT) Aripa. Ce centre technique a pour but de favoriser le développement technologique des PME-PMI. Il offre également des solutions de sous-traitance aux groupes plus importants. IT - Y a-t-il des aides spécifiques dédiées à l'automatisation ? Eric Louis. Les PME ont bien du mal à trouver des financements. L'État finance surtout l'innovation et les banquiers financent du matériel. Dès qu'on touche au domaine de la production, rien de spécifique n'est prévu. IT - Comment une PME peut-elle faire pour obtenir des aides ? E. L. L'astuce consiste à faire passer l'automatisation en innovation. L'entreprise doit démontrer qu'elle fait preuve de créativité dans ses processus de production. Et là, les portes ont des chances de s'ouvrir. Oséo, les Drire, les chambres de commerce, le centre francilien de l'innovation... Ces organismes possèdent des dispositifs d'aides financières dédiés aux PME. IT - Et que propose votre structure, le CRT Aripa ? E. L. Le centre technique est labélisé par l'État et habilité au crédit d'impôt recherche. Nous sommes en mesure d'accorder des subventions. Malheureusement, celles-ci se sont réduites comme une peau de chagrin au cours des dernières années. Nous continuons cependant à aider gratuitement les PME dans la rédaction de leur dossier de demande de subvention. Nous proposons également des services techniques au travers d'un réseau d'une vingtaine d'experts.

vous lisez un article d'Industries & Technologies N°0916

Découvrir les articles de ce numéro Consultez les archives 2009 d'Industries & Technologies

Bienvenue !

Vous êtes désormais inscrits. Vous recevrez prochainement notre newsletter hebdomadaire Industrie & Technologies

Nous vous recommandons

Faites de l'or avec les données

Faites de l'or avec les données

La démarche d'open data, qui consiste à rendre accessibles des données variées, a été initiée par les administrations. Elle représente une opportunité[…]

01/11/2012 | EXPÉRIENCES
PFW Aerospace allège l'A 350 XWB

PFW Aerospace allège l'A 350 XWB

ISO 50 001 : pilotez vos performances énergétiques

ISO 50 001 : pilotez vos performances énergétiques

Virbac passe à la désinfection aérienne

Virbac passe à la désinfection aérienne

Plus d'articles