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La semaine de Jean-François Prevéraud

PLM : Reims Aerospace met en place le travail collaboratif

Industrie et  Technologies
Le fournisseur d'aérostructures profite d'un nouveau projet avec Dassault Aviation pour mettre en place la plate-forme collaborative de Pi3C. Il y gagne en structuration des échanges et y voit un moyen pour faciliter son développement.


A quelques jours des fêtes de fin d'année, un petit détour par Reims et la Champagne s'imposait ... pour parler travail collaboratif dans le domaine aéronautique, bien sûr. Je viens en effet d'aller voir Reims Aerospace, PME de 240 personnes qui réalise des aérostructures, sous-ensembles mécaniques entrant dans la structure mécanique d'avions, tant pour Airbus que pour Dassault Aviation.

J'ai ainsi pu voir au détour de l'atelier : des planchers pour l'A380 ; des casquettes (toit et pare-brise du poste de pilotage) et des bords d'attaques mobiles pour les Falcon 900 et 2000 ; des planchers de poste de pilotage d'A320 ; des belly fairing (habillage ventral) d'A330/340 ; des caissons sous voilure d'ATR 42/72 ; ou des corps arrières de Falcon 900B.

Un partenaire global

« L'un de nos atouts est de disposer de l'ensemble des professionnels et des moyens techniques nous permettant de produire sur un même lieu, la totalité des sous-ensembles dont nous avons la responsabilité. Nous allons ainsi de la moindre pièce primaire, en tôlerie ou en mécanique, au sous-ensemble fini et testé, en passant par les traitements de surfaces et la peinture », explique Christian Hocquigny, directeur général de l'entreprise.

« Cette intégration totale nous permet d'être très réactif aux demandes de nos clients. Par exemple dans le cas des planchers d'A320, dont nous assurons 1/3 de la production totale, une douzaine par mois, nous avons signé le contrat fin mars et le premier plancher est sorti de nos ateliers le 15 juin. Une gageure pour un ensemble mécanique comportant 333 pièces primaires ».

Cette présence sur un même lieu de l'ensemble des savoir-faire indispensables pour réaliser des aérostructures intéresse aussi les constructeurs aéronautiques qui souhaitent faire réparer certains sous-ensemble. Reims Aerospace est ainsi l'un des deux centres mondiaux de réparation des bords d'attaques mobiles pour les Falcon 900, 2000 et 50. « C'est d'ailleurs cette capacité de réparation qui nous a conduit à mettre en place une démarche travail collaboratif », constate Florence Collot, responsable de la qualité et en charge des relations industrielles avec Dassault Aviation.

Le constructeur aéronautique a en effet été confronté à des problèmes de vieillissement de certains corps arrières de ses Falcon 900 nés au milieu des années 80. Cet ensemble, un cône tronqué mixant structure métallique et pièces en composites se plaçant à l'arrière du fuselage, guide les gaz d'échappement de l'un des réacteurs et supporte deux aérofreins. Difficile à réparer, Dassault Aviation Falcon Services, entité chargée de la maintenance des jets d'affaires du constructeur de Suresnes, a décidé de confier à Reims Aerospace la refabrication de ces sous-ensembles en lui confiant les outillages nécessaires. Problème, nombre de plans de détail n'existaient plus, car cette pièce était à l'époque réalisée par Hurel Dubois, aujourd'hui englouti dans la nébuleuse Safran. Il a donc fallu, à partir d'un sous-ensemble existant, reconcevoir l'ensemble des pièces primaires.

Piloter le nouveau projet

« Dassault Aviation Falcon Services a souhaité nous confier le pilotage de ce projet industriel, tout en laissant à Dassault Aviation la responsabilité de la validation technique des études. Ce qui supposait un échange important et quotidien d'informations entre les différents sites nos trois sociétés », explique Florence Collot. De fait, Reims Aerospace est en contact permanent avec le site du Bourget de Dassault Aviation Falcon Services, le bureau d'études de Dassault Aviation basé à Bordeaux-Merignac, une société experte en composites basée à Biarritz et un sous-traitant chargé de réaliser les pièces en composites.

Dans le but de structurer ces échanges d'informations techniques, Reims Aerospace a décidé de mettre en place une démarche et un outil de travail collaboratif. « Nous avons de longue date l'habitude d'échanger beaucoup d'informations techniques avec nos donneurs d'ordres. Et force est de constater que sans outil dédié, il arrive encore trop souvent de travailler avec des versions de fichiers qui ne sont pas à jour ou partielles, d'oublier par mégarde d'informer certains acteurs du projet de modifications les concernant et, par le miracle des "mailing list", d'être noyé sous une masse de mails dont la plus grande partie contient des informations inutiles pour le destinataire ».

Afin d'éviter ces écueils récurrents sur le nouveau projet, Florence Collot et les principaux intervenant de Reims Aerospace ont établi un cahier des charges simple. « Nous voulions un outil qui ne demande pratiquement pas de formation pour être utilisé, afin qu'il ne soit pas vécu comme une contrainte supplémentaire, tant chez nous que chez nos partenaires. Il devait gérer correctement les droits d'accès et informer seulement les acteurs concernés des modifications de données ayant un impact sur leur travail. Enfin, il devait être accessible depuis n'importe quel PC, même à l'étranger ».

A côté de ces contraintes fonctionnelles, le service informatique a souhaité que cela se fasse en évitant d'ouvrir le réseau interne vers l'extérieur, afin d'en garantir la sécurité, mais en laissant toutefois la porte ouverte, dans un esprit de croissance, à une éventuelle répartition de l'entreprise sur plusieurs sites. L'orientation vers un système spécifique était donnée. « C'est en évoquant ces idées avec l'un des conseillers de la CRCI de Champagne-Ardennes que nous avons eu connaissance de l'existence de la plate-forme Pi3C (Plate-forme d'Ingénierie Collaborative de Cités en Champagne), dont, c'est un comble, le cœur informatique est à moins de 5 km de chez nous », se rappelle Christian Hocquigny.

Dès la première présentation personnalisée, moins d'une demi-journée, Reims Aerospace a été conquis. « De plus, le fait que Pi3C participe aux côtés de Dassault Aviation au projet Seine (Standards pour l'Entreprise Innovante Numérique Etendue) (voir notre encadré), porté par le GIFAS (Groupement des Industries Françaises Aéronautiques et Spatiales) et l'AFNET, a été un atout supplémentaire pour convaincre Dassault Aviation Falcon Services », estime Florence Collot.

Une démarche structurante

L'utilisation d'une plate-forme d'ingénierie collaborative a obligé les différents acteurs à structurer dès le début du projet les échanges et les droits d'accès. Mais cela a été très rapide, car le démarrage complet du projet, depuis la première présentation jusqu'à la mise en route, a demandé moins de 10 heures, formation des utilisateurs comprise. « Dans un premier temps nous avons décidé d'échanger et de mettre à jour en temps réel, via la plate-forme Pi3C, la trentaine de fichiers Excel qui nous servent à gérer au quotidien le projet. Nous sommes pour le moment dans la première partie de la phase de reconception. C'est pourquoi plutôt que des fichiers CAO, nous nous contentons pour le moment d'échanger régulièrement des photos annotées des pièces constituant le corps arrière. Cela permet d'expliquer rapidement des problèmes et d'évoquer des solutions avec des acteurs qui ne sont pas au fait de la manipulation de modèles 3D en Catia V4. Mais nous avons bien prévu d'échanger des modèles CAO lorsque nous seront plus avancés dans le projet ».

Les modifications faites à travers la plate-forme, ajout, mise à jour de fichiers, sont systématiquement ponctuées par la génération automatique de mails avertissant les acteurs ayant des droits sur les fichiers concernés. Cela permet de suivre les actions des différents acteurs sans être connecté en permanence sur la plate-forme, notamment si l'on travaille en mode nomade, tout en conservant une tracabilité de toutes les actions. De plus, Reims Aerospace utilise aussi la plate-forme Pi3C pour animer des réunions de travail collaborative à distance en utilisant les fonctionnalités de NetViewer qui sont incluses.

Pour le moment, 6 utilisateurs sont directement concernés chez Reims Aerospace et 2 chez Dassault Aviation, qui valident tous les développements techniques. Le coût est de 800 euros par mois. Mais l'usage de cette plate-forme chez Reims Aerospace devrait rapidement se développer. « Nous sommes dans une logique de croissance à la fois sur notre métier de base qu'est la fourniture d'aérostructures complètes, et sur la réalisation en sous-traitance de pièces primaires. Cela veut donc dire que nous allons nous engager sur de nouveaux programmes aéronautiques et avec de nouveaux donneurs d'ordres. De même, pour faire face à ces développements, nous venons d'ouvrir Reims Aerospace Danube en Roumanie, qui fabriquera une partie des pièces et sous-ensembles supplémentaires qui nous seront confiés. Nous allons donc devoir faire rapidement face à une croissance importante de nos échanges de données, d'où un recours croissant à cette plate-forme. Nous allons pouvoir ainsi bénéficier rapidement de l'expérience, notamment en structuration des échanges, que nous avons retirée de ce premier projet », conclut Christian Hocquigny.

A la semaine prochaine.

Pour en savoir plus : http://www.reims-aerospace.com & http://www.pi3c.com

Jean-François Prevéraud, journaliste à Industrie & Technologies et l'Usine Nouvelle, suit depuis plus de 26 ans l'informatique industrielle et plus particulièrement les applications destinées au monde de la conception (CFAO, GDT, Calcul/Simulation, PLM...). Il a été à l'origine de la lettre bimensuelle Systèmes d'Informations Technologiques, qui a été intégrée à cette lettre Web hebdomadaire, dont il est maintenant le rédacteur en chef.

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