Nous suivre Industrie Techno

La semaine de Jean-François Prevéraud

PLM : Quand le prototypage rapide se met au service de l’artisanat d’art

Jean-François Preveraud
PLM : Quand le prototypage rapide se met au service de l’artisanat d’art

La raie créée par les designers Sylvain Rousselet et Matthieu Bordage, pour Corinne Dolfi. L'un des premiers éléments de la gamme Movance.

© DR

Creaxia-Produxia, une PME française, spécialiste du prototypage rapide, aide le groupe Huntsman à mettre au point une nouvelle technologie et en profite pour lancer de nouvelles applications dans le domaine de l’artisanat d’art. Sa gérante lance une gamme de produits issus d’un artisanat numérique personnalisable, mis au point avec l’aide de designers.

J’ai eu l’occasion de rencontrer voici quelques jours Corinne Dolfi, gérante de Creaxia-Produxia, une dynamique société de prototypage rapide de l’Ouest parisien. C’était à l’occasion de la première mise en service mondiale de la machine de prototypage Araldite Digitalis, développée par Huntsman Advanced Materials, l’un des premiers fabricants mondiaux et négociants de produits chimiques de spécialités.

Une rencontre très enrichissante, car au-delà des aspects industriels de son métier, Corinne Dolfi entend bien mettre cette nouvelle technologie au service de l’artisanat d’art, en poussant même la démarche jusqu’à l’artisanat numérique personnalisable.

Mais voyons tout d’abord ce qui ce cache derrière la technologie de fabrication rapide Araldite Digitalis. « C’est une machine et des résines liquides permettant de passer directement et sans moule, couche après couche, de l’idée à l’objet en 3D », résume Philippe Christou, Directeur de la Technologie de Huntsman pour l’Europe.

Une technologie novatrice

Les matériaux utilisés sont des résines liquides, développées spécifiquement par Huntsman, qui durcissent sous l’effet d’une lumière ultra-violette (UV). Cette résine est contenue dans le bac de la machine où se déplace une plaque destinée à supporter les pièces en cours de création. Une barre d’illumination UV se déplace horizontalement au dessus de cette cuve et vient insoler les zones correspondant aux parties pleines du futur objet en cours de construction. Après chaque passe de la barre d’illumination, la plaque descend de l’épaisseur de la couche créée (50 à 100 µm) et est suivi par un lissage de la surface du liquide. Enfin, un ordinateur vient piloter le tout, assurant la construction couche après couche de l’objet en 3D. Une fois l’objet 3D construit, il est détaché de la plaque support, nettoyé à l’aide de solvants, puis durci à cœur dans une enceinte UV. Il est alors prêt pour son éventuel parachèvement (polissage, peinture…). 

L’originalité de cette machine réside dans la barre d’illumination UV et de son système d’obturateurs. Celle-ci comporte des lampes UV dont la lumière est conduite via des fibres optiques vers des modules MLS (MicroLightSwitch) qui jouent le rôle d’obturateur apportant où on le veut à la surface de la résine liquide une lumière uniforme et verticale.

« Ces modules MLS sont le cœur de la technologie Araldite Digitalis. Chaque module, il y en a 16 par barre, comporte 4 hexagones. Chacun de ces hexagones de 6,75 mm, qui correspond à une puce électronique, intègre 600 obturateurs Mems de 0,03 mm de diamètre, soit au total 38 400 obturateurs pour une barre complète. Ces modules MLS sont disposés en quinconce dans la barre offrant ainsi une largeur utile de 370 mm ».

Des plus par rapport aux technologies existantes



Les caractéristiques de la machine Araldite Digitalis :

Enveloppe de construction
Axe X : 650 mm (longueur)
Axe Y : 370 mm (Largeur)
Axe Z : 600 mm (Profondeur)

Vitesse de balayage du système d’illumination
3-50 mm/s

Resolution
Axe X : 10 μm (3-5mm/s), 50 μm (6-19 mm/s) or 125 μm (20-50 mm/s)
Axe Y : 10 μm
Axe Z : 50 à 150 μm

Machine
Poids : 2 000 kg
Encombrement : 180 x 150 x 200 cm
 


« Par rapport aux autres technologies de fabrication rapide, utilisant les UV ou d’autres procédés, la technologie Araldite Digitalis offre une plus grande productivité, ainsi qu’une résolution plus importante, allant dans le sens de la précision et de la qualité des pièces. Ainsi par rapport aux machines à balayage laser, la lumière est toujours perpendiculaire à la surface de la résine, évitant les pertes d’énergie lumineuse et de focus, dues à l’inclinaison du faisceau laser pour atteindre l’extérieur des pièces. De même, le balayage de la surface par la tête d’illumination UV se fait à vitesse uniforme, alors qu’il dépend de la surface dans le cas d’un balayage par laser ». Araldite Digitalis sera donc d’autant plus intéressante qu’il y aura beaucoup de pièce à fabriquer en même temps sur le plateau. Par contre, il vaudra mieux lui préférer la stéréolithographie dans le cas de la fabrication unitaire d’une petite pièce.



« Dans le cas des machines projetant des images UV (DLP) la taille maximum des pièces est limitée à 200 mm de côté pour des problèmes de netteté de projection, influant sur le précision des pièces, alors que la technologie Araldite Digitalis assure la même précision sur une surface de 370 x 650 mm », précise Philippe Christou.

Du côté des résines, celles qui ont été développées spécifiquement par Huntsman ont des caractéristiques mécaniques similaires aux résines de stéréolithographie, au polyéthylène haute densité ou à l'ABS, hormis dans les domaines de la résistance au choc et à la température. Mais c’est une voie de développement s’empresse-t-on de dire chez Huntsman. Du côté des prix, tant pour la machine que les résines on reste dans des niveaux similaires à ceux de la stéréolithographie. 

Associer la technologie et l’art

La technologie c’est bien, reste à savoir ce que l’on veut en faire. « Cette technologie, que nous avons contribué à mettre au point, va bien entendu rejoindre notre palette d’outils de prestation de services, auprès des industriels ayant besoin de prototypage rapide. Mais j’ai aussi quelques autres idées », confie Corinne Dolfi.

« Cela fait 16 ans que nous travaillons au service de l’industrie et Creaxia-Produxia va continuer à le faire. Mais personnellement j’ai aussi d’autres motivations, d’autres envies. Me faire plaisir déjà, ce qui est de moins en moins facile dans l’industrie, avec la pression, les délais, un contexte économique de plus en plus difficile. Faire plaisir aux autres. Intégrer du design, un côté artistique, de la féminité, des courbes harmonieuses… Une envie personnelle de faire autre chose que ce que l’on maitrise depuis des années, tout en continuant évidement à servir nos clients de l’industrie, mais diversifier, donner un sens nouveau et se faire plaisir à travers des créations que nous développons aujourd’hui ».

Pour cela, Creaxia-Produxia a créé la marque Movance, qui va œuvrer dans ‘‘l’artisanat numérique’’. « Cela reflète la capacité à produire des pièces de qualité en petite quantité, en série limité, d’une façon artisanale mais en complète contradiction avec les procédés habituels puis que l’on utilise des procédés high-tech très novateurs. Movance va permettre d’associer la technologie et l’art. Nous allons développer en collaboration avec des designers, tels Sylvain Rousselet et Matthieu Bordage d’Element Design, notre propre gamme de produits ».

Celle-ci est pour le moment réalisée intégralement avec la technologie Araldite Digitalis, grâce à sa productivité sur les petites séries et aux états de surface inégalés qu’elle permet. Mais Movance ne s’interdit pas d’utiliser les autres technologies maitrisée par Creaxia-Produxia (stéréolithographie ; frittage de poudre ; fonderie cire perdue ; coulée sous vide…). « Ce parc technologique nous permettra de proposer dans l’avenir d’autres matériaux pour nos produits ». 


                                   


La gamme de Movance est pour le moment très orientée vers les accessoires de mode, les objets décoratifs et communicatifs, ainsi que quelques objets d’art. Elle allie à la fois l’art, l’esthétique et les technologies permettant de créer des pièces irréalisables avec des techniques de production traditionnelles. Elle est accessible directement sur le site d’e-commerce de Movance.

Au-delà de sa propre gamme Movance veut aussi être au service des designers et des créateurs pour leur proposer la réalisation et la commercialisation de leurs propres œuvres. « Notre expérience depuis 16 ans nous apporte une parfaite maitrise de ses technologies et nous permettra de les aider à concevoir des formes adaptées aux process, et à les optimiser pour limiter par exemple le nombre de supports construction nécessaires pour la fabrication ou les opérations manuelles de finition, tout en ayant déjà de très bons états de surfaces ».

Au-delà de ces artistes, Movance espère aussi convaincre des entreprises souhaitant communiquer à travers des objets conçus et réalisés pour eux, voire des particuliers qui souhaitent faire plaisir ou se faire plaisir en s’offrant des pièces uniques qu’ils pourront personnaliser. En effet, Mouvance propose d’inscrire dans la masse même de l’objet des textes ou des dessins propres à chaque client.

Et si la création 3D personnalisée était donnée à tous … grâce à Movance et Digitalis !

A la semaine prochaine,

Pour en savoir plus : http://creaxia.com & http://movance.fr/ & http://www.huntsman.com 

Jean-François Prevéraud, journaliste à Industrie & Technologies et l’Usine Nouvelle, suit depuis plus de 29 ans l’informatique industrielle et plus particulièrement les applications destinées au monde de la conception (CFAO, GDT, Calcul/Simulation, PLM…). Il a été à l’origine de la lettre bimensuelle Systèmes d’Informations Technologiques, qui a été intégrée à cette lettre Web hebdomadaire, dont il est maintenant le rédacteur en chef.

Bienvenue !

Vous êtes désormais inscrits. Vous recevrez prochainement notre newsletter hebdomadaire Industrie & Technologies

Nous vous recommandons

« Implant Files » : pourquoi les implants médicaux sont dans la tourmente

« Implant Files » : pourquoi les implants médicaux sont dans la tourmente

C'est un nouveau scandale sanitaire. Après l'affaire des implants mammaires « PIP », une enquête du[…]

IRT Saint-Exupéry : les nouvelles plateformes technologiques opérationnelles

IRT Saint-Exupéry : les nouvelles plateformes technologiques opérationnelles

Drone à hydrogène : le rêve de deux start-up françaises

Drone à hydrogène : le rêve de deux start-up françaises

[Photo Tech] L’impression 3D mobile de bâtiments

[Photo Tech] L’impression 3D mobile de bâtiments

Plus d'articles