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La semaine de Jean-François Prevéraud

PLM : PTC mise sur l’effet domino pour accroître sa part de marché

Jean-François Preveraud
PLM : PTC mise sur l’effet domino pour accroître sa part de marché

Jim Heppelmann, President & Chief Operating Officer de PTC

© DR

Rencontre avec les dirigeants de PTC de passage à Paris pour le PTC World. L’éditeur résiste bien à la crise et table sur une forte croissance de son offre PLM basée sur le développement des nouveaux produits de ses clients. L’occasion aussi de mettre en avant les faiblesses de la concurrence et de parler d’avenir.

Cette semaine j’ai pu rencontrer, en marge de l’une des deux étapes européennes du PTC World 2009 qui se tenait à Paris, Jim Heppelmann, président et directeur des opérations de PTC, accompagné de Marc Diouane, vice-président de la société, en charge de l’Europe et de l’Asie.

En tant que responsable commercial Marc Diouane a commenté les résultats de l’année fiscale 2009 de PTC qui se terminait fin septembre. « Nous avons enregistré un chiffre d’affaires global de 938 millions de dollars en 2009, en recul de 12 % par rapport à 2008, et de 9 % si l’on tient compte des évolutions des taux de change. Ce qui n’est pas si mal vue le contexte économique. Cela nous permet même de dégager 94 M$ de bénéfice et de conforter nos avoirs en banque, qui atteignent 235 M$ ».

Des performances, qui combinées au frémissement de l’économie, rendent PTC confiant pour 2010. « Nous tablons sur une croissance de 5 % en 2010, ce qui nous amènerait à un chiffre d’affaires de 980 M$. Et, grâce au redémarrage de l’économie, le chiffre d’affaires lié aux ventes de licences devrait même progresser de plus de 20 % ».

Une croissance triple de celle du marché

Il faut d’ailleurs reconnaître que PTC a eu une croissance supérieure à celle du marché ces dernières années. Ainsi sur la période 2004/2008, alors que le marché de la CFAO-Mécanique a crû en moyenne de 5 % par an, il a crû de 9 % chez PTC. De même, pour la partie PLM, le taux de croissance annuel moyen du marché a été de 8 %, alors que PTC a crû en moyenne de 23 %. Cette croissance différentielle traduit donc des prises de parts de marché, mais aussi une évolution notable des revenus de PTC. Ainsi, alors que le PLM représentait moins de 30 % des revenus de l’éditeur en 2004, il était déjà à 40 % l’an dernier et devrait atteindre 60 % à l’horizon 2014.

Il est vrai que la baisse de charge due à la crise a permis aux industriels de prendre le temps de mieux évaluer leurs besoins présents et à venir, en identifiant les processus qu’ils devaient impérativement améliorer pour renforcer leur compétitivité. Nous sommes passés pour le PLM d’une phase d’évangélisation à une phase de benchmark, ce qui explique ces fortes croissances.

« Alors que les analystes tablent pour la période 2009/2014 sur des croissances moyennes annuelles de 3 % pour la CFAO-Mécanique et de 9 % pour le PLM, nous pensons pouvoir atteindre respectivement 3 % et 23 %. Nous allons croître 2,5 fois plus vite que le marché sur le segment du PLM », estime un Jim Heppelmann très confiant. 

« Cette progression plus rapide que celle du marché est le fruit de notre stratégie. Depuis des années nous prônons la mise en place dans les entreprises d’un système de développement de produits unifié et non pas celle d’outils de conception et de gestion de données techniques hétérogène sans vision globale. Nos principaux concurrents ne peuvent pas en dire autant ».

Une critique acerbe de la concurrence

Et de dresser un portrait au vitriol de ses concurrents. « Dassault Systèmes dispose de deux outils de CAO-Mécanique, non directement compatibles, Catia et SolidWorks, suivant le type d’entreprise auquel ils s’adressent. Et dans le domaine du PLM, c’est encore pire puisque l’on retrouve sous la bannière Enovia des produits aussi hétérogènes que MatrixOne, qui ne sait pas gérer les données CAO, LCA, Smarteam et VPM. Une situation compliquée pour les clients, même si on leur promet que tout s’arrangera avec l’architecture V6. Et je ne parle pas de la nouvelle donne qui vient d’être annoncée avec IBM. Dassault Systèmes perd son grand frère et se retrouve dans l’arène à armes égales avec les autres compétiteurs, ce qui sera moins facile pour lui. De plus, si l’année 2010 sera confortée par l’intégration des revenus fait antérieurement par les équipes PLM d’IBM, la croissance sera par la suite bien difficile à maintenir ».

Il considère que la situation n’est guère meilleure chez Siemens PLM Software. « L’on y retrouve NX et Solid Edge pour la CAO, certes sur un même noyau, alors que dans le domaine du PLM Teamcenter fait le grand écart entre GDT et PLM pour conserver les clients issus d’outils aussi différents qu’Iman, Metaphase et Sherpa. Il est navrant qu’un produit qui s’appelle Teamcenter n’est pas de centre », plaisante Jim Heppelmann.

« Sans parler d’acteurs comme SAP uniquement présent dans le PLM chez ses clients ERP, ou Oracle qui balance entre GDT et PLM suivant qu’il se raccroche aux offres issues d’Eigner ou d’Agile Software ».

On l’aura compris PTC entend se montrer plus agressif vis-à-vis de ses principaux concurrents en pointant leurs faiblesses. Une tactique qui semble commencer à porter ses fruits, puisque certains grands comptes ont basculé durant l’année 2009. « Nous avons ainsi fait basculer une demi-douzaine d’industriels tel Volvo Trucks, fief de Dassault Systèmes, ou Otis, fief de Siemens PLM Software. Et nous comptons bien sur l’effet domino pour en conquérir une autre demi-douzaine d’ici la fin 2010 ».

Quand domino rime avec business

Jim Heppelmann considère d’ailleurs que les dominos sont un jeu très sérieux. « Si l’on fait basculer un domino c’est 30 à 40 M$ de revenus assuré sur 5 ans. Dans un projet PLM, si le pilote vous rapporte 1 à 2 M$, la mise en production en rapporte de 2 à 4 dès l’année suivante. Puis les extensions dans les différentes divisions de l’entreprise génèrent de 5 à 10 M$ sur au moins chacune des trois années suivantes ».

Certes les industriels n’aiment pas basculer d’un système de PLM vers un autre, car c’est difficile et long. Mais le fait de gagner de haute volée un compte comme EADS dans le cadre du projet Phenix, a initié un effet boule de neige qui commence à porter ses fruits.

Et PTC n’entend pas s’arrêter en si bon chemin, car il veut encore élargir le spectre de son offre Product Development System. « Nous accélérons nos investissements en R&D et nous avons quelques acquisitions de technologies en vue », confie Jim Heppelmann. « Sans dévoiler de secrets, nous allons compléter notre offre en intégrant des process de conception avancés dans nos produits et mieux supporter tout ce qui a trait au logiciel embarqué dans nos outils de PLM. De même, l’utilisation de la technologie SharePoint de Microsoft, qui est au cœur de notre approche Social Product Development, va se renforcer, tout comme ce qui est lié au Green Product Development, autour de Insight ».

A plus long terme, Jim Heppelmann évoque aussi d’autres axes de développement comme le Process Manufacturing ou le domaine de l’AEC avec la montée en puissance du Building Information Modeling, voire le monde du textile, très intéressé par le concept du Social Product Development, qui lui permettrait de faire remonter très vite les souhaits des clients finaux vers les créateurs de collections.

A la semaine prochaine.

Pour en savoir plus : http://www.ptc.com

Jean-François Prevéraud, journaliste à Industrie & Technologies et l’Usine Nouvelle, suit depuis plus de 28 ans l’informatique industrielle et plus particulièrement les applications destinées au monde de la conception (CFAO, GDT, Calcul/Simulation, PLM…). Il a été à l’origine de la lettre bimensuelle Systèmes d’Informations Technologiques, qui a été intégrée à cette lettre Web hebdomadaire, dont il est maintenant le rédacteur en chef.
 

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