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PLM : Dassault anticipe l’innovation durable

Jean-François Preveraud
PLM : Dassault anticipe l’innovation durable

Bernard Charlès envisage l'innovation autrement.

© DR

Lors de sa grand messe européenne avec ses clients, le leader du PLM a dressé un portrait de ce que devront être les outils d’aide à l’innovation des prochaines années pour satisfaire les besoins de clients toujours plus sensibles au développement durable. Nous étions bien loin de l’évolution récente des relations avec IBM en rêvant déjà d’une V10 où les utilisateurs finaux auront leur place.

Petite visite à Disneyland cette semaine, non pas pour voir la Féérie de Noël mais pour participer à l’European Customers Forum 2009 de Dassault Systèmes, avec plus de 1 100 clients et partenaires.

Une édition 2009 d’autant plus intéressante que c’était la première manifestation publique depuis l’annonce de la mise en place des nouvelles relations entre Dassault Systèmes et IBM. (Voir notre article du 27 octobre). 

Mais avant de faire le point sur cette évolution notable du partenariat, Dassault Systèmes a mis en avant deux clients : Renault et Sony Ericsson. C’est ainsi que Olivier Colmard, VP Engineering, Quality & Purchasing Information Systems de Renault, est venu expliquer pourquoi le constructeur se tournait vers la V6 pour développer ses futurs véhicules, notamment électriques. « Pour rester compétitif, nous devons impérativement améliorer l’efficacité de notre ingénierie. D’une part en confiant une partie de nos études à nos filiales telles Dacia ou Samsung ainsi qu’à nos centre techniques répartis au Brésil, en Espagne, en Roumanie, en Inde et en Corée, afin d’être plus proche de nos marchés finaux, mais d’autre part en améliorant aussi nos méthodes de travail et outils informatiques ».

Créer un environnement collaboratif global d’innovation

Un chantier important quand on sait que Renault dispose de trois outils de gestion différents pour ses données techniques (GDG et VPM pour les véhicules particuliers, ZP3 pour les utilitaires), et d’un outil spécifique pour la gestion de ses nomenclatures (Signe). C’est pourquoi Renault a lancé, il y a deux ans, un projet de mise en place d’un outil et de méthode unifiés de GDT. « En choisissant les outils de Dassault Systèmes, nous avons voulu capitaliser sur notre expérience de Catia et Delmia pour la conception de nos véhicules et moyens de production, tout en bénéficiant d’un outil capable de nous aider à travailler de manière collaborative de n’importe où dans le monde sur une base de données unique ».

Un discours bien évidemment cautionné par Olivier Sappin, Director Automotive Industry Solution de Dassault Systèmes. « Notre offre Enovia V6 colle parfaitement à ces attentes, puisque nous voulons en faire un outil d’innovation collaborative global en ligne, facilitant l’accès et l’évolution des projets à des équipes géographiquement disséminées. Autant notre architecture V5 était axée sur le renforcement des outils de conception, autant V6 vise à mettre en place de nouvelles approche d’ingénierie ».

Grâce au PLM Sony Ericsson passe de 5 à 50 modèles de portable par an

Jan Andersson, responsable du département informatique au service de la R&D chez Sony Ericsson, est venu expliquer comment le fabricant de téléphones portables a mis en place une approche PLM. « Notre projet SPACE remonte au début de 2004 avec le choix de l’architecture V6. Celle-ci a été déployée fin 2004 et finalement mise en production fin 2005. Les premiers produits développés avec cette nouvelle approche sont sortis mi-2007 et la généralisation de V6 date de la fin 2008 ».

Un travail de longue haleine, mais il faut constater que le problème est de grande ampleur. « Un modèle de téléphone portable, c’est environ 500 variantes pour répondre aux attentes des différents marchés où il est vendu. Un tel projet nécessite la collaboration de plus de 3 000 intervenants situés dans nos 8 centres de développement répartis à travers le monde. C’est pourquoi nous n’avions pas le droit à l’erreur en mettant en place une approche PLM ». Et le pari semble gagné, car de 5 à 6 modèles en moyenne par an, Sony Ericsson est arrivé à sortir 50 modèles en 2009, première année de l’utilisation généralisée de l’approche PLM. Dans le même temps, le nombre de systèmes d’archivage est passé de 10 à 1, ce que les responsables des études plébiscitent comme étant la plus grosse avancée du projet SPACE.

Parmi les développements futurs Jan Andersson évoque l’amélioration de la nomenclature, la configuration à la commande, la gestion du portfolio de produits, la gestion des lancements de produits. Confirmant ainsi que le PLM est une stratégie à long terme chez Sony Ericsson.

Dassault Systèmes - IBM, je t’aime moi non plus

Al Bunshaft , vice-President d’IBM Global PLM, ainsi que Gerhard Baum, vice-President d’IBM Europe Industrial Sector et Chuck Masur, VP Dassault/IBM Alliance sont ensuite venus évoquer les nouvelles relations entre Dassault Systèmes et IBM. Tous trois se sont félicités des trois décennies de succès communs et ont insisté sur la volonté d’IBM de se repositionner sur les infrastructures, tant matérielles que logicielles, et les services, en se retirant du marché du logiciel applicatif au profit d’alliances fortes avec quelques partenaires stratégiques. Ils ont insisté sur le rôle crucial du PLM. « Le PLM, c’est l’Internet des produits. Il contribue fortement au développement de produits moins agressifs pour la planète, en proposant dès les phases amont d’un projet des simulations réalistes de son comportement dans des conditions normales de service », estime même Gerhard Baum. Une parfaite introduction à la présentation toujours très attendue de Bernard Charlès, directeur général de Dassault Systèmes.

Innover durablement 

Une présentation très orientée sur l’impact du développement durable sur l’innovation dans les produits. « Pour développer des nouveaux produits les industriels doivent tenir compte de ce que veut la société, de ce vers quoi l’économie est entrain d’aller et de la prise en compte du développement durable. Notre mission est de créer l’environnement virtuel qui leur permettra d’y arriver », estime Bernard Charlès en s’appuyant sur la vision de Marc Giget, professeur titulaire de la Chaire Economie de la technologie et de l’innovation au Cnam.

« Quand on sait qu’en 2030, 50 % de la population mondiale vivra sur 3 % de la surface de la terre, il ne faut d’ores et déjà plus parler de Product Lifecycle, mais de Product in Life, ce qui implique de mieux comprendre le contexte dans lequel ils seront utilisés pour innover dans le bon sens. La gestion de l’énergie aura aussi un impact important non seulement sur les moyens de transport, mais aussi sur l’ensemble des produits qui devront mieux tenir compte de leur impact énergétique sur l’environnement. La meilleure façon d’économiser l’énergie est de ne pas en utiliser, ou tout au moins d’avoir une nomenclature exacte de l’énergie utilisée par un produit à tous ses stades d’évolution ».

« Il faut aussi tenir compte des nouveaux besoins de connexion exprimés par les individus qui veulent tous être des acteurs, dans leurs entreprises, leur vie sociale, mais aussi auprès de leurs fournisseurs de produits et de services. Il ne faut plus voir l’innovation comme une évolution de l’existant, mais comme le fruit d’un travail collectif sur quelque chose qui semblait au premier abord impossible. Il ne faut plus uniquement demander à un ingénieur mécanicien d’apporter une solution mécanique à un problème mécanique, mais demander à un panel d’ingénieurs spécialistes de différentes technologies d’apporter la meilleure solution hybride ».

« Il ne faut pas seulement échanger de l’information car nous sommes submergés par l’information, il faut partager la même compréhension des problèmes et connecter les propriétés intellectuelles pour faire avancer les connaissances collectives. C’est ce que l’expérimentation virtuelle en 3D dans des conditions réalistes permet de faire. La V6 permet de créer cet environnement virtuel 3D dans lequel les industriels peuvent imaginer de nouvelles solutions qui soient bonnes dès le premier coup ». 

Conscient de ce que ce discours pouvait sembler être à mille lieues des préoccupations quotidiennes de ses clients, Bernard Charlès a tenu à rappeler qu’il voulait que Catia soit le moteur le plus performant pour créer des ‘‘produits bien dans leur environnement’’, et qu’il avait pour cela tenu à y intégrer une approche design qui est à la croisée des chemins entre technologie, innovation, art, culture. Il a aussi insisté sur les aspects production qui doivent être à la fois économes en énergie et en matière, grâce notamment à la simulation dans Delmia. « Les capacités de simulation réalistes de la V6 vous apportent la possibilité d’avoir à la fois un don d’ubiquité dans l’espace et dans le temps lorsque vous développez un nouveau produit. Vous pouvez voir son comportement alors qu’il n’existe pas encore ».

La Social Innovation

Autre cheval de bataille, la Social Innovation. Bernard Charlès pense qu’il faut réinventer des environnements propices à l’innovation, moins formalisés que les proccessus structurés que nous connaissons actuellement et qui soient plus en phase avec les démarches intellectuelles des jeunes d’aujourd’hui. « Il ne faut plus placer des gens dans une pièce et leur imposer d’innover. Il faut les aider à s’exprimer et à partager leurs idées comme ils le font naturellement à travers les réseaux sociaux. C’est ce que nous sommes entrain de faire avec blueKiwi Software dans laquelle nous avons investi l’été dernier. Nous le faisons aussi via la plate-forme DS SwYm (See what You meen) où les utilisateurs peuvent se connecter de manière informelle pour partager des choses. Cela répond à une attente. Les gens veulent aider à faire progresser les connaissances sur les sujets qui les intéresse et ils aiment les partager dans le cadre de communauté d’intérêt ».

Autre symbole de l’innovation pour les générations montantes, l’iPhone. Bernard Charlès a donc fait une démonstration de la plate-forme 3DVia sur ce smartphone. Il a ainsi été choisir et récupérer sur un site partenaire un modèle de lampe de bureau et nous a montré la simplicité de manipulation du modèle en 3D. Mais il a été plus loin en intégrant ce modèle à la bonne échelle sur la photo du bureau qui était devant lui et qu’il venait de prendre avec l’iPhone. On entre alors dans la réalité augmentée.

On le voit, Dassault Systèmes entend nous préparer un monde où l’innovation sera beaucoup plus facile et surtout plus durable. Bref, une vision positive du futur. Une chose rare actuellement.

A la semaine prochaine.

Pour en savoir plus : http://www.3ds.com

Jean-François Prevéraud, journaliste à Industrie & Technologies et l’Usine Nouvelle, suit depuis plus de 28 ans l’informatique industrielle et plus particulièrement les applications destinées au monde de la conception (CFAO, GDT, Calcul/Simulation, PLM…). Il a été à l’origine de la lettre bimensuelle Systèmes d’Informations Technologiques, qui a été intégrée à cette lettre Web hebdomadaire, dont il est maintenant le rédacteur en chef.
 

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