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Plasturgie : « Les tensions systémiques sur les matières premières vont favoriser l’utilisation du plastique recyclé », estime Thierry Charles, responsable des affaires publiques de Polyvia

Alexandre Couto

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Plasturgie : « Les tensions systémiques sur les matières premières vont favoriser l’utilisation du plastique recyclé », estime Thierry Charles, responsable des affaires publiques de Polyvia

Secouée par des tensions importantes sur l’approvisionnement des matières plastiques, la filière plasturgie s’interroge sur la fiabilité des sites pétrochimiques du Vieux Continent. Une crise « systémique » comme nous l’explique Thierry Charles, directeur des affaires publiques du syndicat des plasturgistes Polyvia, qui pourrait favoriser l’utilisation de davantage de matière plastique recyclée.

 

Industrie & Technologies : Polyvia, l’union des transformateurs de polymères, alerte depuis le début de l’année sur les risques de pénuries sur les matières plastiques. La situation s’est-elle améliorée au sortir de la période estivale ?

Thierry Charles : Non, la situation demeure toujours très tendue pour les plasturgistes. Les prix des matières plastiques ont grimpé ces derniers mois. Certaines livraisons de polymères n’ont pas pu être honorées. Le syndicat de l’emballage plastique Elipso a mené une étude chez ses adhérents au mois d’avril : 96% d’entre eux étaient impactés par des problèmes d’approvisionnements. Et cela touche toutes les matières plastiques ! Polyéthylène haute et basse densité, polypropylène, polystyrène, polyéthylène téréphtalate….

Pour les plasturgistes la situation est délicate, car il est souvent impossible de répercuter les hausses de prix sur les clients, qui sont des donneurs d’ordres de l’automobile ou de l’agro-alimentaire. La situation est intenable pour le producteur de pièces en plastique qui se retrouve coincé entre le marteau et l’enclume, avec d’un côté les grands groupes de la chimie et de l’autre, les industriels qui attendent leurs livraisons de pièces. Cela peut se traduire par des annulations de contrats ou encore des pénalités. Un comble, quand l’activité commence à repartir à la hausse.

Comment sont apparues ces pénuries de matières ?

Nous avons vu les premiers signes en fin d’année dernière avec l’apparition des premiers cas de « force majeure » chez les chimistes. Il s’agit d’une clause juridique qui exonère le producteur de matières de ses obligations contractuelles en cas d’une défaillance sérieuse de son outil de production. Entre la fin 2020 et début 2021, 25 forces majeures ont été déclarés sur des sites européens ! Cela interpelle sur la fiabilité des outils de production de producteurs de polymères. On peut conclure raisonnablement que les pétrochimistes n’investissent plus en Europe.

D’autant plus que ce n’est pas la première fois que ce type de tension survient. En 2015, nous avons également dû faire face à de nombreuses pénuries qui avaient fortement impacté les coûts de production. Là encore, il s’agissait de « forces majeures » déclarées soudainement par les chimistes. Vu la récurrence du problème, on peut désormais le qualifier de systémique. D’autant plus que vient se greffer également l’appétit grandissant de la Chine  -  véritable « siphon » à matières premières - qui passe de plus en plus avant les demandes européennes. Il y a une crise des matières premières sur le Vieux Continent qu’il va falloir résoudre.

Les matières plastiques recyclées sont-elles une solution pour pallier cette pénurie ?

Elles font effectivement partie de la solution, même s’il reste encore beaucoup à faire. Tout d’abord, on a souvent pointé du doigt que l’utilisation des plastiques recyclés était limitée à cause de leurs coûts encore trop élevés par rapport à la matière vierge. Comme nous assistons actuellement à des hausses du cours de certains plastiques de près de 20%, la matière recyclée devient économiquement plus intéressante. Les tensions systémiques sur les matières premières vont favoriser l’utilisation du plastique recyclé. Cela peut également contribuer à faire baisser durablement le prix des polymères recyclés. Donc, c’est positif dans un sens.

Mais, comme je l’ai dit, il y a beaucoup à faire. Il nous faut encore des quantités de matières recyclées suffisantes pour répondre aux filières de la plasturgie et aussi assurer une qualité élevée de la matière. Nous devons monter en puissance sur ces volets, même s’il faudra conserver bien évidement un approvisionnement en matière plastique vierge. Il faut trouver un point d’équilibre entre les flux de matière vierge et de matière recyclée.

Quelles sont les pistes actuelles ?

La collecte des plastiques usagés est, bien entendu, un enjeu majeur pour accroître les volumes. Sur la qualité, il faut améliorer le tri des différents plastiques pour avoir des matières secondaires plus homogènes et surtout il faut pouvoir objectiver la composition d’une matière qui est issue de sources différentes.

Le centre technique de la plasturgie IPC et le laboratoire national de métrologie et d’essai (LNE) travaillent conjointement pour mettre au point un label pour garantir aux plasturgistes et aux donneurs d’ordres la qualité et les propriétés du matériau. C’est un vaste programme. Nous sommes au début de l’aventure.

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