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Places de marché : quatre pistes pour le futur

Le jeune monde du B2B - le commerce électronique business to business - apprend les leçons extrêmement vite. Finies les idées un peu naïves qui ont lancé les places de marché (exchanges). De nouveaux modèles apparaissent. Le rôle que pourraient jouer les

Bon sang, quelle année ! Vu sous l'angle Internet, l'an 2000 a été réellement formidable. 2000 : l'année de la grandeur et de la décadence du B2B. Tout a commencé en février avec l'étourdissante annonce de l'alliance General Motors, Ford, Daimler-Chrysler (et Renault et Nissan) pour bâtir un "exchange", une maxi place de marché virtuelle pour l'industrie automobile. Elle a trouvé son identité depuis. Elle s'appelle Covisint.

L'initiative a soufflé un vent de folie sur un feu qui couvait depuis deux ou trois ans. Tout s'est embrasé. Des dizaines d'autres consortiums de ce type ont vu le jour rassemblant les ténors des grands secteurs économiques.

A ces places de marché que l'on a depuis qualifié de "publiques" sont venues s'ajouter des centaines de net markets (autre appellation pour un exchange) dits "privés" (détenus par un seul industriel) et des centaines d'"indépendants" (crées par des prestataires de services). Pas de jour sans une nouvelle marketplace (encore un autre nom...).

Rien qu'en Europe, on en compterait... 600 ! Pendant des mois, il n'y en a plus eu que pour le B2B, autrement dit le commerce électronique business to business, assimilé, un peu vite, à ces seules places de marché. Les financiers se sont pris d'amour pour elles. L'argent a coulé à flots. L'euphorie a précipité les entrées en bourse. Les capitalisations boursières des pionniers du B2B ont atteint des valeurs insensées.

De "business to business" à "back to basics"

Déception. Avant même la fin de l'année le soufflé retombait. Les valeurs les plus en vue perdaient jusqu'à... 99 % ! Des exchanges fermaient leurs portes. Début 2001, d'autres, tels les grands équipementiers automobiles renonçaient à s'y lancer. Surprenant ce retournement de situation ? 

A vrai dire, non. Rapide, certes. Brutal. Mais peu étonnant. L'idée sous-jacente à la notion d'exchange - la mise en relation via un site Web de partenaires industriels - recèle à coup sûr un formidable potentiel. Mais il faut bien reconnaître qu'au cours de l'année écoulée rien de très concret n'est apparu. 

La déception a été à la hauteur des espérances. Et, au-delà des communiqués de presse triomphants des uns et des autres la notion même d'exchange est restée nimbée d'un formidable flou artistique. 

Qu'est-ce qu'un exchange ? Un exchange pour quoi faire ? Même les plus impliqués étaient bien en peine de vous le dire. Leur seul credo : " en mettant en relation directe acheteurs et fournisseurs, les marketplaces provoqueront de substantielles baisses de prix dans le domaine des achats industriels". Et pour y parvenir les protagonistes mettaient en avant leur arme absolue : la fixation des prix via un processus d'enchères, directes, voire, astuce suprême, d'enchères... inversées. C'est un peu court, jeune homme ! 

Cela dit, il ne faut pas désespérer des exchanges. La vitesse à laquelle l'effondrement a succédé à l'euphorie n'a d'égale que la vitesse à laquelle cette jeune industrie apprend, réagit, adopte de nouvelles stratégies et trace de nouvelles voies dans ces contrées inexplorées. 

Le phénomène était patent fin décembre à New York, lors d'une conférence réunissant tout le gratin (américain) du monde des places de marchés virtuelles. Au cours des présentations des conférenciers, quelques pistes se sont peu à peu esquissées qui permettent d'imaginer le futur des exchanges et le rôle qu'ils pourraient être amenés à jouer dans l'arsenal informatique mis a disposition des entreprises. 

En tout cas, la leçon a été vite comprise. Les protagonistes savent que le temps de l'argent facile est révolu et qu'il faut maintenant offrir du concret, de la "valeur" pour les utilisateurs. Ainsi, il ne fait aucun doute que 2001 sera, tout autant que 2000, l'année du B2B. 

Entre temps une chose aura changé. Une seule : la signification du sigle. En 2000, B2B signifiait Business to Business. En 2001 c'est Back to Basics qu'il faudra lire, comme le notait astucieusement Ben Smith, vice président d'AT Kearney Ventures. Et l'investisseur d'avertir : en effectuant ce retour aux valeurs de base il faudra en particulier se rappeler ceci : " le meilleur mode de financement d'une entreprise c'est encore... ses revenus ".

Gavé de capital risque et aspiré dans la spirale de la croissance à tout prix, le jeune monde du B2B avait jusque-là négligé cette donnée fondamentale. À New York, Ben Smith ajoutait également cette remarque avisée : " l'accélération des horloges dans l'univers Internet ne réduit pas le temps qu'il faut pour bâtir une vraie entreprise, il ne fait que réduire le temps qu'il faut pour la financer ". Bref, tout ne fait que commencer. Et maintenant... en route pour la grande aventure du B2B !


1. Le retour des intermédiaires
Au cours de l'année 2000, deux termes ont hanté le petit monde des net markets. Le premier est "neutralité". Celui-là concerne les places de marché "publiques", celles, comme Covisint, créées par des consortiums d'industriels. Elles ont vocation à entrer en bourse et à se comporter comme des entreprises autonomes. Mais qu'est ce qui assure qu'elles travailleront à servir l'ensemble de leur industrie et non les seuls intérêts des industriels qui en sont à l'origine ? Autant le dire tout de suite, cette question reste entière. 

La principale préoccupation n'est toutefois pas là. Le terme qui résume à lui seul toutes les angoisses du monde des exchanges est "liquidity", autrement dit "fluidité". C'est le Graal des places de marchés. Tout bêtement, il s'agit d'atteindre un nombre suffisant de participants - vendeurs et acheteurs - pour qu'un nombre significatif de transactions puisse avoir lieu. À ce jour, bien peu de net markets peuvent se targuer d'y être parvenu. 

Cet échec à amorcer la pompe de la fameuse "liquidity" a conduit certains à s'interroger et à réviser le modèle un peu naïf sur lequel se sont bâtis les premiers exchanges. L'idée de base était la suivante : via Internet on va mettre en relation directe acheteurs et fournisseurs. Plus besoin d'intermédiaires. Les acheteurs feront connaître au monde entier ce dont ils ont besoin. Les fournisseurs se bousculeront pour leur répondre. Grâce aux enchères, on négociera en direct. Les prix baisseront. Cool ! 

C'est peut-être très cool, mais peu opérant. En tout cas, selon Rusty Braziel, fondateur et président d'Altra, une marketplace vouée à l'énergie, ce modèle ne fonctionne que très rarement. On peut lui faire confiance, Altra mène 1 milliard de dollars de transactions par mois. 

Pour Rusty Braziel, ce modèle de la place de marché ne fonctionne que dans un seul cas : les achats ponctuels de produits banalisés. Dans tous les autres cas, il n'existe qu'un seul moyen de créer cette fameuse liquidité : il faut réintégrer dans l'exchange les différents intermédiaires (traders, brokers, distributeurs) dont on voulait se passer. " 

Les intermédiaires sont l'huile qui fait fonctionner les rouages des exchanges, dit-il. Eux seuls peuvent assurer la fluidité ". Cette idée fait son chemin. Il est certes plus difficile de bâtir un réseau de sites dans lequel s'intègrent les acheteurs, les vendeurs et les différentes familles d'intermédiaires. Mais un tel modèle correspond certainement mieux à la complexité des achats industriels... 

Preuve, s'il en fallait de la validité de cette assertion, le 15 janvier dernier Ariba, le spécialiste de du e-commerce côté achats, s'alliait avec Comergent, spécialiste du e-commerce côté vente. Et que fait Comergent ? Il propose justement une solution permettant à un fabricant d'intégrer tous ses partenaires - distributeurs, revendeurs... - dans sa chaîne de vente B2B.


2. Au-delà des achats, le travail collaboratif
La polarisation quasi exclusive des premiers exchanges sur les achats industriels a quelque peu masqué leur vraie nature. Ces places de marché, au bout du compte qu'est-ce ? Ce sont des sites Web, dotés d'une puissante infrastructure informatique et de logiciels accessibles à distance qui permettent à des participants d'accéder à un service. 

Ceux qui croiront reconnaître dans cette définition celle d'un ASP (Application Service Provider, voir dossier dans IT n° 820) ne se tromperont pas de beaucoup. Un ASP est justement un prestataire qui, via l'utilisation à distance d'un logiciel, fournit un service à ses clients. Tiens, comme c'est bizarre ! 

Le premier service, on l'a vu, concernait les achats. Le site met alors en relation l'offre et la demande, publie des catalogues et offre une panoplie de fonctionnalités, en particulier les fameux logiciels permettant toutes sortes de vente, à prix fixe, aux enchères... Qui a dit que les exchanges devaient s'arrêter là ? Personne. Bien au contraire. De nombreux responsables de places de marché affirment aujourd'hui qu'au-delà des achats, ils ambitionnent de fournir d'autres types de services à l'industrie qu'ils servent. Rico Digirolamo, responsable de Covisint, le dit. Ken Thompson, directeur général et fondateur d'e-Steel (place de marché pour l'acier), le dit. Mark Holman, patron d'e2Open (place de marché pour l'industrie électronique) le dit. Et ils ne sont pas les seuls. 

Quels services ? Des plates-formes de travail collaboratif, bien entendu. Voilà le nouvel eldorado. Covisint a déjà commencé. L'exchange de l'automobile propose le logiciel e-vis d'EAI, un outil de visualisation, et le logiciel de travail collaboratif Iteam de NexPrise. " D'autres services de ce type suivront " indique Rico Digirolamo, sans toutefois préciser lesquels. 

e2Open, fondée par dix poids lourds de l'industrie high tech (IBM, Nortel, Panasonic, Solectron...) est radicalement orientée vers le travail collaboratif, le "collaborative commerce" comme on dit outre-Atlantique. " Nous ne nous préoccupons pas tant de "liquiditiy" que de ce que nous pouvons apporter aux utilisateurs pour qu'ils travaillent ensemble " dit Mark Holman. 

L'exchange vise ainsi à fournir des services collaboratif de conception, de supply chain, de gestion de projet et des services complémentaires autour de l'assurance, de la logistique, des informations sur la solvabilité des sociétés, etc. Mark Holman n'a d'ailleurs pas mis longtemps à concrétiser ses intentions. Début janvier il passait un accord avec l'éditeur de PDM Matrix One ainsi qu'Ariba pour intégrer leurs produits afin de permettre à ses clients de gérer leurs données produits tout au long de leur cycle de vie. 

Ken Thompson tient aussi un discours de ce type. Mais le directeur général d'e-Steel, une place de marché indépendante, soulève une intéressante problématique qui ajoute une nouvelle dimension à l'évolution des exchanges en général. " La question est de savoir si nous devons rester des prestataires de service ou si nous devons évoluer vers la fourniture de technologie ? ", dit-il. La question est purement formelle, d'ailleurs. Il entre bien dans les plans d'e-Steel de mettre à disposition de ses clients autre chose que des plates-formes logicielles tierces. Fournisseur de service, ASP, c'est bien. Si en plus l'exchange dispose de technologies propres, c'est mieux. Cette voie d'évolution sera intéressante à suivre.

3. Miser sur l'infrastructure technologique
Dès lors qu'il s'agit d'organiser le travail en commun des membres d'une industrie, autour de la conception, autour de la supply chain ou de quoi que soit d'autre, on peut se poser la question : pourquoi passer par des exchanges ? Pourquoi créer des consortiums ? Pourquoi chaque grand industriel ne bâtit-il pas sa propre application ? Certains le font. 

Volkswagen par exemple. Ce sont les fameuses places de marché privées. On leur prédit un bel avenir. Mais il y a une logique à s'acoquiner en consortium ou a s'appuyer sur un prestataire indépendant : un exchange, ça coûte très cher. Certaines études citées à New York situent " entre 100 et 500 millions de dollars " l'investissement nécessaire à la construction d'une solide place de marché. 

Ventro illustre mieux que tout autre le problème. Voici une entreprise qui fut pionnière des net markets avec le lancement de Chemdex, place de marché vouée à la chimie, dès 1997. Son cheminement est des plus instructifs. Devant l'énormité des coûts de développement elle jugeait bon d'amortir sa technologie en ouvrant une seconde place de marché (Paramedix, dans le domaine médical, en 1998). Las. Cela ne suffisait pas. 

Dans le même esprit elle s'associe donc avec une entreprise de santé pour ouvrir une place de marché dans ce secteur en 1999. Puis elle en a ouvert trois autres en joint venture, avec IBM, Ford et American Express en 2000. " L'idée était que seule l'association avec des entreprises du monde "réel" pourrait nous apporter la "liquidité" ", explique Dave Perry PDG de Ventro. 

Bilan des courses, fin 2000, Ventro fermait Chemdex et Paramedix. " Trop cher " dit Dave Perry qui pense qu'" il faut beaucoup trop de temps pour atteindre la liquidité " et souligne qu'aujourd'hui, " moins de 37 % des exchanges réalisent plus de 100 transactions par mois ". 

Ne parlez donc plus des exchanges à Dave Perry. Il a radicalement changé son fusil d'épaule et s'est engouffré du coup dans un créneau entièrement nouveau. Ventro se positionne désormais comme un "Marketplace Service Provider". Quel est ce nouvel animal ? 

Une entreprise qui intègre les technologies de base pour ceux qui veulent monter des places de marché, gère les transactions et effectue les mises à jour. " Chaque exchange est différent, mais tous ont besoin de la même infrastructure et des mêmes services ", plaide Dave Perry. Ce cas n'est pas isolé et d'autres acteurs du B2B se sont positionnés comme fournisseurs d'infrastructures pour les places de marchés, complétant ainsi l'offre de ceux qui en proposent aujourd'hui les briques de base, les Ariba, Rightworks, Commerce One, Oracle et SAP en particulier. 

L'activité semble prometteuse. Au moins ces entreprises ont-elles quelque chose à vendre ! La réussite n'est pas garantie pour autant. Fin décembre EC Cubed, qui se proposait justement de jouer ce jeu en assemblant ses composants logiciels de base pour bâtir des places de marché sur mesure, mettait la clé sous la porte faute d'avoir obtenu... un nouveau tour de financement. Décidément, les temps sont durs.

4. Vers des réseaux d'exchanges
" Et pourquoi ne nous connecterions-nous pas à Covisint, voire à Converge ? " s'interroge Mark Holman. Covisint est la place de marché des grands de l'auto et Converge (ex eHitex), la place de marché de l'industrie électronique directement concurrente de celle du patron d'e2Open qui pose cette question. e2Open précisément a déjà ouvert la voie à ce type de connexion que l'on baptise M2M (marketplace to marketplace) ou E2E (exchange to exchange). La place de marché électronique s'est associée à une autre marketplace, Partminer, qui fournit une immense base de données de composants pour le sourcing dans l'industrie électronique, complétant à bon compte l'offre de e2Open. On peut voir cette interconnexion des exchanges comme une voie d'évolution prometteuse du modèle de la place de marché. 

Dans cette configuration, l'exchange qui dominera une industrie ne se contentera plus d'être une sorte d'ASP qui fournit du service à ses clients. Non contente de proposer ces prestations la place de marché deviendrait un véritable "hub", le point d'entrée vers un réseau de places de marchés interconnectées. 

La logique de cette démarche est évidente : on ne peut pas tout faire tout seul et il existe ici et là des multitudes de places de marchés verticales, spécialisées, qu'il est inutile de concurrencer. Mieux vaut les intégrer. " If you can't beat them, join them " dit-on là-bas. Il y a une autre bonne raison de penser interconnexion, et l'on rejoint là la question de Mark Holman. 

Une place de marché électronique travaille avec l'industrie électronique, certes. Mais l'automobile est également consommatrice d'électronique. Il n'est donc pas stupide de songer à une connexion e2Open-Covisint. Il en va de même pour toutes les autres industries. Sandy Sanderson, vice président d'Oracle qualifie de "méga exchanges" ces carrefours où convergeraient toutes les parties prenantes d'une industrie, aussi bien les places de marchés que les fournisseurs de services ASP etc. Comme Mark Holman, le vice président d'Oracle pense que ces méga exchanges auront également une fonction importante sur le plan technologique. Ce sont eux en particulier qui définiront les standards et assureront les traductions entre les multiples des uns et des autres.

Dans cette optique Mark Holman considère ainsi que construire un tel exchange revient à construire le "système d'exploitation" qui permettra de faire fonctionner les échanges inter industries. Vaste programme. Mais on rejoint là l'idée que la fourniture de technologie fait partie de la vocation d'un exchange. 

Ces points se sont déjà traduits dans les faits. Début janvier, Transora annonçait une alliance avec GlobalNetXExchange (GNX) pour bâtir en commun un tel "méga hub". Transora est la place de marché des produits de grande consommation fondée par une cinquantaine de grandes entreprises. GNX celle qui regroupe les grands de la distribution, notamment Carrefour. À cette occasion, Judy Sprieser, CEO de Transora déclarait : " l'interopérabilité entre exchanges est le seul moyen de transformer les promesses d'Internet en réalité ". C'est dire si elle y croit. Il va sans dire que si le modèle du mega exchange apparaît intéressant, la tâche, elle, est immense. Faire communiquer tout ce petit monde qui utilise des dialectes XML différents, des EDI spécifiques et bien d'autres standards et procédures propres aura de quoi occuper les bâtisseurs de méga exchanges pendant quelque temps. La simple connexion e2Open-Covinsint n'aurait déjà rien de simple. L'une est construite autour des logiciels d'Ariba, l'autre à partir de ceux de Commerce One... Incompatibles comme il se doit.

Après le sprint... le marathon

L' énorme chantier technologique que représente le développement de "méga exchanges" n'est pas le seul travail herculéen auquel devront s'affronter les places de marché avant de devenir d'une utilisation banale. L'autre problème, crucial, est pour elles de trouver leur modèle économique. À New York, l'ensemble des acteurs était d'accord pour affirmer que les exchanges sont susceptibles de devenir "source de valeur" pour nombre d'intervenants, en premier lieu leurs clients et... les fournisseurs de technologie ! 

Personne, en revanche, n'a d'idée bien arrêtée quant à la façon dont les exchanges pourraient, eux, se rétribuer. Commission sur les ventes ? Abonnement ? Tout cela ne fonctionne pas à merveille. D'où probablement l'idée de devenir eux-mêmes fournisseurs de technologie. Et un intervenant d'enfoncer le clou en faisant remarquer que si la bourse de New York (le New York Stock Exchange) était source de valeur pour beaucoup, elle ne générait pas des sommes phénoménales pour elle-même ! 

Il existe enfin un obstacle difficilement contournable : la maturité des utilisateurs. Maturité technologique d'une part. Maturité culturelle, de l'autre. Pour la première, Harvey Seegers, patron de GE GlobalXchange (ex General Electric Information systems) souligne l'extrême difficulté qu'il y aura à intégrer l'infrastructure informatique existant dans les entreprises (les legacy systems) avec celles des exchanges. 

Et de noter en particulier que si le langage XML est très prometteur, les grandes entreprises qui, elles, travaillent en EDI, ne sont pas nécessairement prêtes à "XMLiser" leurs applications. Il y a donc là aussi un énorme travail à entreprendre. (Voir, à propos de l'intégration le cahier e-tech du n° 819 d'Industries et Techniques). 

En ce qui concerne la maturité "culturelle", on peut retenir les propos de John Beasley. Le PDG de ChemConnect (chimie) rapportait que lorsqu'il indique à ses clients que via les enchères ils peuvent économiser jusqu'à 44 % sur leurs achats, leur première réaction est... la peur ! Peur devant un processus, la vente aux enchères, qu'ils ne maîtrisent pas. 

Bref, quelles que soient les promesses des exchanges, toutes leurs fonctionnalités demanderont du temps pour être mises en oeuvre et... acceptées. Car, avec eux, c'est bien d'un changement radical des modes de travail qu'il s'agit. En 2000, leurs promoteurs se sont lancés dans un sprint effréné. Mais la ligne à laquelle ils sont parvenus n'est pas la ligne d'arrivée. C'est celle du départ d'un marathon. Comme le rappelle Peter Drucker, le gourou du management, dans une interview au magazine Business 2.0 : " Typiquement le boom spéculatif précède de dix ans l'établissement d'un vrai business ". Bon courage... F. Barnu

B2B : l'Europe se calme
Une étude menée fin décembre par Morgan Stanley Dean Witter auprès de 400 entreprises européennes montre que celles-ci se disent " nettement moins intéressées par l'investissement dans le B2B " qu'il y a six mois. La volonté d'investir dans le B2B a chuté de 42 % depuis juillet dernier Le nombre d'entreprises qui ne se montrent pas intéressées par un tel investissement a augmenté de 60 %, pour se situer à 32 % des entreprises interrogées. Les sociétés intéressées par l'e-procurement (achats indirects via le Web) sont passées de 43 à 41 %. Le nombre d'entreprises qui participent, ou sont en discussion pour participer à un exchange, décroît de 1 % seulement pour s'établir à 19 %.
Quelques bonnes nouvelles tout de même : 
43 % des 290 sociétés qui ont répondu pensent qu'il y a de bonnes chances qu'au cours des deux prochaines années, les places de marché virtuelles deviennent une plate-forme de travail cruciale pour leur activité. Elles n'étaient que 28 % à le déclarer six mois auparavant. Les dépenses concernant l'e-procurement et le CRM (gestion de la relation client) sont en hausse. 

Voyages-transport, le secteur de prédilection pour les exchanges
Le degré de fragmentation d'un secteur, le degré d'efficacité de sa supply chain et son niveau de maturité technologique sont trois grands facteurs qui déterminent son niveau d'adaptation à l'utilisation des exchanges. A ce petit jeu, selon UBS Warburg, c'est le secteur du voyage et des transports qui sort du lot. L'industrie électronique et informatique, malgré un niveau de maturité technologique hors du commun, est pénalisée par sa grande concentration. Le BTP et le secteur agricole sont, eux, victimes de leur retard technologique. 

Le bel avenir des places de marché
81 milliards de dollars ! 80,9 pour être (inutilement) précis. C'est selon le cabinet américain Jupiter Research la somme que dépenserons en 2005, en infrastructure et en services, les différents exchanges pour bâtir leur activité. Ce chiffre est proprement époustouflant, d'autant que cette dépense n'atteignait en 2000 que 2,1 malheureux milliards de dollars.
Créer un environnement de commerce collaboratif
Quelle que soit "l'exactitude" de cette donnée, elle tend en tout cas à prouver que les places de marchés sont là pour durer et que ce modèle n'est en rien compromis par le coup de blues qui a marqué le dernier trimestre 2000. L'étude de Jupiter Research, publiée au début de mois de janvier, indique en outre que ces dépenses en technologie et en services seront en particulier le fait de places de marché privées (détenues par un seul industriel) et que le gros des dépenses sera généré par les besoins d'intégration des différents partenaires pour créer un environnement de commerce collaboratif. 

Ce bel avenir ne signifie toutefois pas que leur nombre va continuer de croître de façon exponentielle. De nombreux analystes prévoient en effet que dans les quelques années à venir, le nombre des exchanges sera réduit de 95% - par disparition pure et simple ou à la suite d'acquisition. Jaap Favier, analyste de Forrester Research BV cité par l'édition Web du Wall Street Journal, indique ainsi qu'en Europe " le nombre de marketplaces culminera à 800 ou 1 000 dans les deux ans à venir, mais il n'en restera plus que... 50 en 2004 ". Il rejoint ainsi la plupart des analystes qui pensent qu'à terme, il ne restera plus que deux ou trois places de marché par industrie.
Cela peut paraître incompatible avec la somme astronomique avancée par Jupiter. Si peu d'exchanges pour dépenser tant d'argent ? En fait, mieux vaut ne pas prendre ces données au pied de la lettre et se contenter d'y lire de grandes tendances. En la matière, c'est déjà bien. 

Passer un ordre sur un exchange par fax : c'est possible !
Quelle curieuse dénomination : OVE. Et cela signifie "Order Visibility Exchange". Allez traduire cela ! Exchange de visibilité d'ordres ? En tout cas c'est tout nouveau, ça vient de sortir. Quès aco ? Une nouvelle race de fournisseurs de logiciels accessibles via le Web. Ils s'attaquent à un point faible des exchanges, à savoir la possibilité de communiquer avec eux, de passer des ordres (d'où "order" ) et de les suivre (d'où "visibility") quel que soit le niveau de sophistication de son équipement. Les OVE, comme Eventra, Sendorder.com, Efinity ou Baker Street Technologies, (élémentaire mon cher Watson...) proposent ainsi sur des sites Web, des services qui permettent la traduction de données de façon à ce que toute entreprise - en particulier les plus petites - puisse bénéficier des services des exchanges. En particulier ils permettent à leurs utilisateurs de recevoir et d'envoyer de l'information sur un exchange selon une variété de protocoles, depuis l'EDI et les différents dialectes XML, jusqu'à un simple browser, un e-mail voire un pager ou un fax. 
Analyse des performances
Ce service de traduction n'est pas le seul que fournissent les OVE. Ils effectuent également la gestion des transactions, gardant la trace en temps réel 
des ordres qui transitent via leurs systèmes. Ils alertent leurs clients de tout changement intervenu à la suite du passage d'un ordre. Ils offrent enfin un récapitulatif et une analyse de performances à partir de l'historique des ordres passés. Selon AMR Research, les quatre sociétés citées ci-dessus qui se sont fait une spécialité de ce métier ne resteront pas longtemps isolées. Elles devraient rapidement être rejointe sur ce créneau par les grands de l'ERP et des logiciels de supply chain. 
Franck Barnu

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