Nous suivre Industrie Techno

Place au développement en réseau

Ridha Loukil

Sujets relatifs :

,
Le centre d'études et de production à Clamart s'ouvre aux partenariats. Objectif : favoriser le développement en réseau avec des universités, des écoles d'ingénieurs... et même des PME.

Ouverture, c'est le maître mot d'Yves Morel, directeur de l'innovation de Schlumberger. « Le temps où nous développions nos produits intégralement en interne est révolu. Aujourd'hui, nous le faisons en collaboration avec des partenaires extérieurs. Nous travaillons avec des universités, des écoles d'ingénieurs... et même avec des PME. »

Au centre d'études et de production de Schlumberger à Clamart (Hauts-de-Seine), Yves Morel oeuvre pour un changement culturel profond et une rupture avec les méthodes de développement du passé. Il pousse les techniciens et ingénieurs à s'ouvrir sur l'extérieur, à tisser des liens avec des spécialistes dans leur domaine et à travailler avec eux en réseau. « L'ingénieur de demain ne travaillera plus comme ses aînés, principalement en vase clos. Ouvert sur l'extérieur, il devra partager son savoir-faire et tirer parti des compétences du réseau qu'il aura développé. »

Illustration de cette démarche, les démonstrations technologiques menées avec des écoles d'ingénieurs sur le site de Schlumberger à Clamart. Le hasard fait que, le jour de notre visite, nous avons été témoins d'une démonstration de robotique, dans le hall d'entrée, avec les élèves ingénieurs de Supélec et Centrale Paris. Un robot autonome ramassait des déchets, en l'occurrence des cannettes et des bouteilles plastique.

Autre symbole fort d'ouverture : la multiplication des chaires scientifiques. Mais Schlumberger ne se contente pas d'apporter une contribution financière aux universités. Le centre de Clamart devrait accueillir pendant un an un professeur d'une université américaine, une sommité en matière de robotique. Sur le site de l'entreprise, il sera chargé de donner des conférences aux élèves ingénieurs de Supélec, de Centrale Paris et des Arts et Métiers. Le reste du temps, il apportera un soutien scientifique aux ingénieurs de Schlumberger en amont dans leurs projets de développement.

Entre 50 et 60 projets d'études en continu

Schlumberger ne vend plus de produits. Après ses diversifications dans les compteurs, les cartes à puce, les publiphones ou les parcmètres, le groupe s'est recentré sur son métier d'origine : les services d'information pour l'industrie pétrolière. Pour le compte de compagnies comme Total, Shell ou BP, il réalise sur le terrain toutes sortes de mesures pour la prospection, le forage et l'exploitation. Pour cela, il développe lui-même les instruments nécessaires à sa mission.

Le centre de Clamart mène en permanence entre 55 et 60 projets d'études et développement. Du concept au prototype, le travail s'étale en moyenne sur trois ans. « Le développement incrémental, qui consiste à sortir des versions améliorées d'un produit existant, demande peu de temps. En revanche, la création d'un produit entièrement nouveau sur la base d'une rupture technologique exige un travail long allant jusqu'à cinq ans, voire dix dans certains cas », explique Yves Morel.

Bien évidemment, comme ailleurs dans l'industrie, ces services font l'objet d'une pression constante visant à faire toujours mieux, plus vite, moins cher et plus propre. Mais, compte tenu des conditions extrêmes d'utilisation des outils de mesure sur le terrain, le développement est soumis à des contraintes spécifiques, particulièrement fortes. Ces outils, à l'apparence banale d'un long cylindre de 4 à 9 pouces de diamètre et de 5 à 350 m de longueur, renferment des systèmes mécatroniques complexes avec des pièces mobiles, des moteurs, des capteurs, de l'électronique et du logiciel. Ils sont conçus pour tenir à des températures allant de - 40 °C en surface à plus de 250 °C au fond de puits et à des pressions atteignant 1 500 bar. Ils doivent résister à des cycles alternés de pression et de température, à des chocs violents, aux vibrations, à la poussière, à la boue et à des liquides corrosifs. Certains sont prévus pour fonctionner pendant vingt ans. Autant dire qu'ils doivent faire preuve d'une fiabilité sans faille, tant pendant leur transport que pendant leur utilisation. Leur coût élevé exclut la mise à disposition d'un outil de rechange en cas de panne.

« Par certains aspects, nous avons des problématiques similaires à celles rencontrées en aéronautique ou en automobile », estime Florence Binet, directrice métier électrique à Clamart. Une proximité qui pousse le centre à s'ouvrir, établir des échanges et travailler avec les industriels de ces secteurs.

Une veille technologique active

L'évolution de l'industrie pétrolière n'est pas de nature à simplifier la tâche des concepteurs. « Le forage de puits de plus en plus profonds augmente les contraintes en terme de température. Dans le même temps, l'évolution technologique fait qu'à chaque nouvelle génération, l'outil embarque plus de fonctions et d'intelligence », explique Florence Binet.

Pour des raisons de coût, pas question de développer des composants électroniques spécifiques. Les faibles séries - au maximum une centaine d'instruments fabriqués par an - ne le justifieraient pas. Comme en automobile ou en aéronautique, Schlumberger fait donc appel à des composants du commerce. Mais au prix d'un gros effort de test et de qualification pour ne retenir que ceux répondant à ses exigences de fiabilité. Un travail important est aussi mené en intégration, avec des méthodes spécifiques d'assemblage.

Au-delà de leur travail de développement, les ingénieurs de Schlumberger se montrent particulièrement attentifs à l'évolution technologique. « Nous sommes à l'affût de toutes nouvelles technologies susceptibles de trouver des applications dans les produits que nous développons. C'est pourquoi nous menons une veille technologique active », précise Florence Binet. Mais l'évolution technologique, très rapide en électronique ou dans les matériaux, pose un véritable dilemme. Les ingénieurs de Schlumberger sont sans cesse tiraillés entre le souci de stabilité technologique, gage de fiabilité, et le besoin d'évolution. Sans compter le long travail de test et de qualification nécessaire avant qu'une nouvelle technologie ne soit adoptée.

LE BUREAU D'ÉTUDES

- Le centre d'études et de production de Schlumberger à Clamart (Hauts-de-Seine), l'un des quatre principaux centres de développement du groupe dans le monde aux côtés de ceux de Houston (États-Unis), Tokyo (Japon) et Oslo (Norvège). - 560 personnes, dont 230 en études et développement, le reste en ingénierie de production. - Cinq lignes de produits (instruments de mesure) correspondant aux cinq phases d'exploration, de forage et d'exploitation de puits pétroliers et gaziers. Les outils - CAO mécanique Pro/Engineer de PTC - CAO électronique Allegro de Cadence - Plusieurs logiciels de simulation.

L'ENTREPRISE

- Numéro un mondial des services de mesure pour les compagnies pétrolières et gazières - 70 000 personnes dans 80 pays - 19,23 milliards de dollars de chiffre d'affaires en 2006 - 25 centres R&D dans le monde avec environ 6 000 personnes et un budget de 619 millions de dollars en 2006

vous lisez un article d'Industries & Technologies N°0891

Découvrir les articles de ce numéro Consultez les archives 2007 d'Industries & Technologies

Bienvenue !

Vous êtes désormais inscrits. Vous recevrez prochainement notre newsletter hebdomadaire Industrie & Technologies

Nous vous recommandons

Le multimètre réinventé

Le multimètre réinventé

Le bureau d'études d'Annecy s'est associé à une agence de design pour concevoir une architecture radicalement nouvelle pour le multimètre de[…]

01/07/2007 | CHEZ METRIX
Rationaliser la conception pour coller aux tendances

Rationaliser la conception pour coller aux tendances

Le sous-traitant devient concepteur

Le sous-traitant devient concepteur

La gamme d'appareillages remise à plat

La gamme d'appareillages remise à plat

Plus d'articles