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PHILIPS-DREUX UNE NOUVELLE VIE

Ridha Loukil

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- Après trente-six ans d'activité dans les téléviseurs classiques, l'usine de Dreux est devenue le site européen de Philips pour les télévisions à écran plat.

Le site industriel de Philips à Dreux (Eure-et-Loir) se prépare à vivre un moment historique. En juin, la dernière ligne de montage de téléviseurs à tube cathodique de 29 et 32 pouces sera fermée. Sa fabrication sera transférée à l'usine du groupe à Székesfehérvár, en Hongrie. Les deux équipes de 35 à 40 personnes, qui se relaient pour la faire tourner, seront affectées à une nouvelle ligne d'assemblage de téléviseurs à écran plasma. En près de trois ans, l'usine de Dreux aura achevé sa reconversion, après trente-six années d'activité dans la télévision classique.

Bien qu'ayant anticipé l'arrivée de la télévision à écran plat, Philips a été surpris par l'explosion du marché. À l'usine de Dreux, le mouvement de bascule a commencé en 2003 avec la sortie de 100 000 téléviseurs à écran plat. La production, qui a atteint 700 000 pièces en 2004, devrait dépasser le million d'unités en 2005. À l'inverse, la fabrication de téléviseurs classiques est tombée de 2 millions d'unités en 2002 à 1,2 million en 2003, puis à 300 000 en 2004. Elle se terminera avec 50 000 unités en 2005. Dès juin, le site sera entièrement dédié aux postes à écran plat, avec quatre lignes d'assemblage : deux pour la technologie LCD et deux pour la technologie plasma.

Une mutation engagée en 2002

Cette reconversion, menée tambour battant, a été mûrement préparée puis accompagnée par un énorme effort de formation. Dès 2002, une vingtaine d'ingénieurs ont été envoyés pour se familiariser avec les technologies numériques au centre de développement de Philips à Bruges, en Belgique (qui s'occupe aussi de la production pilote), à Singapour ou à Eindhoven (Pays-Bas). À leur retour, ils ont formé petit à petit les opérateurs et sensibilisé le reste du personnel sur les technologies de base de la télévision à écran plat. L'effort a culminé à 5 % de la masse salariale en 2003. Selon Hervé Le Doyen, directeur des ressources humaines, les équipes de la dernière ligne de téléviseurs classiques sont déjà prêtes à basculer progressivement sur la fabrication d'écrans plats.

Après avoir été le plus grand centre de production de télévisions classiques de Philips en Europe, le site de Dreux entame une nouvelle vie en tant que centre de compétence pour le groupe en matière d'industrialisation de télévisions à écran plat. À ce titre, il aura la charge d'aider l'usine hongroise à basculer à son tour, peut-être en 2006. Son savoir-faire sera déterminant pour l'avenir de Philips sur le marché de la télévision.

La mutation a bouleversé l'organisation et le fonctionnement de l'usine. Elle n'a épargné aucun service, aucune personne. Au changement de la base des fournisseurs s'ajoute une augmentation des approvisionnements. Ce qui oblige Laurent Carpentier, directeur du site, à porter un regard plus attentif sur les achats et la logistique, deux fonctions devenues critiques. D'autant que l'usine travaille désormais en flux tendus, avec seulement trois heures de stocks. « Nous avons dû nous doter d'un important système informatique, le logiciel de gestion intégrée SAP, mais aussi d'outils spécifiques, à la hauteur de nos nouveaux besoins. » Les produits finis, aussitôt emballés, sont expédiés par un convoyeur automatique vers la plate-forme de distribution de 30 000 m2, juste à côté de l'usine. Créée en 2000, elle alimente les marchés français, italien, espagnol et britannique. Sa gestion a été confiée au spécialiste de la logistique Geodis.

Prendre de l'avance sur les concurrents

Au développement, les cinquante ingénieurs et techniciens sont soumis au raccourcissement des délais et à l'accélération du rythme d'innovation. « Avant, il nous fallait un an pour développer un nouveau produit. Aujourd'hui, les délais sont réduits de moitié. Ce qui nous a obligés à revoir nos méthodes de travail et à investir dans des nouveaux outils », témoigne Marc Defrenne, directeur du développement. L'investissement se monte à 2 millions d'euros.

Cette contrainte s'explique par le souci de prendre une avance sur les concurrents, mais aussi par le déplacement de la demande vers des écrans de plus grandes tailles, l'émergence de la télévision numérique terrestre (TNT) et la perspective de la télévision à haute définition (TVHD). Au début, la demande se concentrait sur les produits de 15, 17 et 20 pouces. Maintenant, elle concerne les 26, 30 et 32 pouces. Philips suit le mouvement en étendant son offre par quatre modèles de 32 pouces, un de 42 pouces et, bientôt, un de 50 pouces fabriqué sur la nouvelle ligne. De juin à juillet, cinq produits à récepteur TNT intégré seront lancés pour des formats de 26 à 42 pouces. Et l'offre TVHD, limitée en 2004 à cinq produits, comptera à la fin 2005 pas moins de dix-huit références de 20 à 50 pouces.

Pour Vincent Leclerc, directeur de production, l'accélération du renouvellement des produits exige de l'outil industriel plus de flexibilité et de rendement. « Auparavant, nous avions le temps d'améliorer petit à petit nos procédés de fabrication. Plus maintenant. Le raccourcissement de la durée de vie des produits de deux ans à moins d'un an nous contraint à être bons dès le premier coup », confie-t-il. Pour relever ce défi, deux de ses ingénieurs sont mobilisés à temps plein dans les projets de développement afin de prendre en compte les impératifs de fabrication le plus en amont possible.

Organisée pour faire face aux fluctuations du marché, la production doit également s'adapter rapidement aux changements de la demande selon les tailles des produits. Cette flexibilité est assurée par le recouvrement des lignes d'assemblage. Alors qu'une ligne LCD monte les produits de 15 à 26 pouces, une autre fabrique ceux de 23 à 32 pouces. Les modèles de 23 et 32 pouces (la production 30 pouces a été arrêtée) peuvent être réalisés sur l'une ou l'autre. De même, la troisième ligne, qui assemble les téléviseurs plasma de 37 et 42 pouces, traite, en cas de besoin, les produits LCD de 32 pouces. Tout comme la prochaine ligne plasma de 27 à 50 pouces.

Le taux de reprise en ligne de mire

Théoriquement, différentes tailles peuvent défiler ensemble sur la même ligne. En pratique, la fabrication est planifiée par séquences de 100 à 400 produits identiques. Car s'il faut en moyenne une heure et demi pour sortir un téléviseur, l'assemblage, le réglage et le test varient énormément en fonction de la taille. Il faut ainsi trois fois plus de travail pour un téléviseur plasma de 42 pouces que pour un poste LCD de 15 pouces. Du fait de la miniaturisation électronique, le montage exige des opératrices des gestes plus précis que dans le montage de téléviseurs classiques. Les nouveaux équipements de fabrication représentent un investissement de 5 millions d'euros.

Autre souci de Vincent Leclerc : l'amélioration des rendements en gardant un oeil vigilant sur le taux de reprise des produits défectueux. Il est aujourd'hui aux alentours de 4 %, problème dû, dans 75 % des cas, à des défauts de composants et à des défauts de montage pour les 25 % restants. L'objectif est de minimiser ce taux grâce à une double action en faveur de la qualité des composants et des tâches d'assemblage. Après la reconversion, le changement continue...

PHILIPS-DREUX

1 000 000 de téléviseurs à écran plat sur les 5 millions vendus en Europe en 2004, ont été produits par Philips. - Le groupe néerlandais est numéro un dans tous les pays européens, sauf en Italie où il est détrôné par Samsung. En France, il détient 24 % du marché, loin devant Sony (10 %) et Samsung (10 %). Au niveau mondial, selon le cabinet iSupply, Philips est numéro deux, avec une part de marché de 15 %, derrière Sharp (22 %).

HIER

- Principal site de Philips pour la fabrication de téléviseurs à tube cathodique en Europe - 900 personnes - 2 millions de téléviseurs en 2002 - Production relativement intégrée avec le montage sur place, par exemple, des cartes électroniques - Chiffre d'affaires : 800 millions d'euros en 2002

AUJOURD'HUI

- Centre européen de compétence pour le groupe dans l'industrialisation de téléviseurs à écran plat - 600 personnes - 1 million de téléviseurs LCD et plasma en 2005 - Seul l'assemblage final des téléviseurs est assuré sur le site - Chiffre d'affaires : 800 millions d'euros (prévision 2005)

Du tube cathodique à l'écran plat, ce qui a changé

1. Le développement - Avec les tubes cathodiques, pas de problème de place pour les gros composants discrets comme les transfos, les capacités ou les bobines. - La télévision à écran plat impose en revanche une électronique miniaturisée. - Les sous-traitants ont été obligés d'investir dans des technologies comme le circuit imprimé multicouche ou le montage en surface des composants.

2. La logistique - Avant, les fournisseurs étaient essentiellement locaux. Le tube cathodique, par exemple, provenait d'une autre usine de Philips, juste à côté, à Dreux. - Maintenant, la base des fournisseurs se trouve en Asie. Les écrans LCD et plasma, par exemple, viennent principalement de Corée du Sud. - La maîtrise de la chaîne logistique devient donc primordiale.

3. Les achats - Avant, les achats représentaient 75 % du prix de revient des téléviseurs à tube cathodique. - Ils constituent aujourd'hui 82 % de celui des téléviseurs à écran plat. - L'optimisation des achats joue donc un rôle plus déterminant que jamais dans la performance industrielle du site.

4. L'assemblage - Il a fallu revoir 60 à 70 % des processus sur les lignes de montage. Ainsi, les réglages électriques sont entièrement nouveaux. - Avant, l'assemblage s'effectuait par enrichissement du tube cathodique, sans manipulation. Maintenant, il nécessite la pose à plat de l'écran sur son coffret plastique, le redressement à la verticale du téléviseur pour les opérations de test et de calibrage. Des manipulateurs ont été installés pour aider les opérateurs dans ces tâches.

UNE DOULOUREUSE RECONVERSION

- Le nouveau départ de l'usine de Philips sur le marché de la télévision à écran plat ne doit pas masquer le coût social de la mutation à Dreux (Eure-et-Loir). Transfert de l'assemblage des téléviseurs à tube cathodique vers l'usine hongroise, externalisation de la fabrication des cartes électroniques, capacité de montage divisée par deux. Tout cela s'est traduit par la perte de 300 emplois. La reconversion touche aussi de plein fouet l'usine voisine de tubes cathodiques qui, depuis 2001, appartient à LPD (LG.Philips Displays), une société commune à LG et Philips. L'usine en sursis Les effectifs, qui ont culminé à 1 300 personnes dans ses temps de gloire, sont tombés à près de 500 aujourd'hui. Désormais focalisée sur les tubes de 29 pouces, l'usine de tubes cathodiques de Dreux apparaît en sursis. LPD a fermé déjà cinq usines en Europe : Aix-la-Chapelle (Allemagne), Lebring (Autriche), Newport (pays de Galles), Southport (Angleterre) et Durham (Angleterre). Outre le site de Dreux, il ne lui reste plus en Europe que l'usine de Hranice, en République tchèque.

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