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Philippe Choderlos de Laclos : « Industriels, installez-vous en Chine ! »

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Retour d’un voyage professionnel en Chine, le directeur général du Cetim livre ses impressions et exhorte les entreprises françaises à y prendre pied.

Il suffit de débarquer à l’aéroport de Shanghai pour percevoir le fantastique développement de l’économie chinoise.

La ville est un immense chantier qui ne s’arrête jamais, de jour comme de nuit. Quelque 2000 tours sont sorties de terre à Shanghai depuis 15 ans (première  ville au monde pour le nombre de gratte-ciels). Le taux de croissance moyen observé en Chine sur les 15 dernières années est de 8% par an (une ville comme Nankin par exemple, affiche en 2004 une croissance de 18%).

En visitant la Chine, on prend pleinement conscience que la Chine est véritablement l’usine du monde. Dans la région de Shanghai ou du Jiangsiu, des zones industrielles s’étirent parfois sur 40 kilomètres autour des villes, arborant des usines neuves ou en construction aux couleurs de toutes les entreprises du monde.

A titre d’exemple, il faut savoir que la Chine produit aujourd’hui 20% de l’acier mondial, 50% des motos, 66% des bicyclettes, 95% des raquettes de tennis, 70% des briquets, 33% des ordinateurs portables, 50% des lecteurs DVD, 33% des produits blancs ménagers. Elle est aussi leader mondial dans la production des antibiotiques et de la vitamine C. Shanghai deviendra à fin 2004 le premier port du monde pour le fret.

L’activité humaine est tout aussi frappante. Des cohortes de vélos cheminent entre les villes et les sites industriels de la périphérie. Partout, des ouvriers s’activent sur des chantiers d’infrastructure sans fin. (routes, ponts, adductions d’eau, traitement des eaux usées, aménagement d’espaces verts, reforestation ,…)

Tout cela n’est possible que grâce à l’existence d’un système de formation à la hauteur des besoins : sur Shanghai, par exemple on ne compte pas moins de 37 établissements de formation supérieure (ce qui reste néanmoins très sélectif quand on sait que l’agglomération compte 14 millions d’habitants).

Si le niveau de vie chinois moyen est celui de l’Ouzbékistan, le niveau de vie à Shanghai a déjà considérablement évolué, le salaire net moyen mensuel s’établissant à 100€/mois.

Une présence française insuffisante

Dans le concert mondial présent en Chine, la France fait bien piètre figure. Ainsi, elle ne représente que 4 à 5% des investissements industriels de Shanghai. Pire, sur la zone économique phare de Pudong, on ne compte que 80 entreprises françaises sur 11474 entreprises étrangères implantées !

La France importe de Chine trois fois plus qu’elle n’y exporte et la présence française est d’abord le fait des grandes sociétés. Ainsi, Saint Gobain aligne pas moins de 27 usines en Chine et Schneider Electric 15 !

Si l’on ne prend pas en compte Taiwan et la diaspora chinoise d’Asie – deux éléments fondamentaux dans le processus d’essor économique chinois -, les premiers investisseurs sont américains et japonais, puis viennent les allemands. La France malgré Airbus et Ariane reste plus associé dans les esprits aux parfums et aux vins.

De cœur, les chinois sont favorables aux européens mais leur pragmatisme économique les amène à privilégier d’autres partenaires.

Dans le domaine des équipements, les allemands semblent se tailler une place de choix dans les investissements chinois.

 Tout n’est cependant pas perdu. L’essor économique actuel offre encore de nombreuses opportunités, sans doute plus faciles à saisir aujourd’hui que dans la phase pionnière précédente.


Une politique des donneurs d’ordres industriels sans équivoque

Vis à vis de leurs sous-traitants français, les donneurs d’ordres  de l’automobile et de la construction électrique expriment à peu près le même discours :

o Face à un marché européen de renouvellement, le marché asiatique est quantitativement bien supérieur. A titre d’exemple, dès 2004, la Chine produit 5 millions de véhicules par an soit déjà plus que la France et l’on parle de doublement du marché sous 5 à 10 ans. Il y a donc une logique à ce que l’appareil productif mondial modifie sa répartition géographique en conséquence. Schneider Electric par exemple ne cache pas que sa part de production européenne est trop importante aujourd’hui en regard de la distribution des ventes.

Tous ces groupes sont d’abord en Chine  pour servir le marché le plus dynamique au monde.

o  Leur présence en Chine procède bien sur également d’une volonté de réduction des coûts. Elle est obtenue d’abord par le différentiel économique très favorable généré sur les opérations de montage qui sont des activités de main d’œuvre. Elle est confortée ensuite par le gain réalisé sur les achats locaux de biens d’équipement, qu’il s’agisse de machines chinoises peu sophistiquées (gains annoncés d’environ 40%) ou de machines de grands constructeurs internationaux présents localement (gains moyens annoncés  de 20 à 25%).

o Contrairement à ce que l’on pourrait croire, c’est dans la sous-traitance de fabrication que ces donneurs d’ordres semblent rencontrer le plus de difficultés. Ils ont besoin de trouver des sous-traitants efficaces sur place pour appuyer leur développement dans un environnement très compétitif. Ces sous-traitants n’existent pas encore, ou du moins pas à la hauteur du besoin.

L’offre locale est encore souvent artisanale et peu organisée. On y produit des pièces bonnes, parfois complexes, mais les systèmes productifs installés ne garantissent pas les critères de fiabilité internationaux requis. D’où la politique intensive de sourcing local poursuivie, en particulier dans l’équipement automobile et les appels à la délocalisation lancés aux  fournisseurs européens.

Ce qui pourrait être une belle opportunité d’implantation pour les PME françaises de spécialité devient un exercice à haut risque lorsque les donneurs d’ordres ignorent le partenariat et se contentent d’exiger la qualité française au prix chinois et qu’ils refusent de garantir des volumes qui justifieraient et sécuriseraient une implantation locale du fournisseur. C‘est malheureusement le cas dominant observé actuellement contre toute logique industrielle et nationale.

o En ce qui concerne la fourniture de pièces et composants aux usines européennes, les spécialistes s’accordent pour considérer que s’il s’agit de fabrications automatisées de faible part de main d’œuvre, la délocalisation présente peu d’intérêt et que dans le cas inverse, l’Europe de l’Est est mieux positionnée que la Chine. La réimportation de produits vers la France est plus envisagée comme un complément de production confortant une implantation chinoise.

o Sécuriser le risque de change est enfin un élément important dans la stratégie des donneurs d’ordres. Le yuan est aujourd’hui relié au dollar, ce qui dope la compétitivité chinoise, mais dans une perspective plus long-terme, l’objectif  demeure d’équilibrer les échanges entre une zone Europe, Amérique et Asie. 


Un marché prometteur bien que très compétitif justifiant une implantation

Taux de croissance durablement élevé (semble t-il), risque politique quasi nul, énorme potentiel de main d’œuvre, infrastructures de qualité en constante adaptation, tout est là pour aiguiser l’appétit des investisseurs. Selon les spécialistes rencontrés, le seul vrai risque est peut-être financier (mauvais remboursements sur les prêts consentis par le secteur bancaire), mais la création de richesse est telle que cela n’affecte pas l’économie dans l’immédiat.

Pour accéder à ce potentiel de croissance unique au monde il faut s’installer en Chine.

Les infrastructures sont aujourd’hui en place pour favoriser les implantations. Des locaux industriels flambant neufs attendent les investisseurs, des incitations financières non négligeables sont consenties les premières années, les régions et communes disposent d’équipes performantes pour accompagner les investisseurs dans les démarches administratives (au demeurant complexes) et les problèmes pratiques.

Parallèlement, la mission économique du consulat de France s’emploie avec efficacité pour appuyer l’action des 4000 ressortissants français présents à Shanghai et toutes nouvelles installations.

Il ne faut pas pour autant ignorer les difficultés et donc les coûts non négligeables à prévoir.

On ne peut imaginer d’implantation sans mise en place d’expatrié(s) au moins dans les premières années. Conserver le personnel compétent dans un environnement aussi dynamique est un véritable problème (turnover annuel des cadres facilement  supérieur à 20% actuellement à Shanghai).

L’art de la contrefaçon (issu de la tradition chinoise) bien qu’officiellement combattu depuis que la Chine a rejoint l’OMC, demeure un fléau bien présent.

Faire travailler des employés chinois n’est pas forcément simple. Une production efficace n’est obtenue selon les témoignages recueillis qu’au prix d’une discipline très stricte couplée avec un mode de rémunération individualisée dynamique.

Sur le plan commercial, le marché chinois se caractérise par sa forte croissance mais aussi par une forte compétitivité par les prix. La Chine est un pays immense, où l’on trouve déjà presque tout. Son développement industriel se construit d’une part par l’achat du « must » des technologies-clés au niveau des grands consortiums nationaux issus de l’ère communiste, d’autre part par l’apprentissage au quotidien  issu des implantations industrielles étrangères qui forment le personnel aux modes de production moderne, personnel qui va ensuite s’établir ailleurs et vitaliser le tissu industriel des PME chinoises.

Aujourd’hui, ce tissu n’est encore qu’embryonnaire, des places restent à prendre pour les industriels français. C’est une chance qui passe…

Philippe Choderlos de Laclos

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