Nous suivre Industrie Techno

Point de vue

Perturbateurs endocriniens : il faut tenir compte de la puissance selon Patrick Lévy, de l'Union des industries chimiques

Perturbateurs endocriniens : il faut tenir compte de la puissance selon Patrick Lévy, de l'Union des industries chimiques

Patrick Lévy, médecin conseil de l'Union des Industries Chimiques

La Commission européenne a une nouvelle fois renoncé mardi 28 février à soumettre au vote son projet de réglementation de l’utilisation des perturbateurs endocriniens, faute d’accord entre les parties prenantes sur la définition de ces substances, préoccupantes pour la santé humaine et l’environnement. Le dossier doit permettre l’entrée en vigueur de mesures réglementaires d'encadrement de l’utilisation de ces produits chimiques votées...en 2009 ! Face à ce retard, une centaine de scientifiques ont récemment dénoncé dans une tribune parue dans le quotidien Le Monde l’instauration d’une « manufacture du doute » par les industriels. En trois questions, Patrick Lévy, médecin conseil de l'Union des industries chimiques (UIC), nous éclaire sur la position de l'UIC quant aux données scientifiques du dossier.

Industrie & Technologies : la logique d’exposition zéro aux PE est-elle justifiée ?

Patrick Lévy : Une approche au cas par cas est plus adaptée. C’est pourquoi nous avons proposé que le critère de puissance soit pris en compte. Celui-ci permet d’apprécier la capacité d’une substance à entrainer des effets aux doses auxquelles l’homme ou l’environnement est exposé. Nous restons fermement attachés au principe de Paracelse : la dose fait le poison. La caféine, par exemple, pourrait répondre à la définition d’un perturbateur endocrinien si on ne tenait pas compte de la dose réaliste de caféine consommée quotidiennement ; en d’autres termes, cette substance n’est pas suffisamment « puissante » pour entrainer des effets chez l’homme. Aujourd’hui, les arguments mettant en cause la relation dose/effet proviennent d’études expérimentales, dont la variabilité et la reproductibilité sont discutées. L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a réalisé une étude avec quatre agences nationales dont l’ANSES en France. Sur 10 000 études répertoriées, 179 indiquent des effets  non monotones, et 10 seulement semblent pertinentes du point de vue scientifique.

I&T : Les études scientifiques ne permettent-elles pas de trancher ?

P.L. : Nous croyons en la science, cependant une étude ne fait pas le printemps et, une hypothèse de travail ne peut être présentée comme une vérité absolue ; la remise en cause des modèles de l’évaluation des risques notamment chimiques, nécessite des éléments de preuve. La recherche doit être poursuivie sur les aspects mécanistiques afin de réduire les incertitudes scientifiques. C’est pour cette raison que les études scientifiques doivent pondérées en fonction du niveau de preuve qu’elles apportent.

I&T : Peut-on distinguer différentes catégories de perturbateurs endocriniens?

P.L. Il a été proposé de classer les PE en trois catégories, comme les cancérigènes : 1A : potentiel cancérigène avéré pour l'être humain (preuves irréfutables), 1B : potentiel cancérogène supposé pour l'être humain (études concordantes chez l’animal), 2 : Substances suspectées d'être cancérogènes pour l'homme. Nous sommes opposés au principe d’un classement sur la base du mécanisme d’action. La plupart des effets redoutés des PE sont déjà couverts par les essais réalisés en application de réglementation (REACH…) : reprotoxiques, cancers, effet à long terme sur certains organes cibles, etc. La plupart des molécules qui posent problème sont donc déjà sorties du marché (POP, PBT, CMR…). Pour ce qui concerne les effets non couverts, c’est d’abord via les effets pathogènes qu’il conviendrait de combler les éventuels écarts. Ce qui compte aujourd’hui c’est l’identification des PE avérés pour l’homme ou l’environnement afin de mettre en œuvre les mesures réglementaires qui leur sont d’ores et déjà applicables.

Bienvenue !

Vous êtes désormais inscrits. Vous recevrez prochainement notre newsletter hebdomadaire Industrie & Technologies

Nous vous recommandons

Puces neuromorphiques, modélisation 3D, deep learning… les meilleures innovations de la semaine

Puces neuromorphiques, modélisation 3D, deep learning… les meilleures innovations de la semaine

Vendredi, c’est l’heure de faire le bilan innovation de la semaine. Quelles sont celles qui vous ont le plus marqués sur notre site[…]

19/07/2019 | Santé3D
Contre Alzheimer, le cerveau modélisé en 3D à très haute résolution

Contre Alzheimer, le cerveau modélisé en 3D à très haute résolution

Elle traque les polluants de l'air intérieur

Analyse

Elle traque les polluants de l'air intérieur

Hydrogène, hydrogel résistant, plastique conducteur… les innovations qui (re)donnent le sourire

Hydrogène, hydrogel résistant, plastique conducteur… les innovations qui (re)donnent le sourire

Plus d'articles