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Patrick Lenancker : Oui, la France peut garder ses PME industrielles

Jean-François Preveraud

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Patrick Lenancker : Oui, la France peut garder ses PME industrielles

Patrick Lenancker, Président de la Confédération générale des Scop, Membre du Conseil économique et social et environnemental

© DR

Le président de la Confédération générale des Scop nous explique pourquoi ce type de structures de PME résiste mieux à la crise. Il milite aussi pour un soutien plus efficace des salariés repreneurs.

Depuis 2000, le secteur industriel a perdu un demi-million d’emplois. Il n’est pas une semaine sans que les médias annoncent de nouvelles fermetures ou restructurations d’entreprises industrielles en France, avec à la clé une fragilisation des PME sous-traitantes, des suppressions d’emplois et son corollaire de drames sociaux et familiaux.

Pourtant, dans ce contexte de désindustrialisation amorcé bien avant la crise, et même depuis plus de vingt ans, des entreprises résistent et même progressent : les Scop, sociétés coopératives et participatives.

De meilleures performances économiques

Présentes dans tous les métiers, les Scop se développent dans l’industrie avec plus de 400 PME qui témoignent d’une dynamique positive dans ce secteur en difficulté, voire sinistré. Sur la décennie 1997/2007 précédant la crise financière et désormais économique, tous les indicateurs démographiques et économiques des Scop de l’industrie se sont révélés meilleurs que dans l’ensemble du secteur : +6 % en nombre d’entreprises, +11 % en emplois (contre -10 % pour le secteur), +68 % en chiffre d’affaires et un résultat net ayant triplé.

Pourtant, depuis 2008 et le déclenchement de la crise économique, les Scop de l’industrie comme toutes les autres PME sont fortement impactées par la chute des carnets de commande, la guerre des prix, la fluctuation des prix des matières premières. Mais concrètement, alors que les défaillances d’entreprises en France ont progressé de 24 % sur les deux années de crise 2008 et 2009 par rapport à 2006 et 2007 cumulé, le taux de défaillance en Scop est resté stable à période équivalente. Les Scop - y compris de l’industrie - démontrent leur capacité de résistance. Pourquoi ?

D’abord parce qu’elles disposent de fonds propres importants et stables. En effet, au minimum 16 % des résultats sont mis en réserves (dans la pratique 40 à 45 % en moyenne) avec un atout clé : les réserves constituées restent définitivement la propriété de l’entreprise, assurant la consolidation de ses fonds propres et sa stabilité financière dans la durée.

Ensuite, parce que dans les Scop, les salariés sont des co-entrepreneurs associés majoritaires au capital de leur entreprise et donc associés à la gouvernance et impliqués dans le bon fonctionnement de leur entreprise. Ainsi donc, par nature le dirigeant n’est pas isolé et peut compter sur l’implication de son encadrement comme des co-entrepreneurs très attachés à la pérennité de leur emploi et donc à celle de leur entreprise, tout comme à son indépendance. C’est pourquoi avec les Scop, le centre de décision demeure naturellement au cœur du territoire.

Autre caractéristique enfin : les résultats sont répartis équitablement en privilégiant le retour à l’entreprise et aux salariés sans oublier de rémunérer le capital. Au moins 25 % des résultats sont ristournés aux salariés sous forme de participation (dans la pratique 40 à 45 % en moyenne).

Innovation, pérennité et solidarité

Au-delà de leur statut juridique, les Scop industrielles font preuve également d’innovation et de solidarité en pleine crise économique. En région Paca, Usis Métallurgie a repris une autre Scop, les Aciéries et Fonderies de Provence, pour en assurer la survie et son développement. En Alsace, confrontée à une forte baisse de son chiffre d’affaires, la Fonderie de la Bruche a réussi à maintenir un résultat équilibré sans licenciement sec. En Rhône-Alpes, la Scop Bourgeois, confrontée à une concurrence extrême sur son segment d’équipements de cuisson pour les collectivités, a mis fin à ses activités déficitaires et a investi dans l’innovation pour proposer une gamme à forte valeur ajoutée environnementale.

Ces trois exemples illustrent ce qui relève de la pratique de toutes les Scop au-delà de leur statut coopératif : la priorité à la pérennité des savoir-faire et à celle de l’outil de travail.

Une opportunité historique pour la reprise d’entreprise

Dans le secteur industriel, 70 % des effectifs salariés de Scop sont issus de reprises d’entreprises, qu’il s’agisse de reprises d’entreprises en difficulté ou de transmissions d’entreprises en bonne santé dont le dirigeant part à la retraite. Cinq ans après, près de 60 % des entreprises sont toujours en vie, et ont recréé de l’emploi, y compris les entreprises qui étaient en difficulté.

A titre de comparaison, en 2007, l’INSEE évaluait à 52 % le taux de survie général des entreprises en France à 5 ans. La même année, 57 % des Scop créées en 2002 étaient toujours en vie, avec un taux de survie notamment de 67 % pour les transmissions d’entreprise et de 45 % pour les réanimations d’entreprises en difficulté.

Chaque année, les Scop démontrent ainsi qu’il est possible de pérenniser des entreprises, y compris en difficulté, et ancrer durablement leurs emplois au cœur des territoires.

Pour la France et ses régions, il est pertinent de soutenir les Scop

La reprise d’entreprise en Scop dans le secteur industriel fait donc depuis des années les preuves de toute sa pertinence. Il convient juste désormais de prendre les moyens de la démultiplier au profit d’un plus grand nombre de PME, ainsi que l’ont souhaité le président de la République lors de son élection en 2007 et le ministre de l’Industrie dans le rapport final des Etats généraux de l’Industrie.

Certaines mesures pourraient être prises immédiatement et sans aucun surcoût pour les finances publiques, à commencer par la possibilité pour les salariés repreneurs d’entreprises en difficulté de pouvoir percevoir les ARCE (Aide à la Reprise et à la Création d’Entreprises) sans obligation de liquidation de l’entreprise qui entraîne une interruption de l’activité préjudiciable à sa survie. C’est simple, de bon sens et dans l’intérêt de toutes les parties.

De même, il paraît équitable d’accorder aux salariés qui investissent pour reprendre leur entreprise, le même niveau de garantie que ce dont bénéficient les professionnels du capital-risque, soit 50 %. Sachant que la pérennité des entreprises reprises en Scop est en moyenne plus forte que celle reprise par des les capitaux-risqueurs, pourquoi ne pas garantir aussi les salariés-risqueurs ?

Enfin, pour engager une réelle politique de pérennisation des PME industrielles par leur transformation en Scop, l’enjeu est désormais de mettre en place des moyens spécifiques dédiés à la reprise et à la transmission d’entreprise par les salariés dans le secteur industriel et avec le soutien des pouvoirs publics.

La Confédération générale des Scop apporte toute son énergie et son expertise à relever cet enjeu majeur pour l’avenir des PME industrielles dans notre pays.

Patrick Lenancker

Pour en savoir plus : http://www.scop.coop/P193_FR.htm
 

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