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Partout, des gisements de bande passante ! "

Propos recueillis par Jean-Charles Guézel
- Depuis des années, dans les transmissions sans fil, le spectre radio est géré comme une ressource rare et limitée. Rare parce que les portions utilisables ont généralement déjà été attribuées à certaines catégories d'utilisateurs ; limitée parce qu'on ne sait pas transmettre plus d'une certaine quantité de mégabits par seconde dans une bande de fréquence donnée. Les laboratoires de recherche du monde entier, ceux de Motorola notamment, progressent malgré tout.

Industrie et Technologies : Les fréquences radio constituent le véritable carburant de l'industrie des télécoms. Dans quel état les "réserves" se trouvent-elles actuellement ?

Padmasree Warrior : Nous gérons la pénurie. Certes, de nombreux laboratoires de recherche, les nôtres en particulier, ont développé ces dernières années des techniques de transmission de données particulièrement efficaces sur la base de nouveaux procédés de traitement du signal, de meilleures performances radio et enfin des techniques spécifiques comme le CDMA (Code division multiple access). Mais, dans le même temps, la demande a elle aussi crû très fortement. D'abord avec l'augmentation du nombre d'abonnés ; ensuite en raison d'une utilisation plus fréquente de chaque téléphone. Les utilisateurs transmettent également davantage d'informations : voix, images, vidéo. Si bien que le spectre est une ressource toujours aussi précieuse que par le passé.

I. T. : Alors, que faire ?

P. W. : Aujourd'hui, deux éléments nouveaux changent la donne. D'abord, on s'est rendu compte qu'il y avait peut-être plus de capacité disponible que nous le pensions au départ. Comme l'avait dit le physicien Richard Feynman, en 1959, « il y a plein de place tout au fond ». Cette idée a été mise en oeuvre de plusieurs façons dans les transmissions sans fil. Nous avons vu ainsi l'émergence de technologies Ultra wide band [NDLR : transmission au moyen de signaux à très large bande mais de faible puissance, bien tolérés par les autres systèmes] et celle des réseaux dit "ad hoc" [NDLR : réseaux spontanés et autonomes ne nécessitant pas d'infrastructure pré-existante].

Le second élément nouveau tient à la prise de conscience de la sous-exploitation du spectre. Des mesures ont en effet montré que plus de 80 % du temps, 80 % du spectre n'était pas utilisé. D'où le démarrage de nos projets sur l'allocation flexible du spectre (FSA) et sur la radio cognitive. En associant ces deux concepts, il devient possible de réaffecter temporairement certaines portions non exploitées du spectre à d'autres utilisateurs. Si cela semble aisé, de nombreux problèmes surgissent en pratique. Par exemple, comment se prémunir contre les interférences ? Franchement, nous n'avons pas de réponse satisfaisante à cette question. Aux États-Unis comme en Europe, des expérimentations officielles et des programmes de recherche sont en cours. Nous y participons.

I. T. : Quelles autres technologies vous paraissent les plus prometteuses ?

P. W. : Les antennes "intelligentes" et les antennes multiples, sur lesquelles nous travaillons depuis longtemps, en font partie. Elles peuvent être utilisées pour augmenter la gamme de fréquence, le débit des données ainsi que la capacité des systèmes cellulaires ou Wi-Fi. Même si leur coût doit être pris en considération, nous pensons que ces techniques devraient amener de la création de valeur dans les systèmes sans fil.

Parfait exemple de convergence entre les télécoms et l'informatique, les réseaux mobiles me semblent également très prometteurs. Aujourd'hui, au cours d'un déplacement en train, en bus ou même en voiture, chacun gère individuellement sa communication radio, de cellule en cellule, et cela n'est pas très efficace. Avec un réseau mobile, il s'agit au contraire de regrouper dans une même entité plusieurs utilisateurs effectuant le même trajet, chaque utilisateur pouvant lui-même disposer de plusieurs dispositifs communicants (téléphone, PDA, montre intelligente...). La gestion de la mobilité est alors plus simple et plus efficace.

Sur ce thème de la mobilité, notre laboratoire français de Saclay a démarré un programme de recherche qui passe notamment par l'évolution du protocole Internet [IPv6]. Ce laboratoire travaille aussi sur les architectures SDR (Software defined radio), c'est-à-dire reconfigurables d'un standard à l'autre (GSM à UMTS par exemple) par mise à jour logicielle du matériel.

I. T. : En téléphonie, on parle déjà de l'après 3G (troisième génération). À quoi ressemblera-t-elle selon vous ?

P. W. : En Interne, nous l'appelons « au-delà de la 3G », car elle se développera non seulement après la 3G mais aussi simultanément. L'idée est que nous avons déjà déployé un peu partout une vaste panoplie de réseaux sans fil, chacun d'entre eux s'avérant très performant dans un domaine bien particulier : haut débit à courte distance pour Wi-Fi ; communications bidirectionnelles sur de vastes zones pour le cellulaire, mais avec des limites en bande passante ; couverture et vitesse pour la radiodiffusion numérique (digital broadcast) en général et le DVB (Digital video broadcast) en particulier, mais dans un sens seulement.

Notre avis est qu'à l'avenir, tous ces réseaux vont travailler ensemble pour donner à l'utilisateur ce qu'il veut, quand il le veut, de la façon la meilleure et la moins coûteuse possible en fonction des différentes situations. Techniquement de nombreuses difficultés ont été aplanies et nous faisons désormais prendre un tournant plus commercial à notre travail.

LES CHIFFRES CLÉS

La R&D chez Motorola - 14 % du chiffre d'affaires en 2002 - 1 200 brevets/an en moyenne depuis 1994 - 4 600 technologues (secteur semi-conducteurs inclus) - Au coeur du dispositif, les "Motlabs" emploient 800 personnes à travers le monde, dont 80 personnes en France.

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