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PAR CATHERINE MARRY MAÎTRE DE RECHERCHE AU CNRS

UN MÉDECIN SUR DEUX, DEUX JUGES SUR TROIS, UN INGÉNIEUR SUR QUATRE achevant leurs études sont aujourd'hui des femmes...

Un médecin sur deux, deux juges sur trois, mais seulement un ingénieur sur quatre achevant leurs études sont des femmes. Comment expliquer ces écarts ? Doit-on les imputer au maintien de stéréotypes attachés aux professions qui rendraient celle d'ingénieur peu attrayante pour les filles ou à des préférences justifiées pour des lieux et milieux qui leur sont plus familiers et peut-être plus favorables, comme ceux des professions du droit et de la santé ? Les deux explications sont, en partie, liées. Si le monde des ingénieurs continue à être fortement connoté au masculin, sans que les jeunes - les femmes mais aussi les hommes - ne perçoivent l'ampleur des changements qu'il a connu, il reste attaché, en France en particulier, à l'univers des grandes écoles. Or il concentre tous les traits symboliques et pratiques attribués, dans nos sociétés, aux "grands hommes" : virtuosité mathématique, conception des outils et des armes, construction des ponts et des ports, défense et rayonnement de la Nation, pouvoir économique, scientifique, politique...

Dans tous ces domaines les femmes sont perçues, depuis des siècles, comme "naturellement" inférieures aux hommes. Ces stéréotypes ont la vie dure et revêtent de nouveaux habits au fil des ans : on sait aujourd'hui que la taille du cerveau a peu à voir avec la réussite en mathématiques - celui d'Einstein était plus petit que celui d'une femme "moyenne"... mais on continue à expliquer d'hypothétiques différences de résultats à des tests en mathématiques par des différences de fonctionnement cérébral ; et quand une fille réussit, en mathématiques ou ailleurs, on la félicite pour les efforts qu'elle a fournis. Quand il s'agit d'un garçon, on admire ses dons, son talent.

Elles doivent faire leurs preuves

Les jeunes femmes ne sont plus aujourd'hui, comme elles l'étaient dans les sociétés pré-industrielles, exclues de la conception et de l'usage des outils, voire des armes ; mais le soupçon d'incompétence technique demeure. Elles doivent faire leur preuve plus longtemps que les garçons, comme nous l'ont raconté de jeunes femmes ingénieurs qui avaient choisi les secteurs les plus « masculins » (production, chantiers...). On reconnaît leur sérieux et leur rigueur dans les fonctions d'études et de recherche ou leurs qualités "relationnelles" pour occuper des postes dans les ressources humaines. On continue en revanche à les trouver trop émotives, pas assez combatives pour exercer des responsabilités hiérarchiques, surtout s'il s'agit d'encadrer des ouvriers (masculins). Et on les perçoit surtout et toujours comme de futures (ou déjà) mères, qui ne pourront se donner corps et âme à leur métier, à leur entreprise.

On comprend donc que les études d'ingénieur restent perçues comme "masculines" et donc contraires à l'identité attendue d'une femme. L'inclination des femmes pour la chimie et la biologie renvoient, à l'inverse, à une meilleure correspondance avec les "qualités" attendues des filles : goût du concret et du vivant, capacité à apprendre par coeur... Mais, au-delà de ces stéréotypes, les emplois offerts aux diplômés des écoles de chimie sont très ouverts, et depuis longtemps, sur le monde de la recherche - publique et privée - plus accueillant pour les femmes. Des laborantines ont travaillé pour l'industrie chimique et pharmaceutique depuis la fin du XIXe siècle. Le monde des industries mécaniques et métallurgiques, en revanche, n'a jamais fait de vraie place aux femmes (sauf comme ouvrières spécialisées) : de l'ouvrier qualifié à l'ingénieur, l'espace des qualifications est masculin. Et cette division sexuée des savoirs et métiers est universelle, à quelques nuances près.

« ON CONTINUE DE LES TROUVER TROP ÉMOTIVES, PAS ASSEZ COMBATIVES POUR EXERCER DES RESPONSABILITÉS. »

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