Nous suivre Industrie Techno

PAPIER ÉLECTRONIQUE : C'EST PARTI !

Ridha Loukil et Thierry Mahé

Sujets relatifs :

, ,
- Le français Nemoptic franchit un nouveau pas dans la bataille de l'e-paper. Qui pourrait supplanter le papier dans une foule d'applications.

Après dix ans de R&D et trois ans d'industrialisation, Nemoptic lance la production de masse de ses écrans BiNem, une technologie propriétaire de papier électronique basée sur des cristaux liquides. La start-up française a confié la fabrication à Seiko Instruments, au Japon. Cet accord industriel lui donne l'accès à une capacité de plusieurs centaines de milliers, voire de millions de pièces par mois. De quoi satisfaire un immense marché en plein essor qui va des simples étiquettes électroniques pour grandes surfaces aux PC portables à faible coût, en passant par les livres, journaux et dictionnaires électroniques ou encore les jouets.

Une très faible consommation d'énergie

Le papier électronique (e-paper en anglais) désigne de nouveaux afficheurs électroniques qui conjuguent les atouts de l'écrit et ceux de l'écran. Comme le papier, il est léger, flexible et offre un confort visuel incomparable en termes de résolution, de contraste, d'angle de vue. Il se prête aussi bien à des formes rigides que souples. Et peut même s'enrouler ! Comme dans le téléphone que propose Telecom Italia, aidé de Polymer Vision. Surtout, à la différence des écrans LCD, il ne consomme d'énergie que lors du rafraîchissement du contenu. Cette étonnante caractéristique en fait une solution idéale dans les dispositifs autonomes alimentés par piles et délivrant un texte statique, épisodiquement mis à jour : changement de prix sur une étiquette de supermarché, d'heure sur une horloge, de page sur un livre, etc.

Si Rank Xerox est à l'origine du concept dans les années 1970, c'est E-Ink qui, le premier, l'a industrialisé. Fondée en 1997 d'un essaimage du MIT, la firme aurait une avance de cinq ans sur ces concurrents. Sa technologie est déjà à la base de produits commerciaux comme le livre électronique Reader de Sony, le téléphone mobile Motofone F3 de Motorola ou la clé USB JumpDrive Mercury de Lexar. Elle équipe aussi une montre de Seiko, une horloge de Casio, des panneaux d'informations routières de Vossloh... Pour le marché naissant des journaux électroniques, la start-up américaine s'appuie sur des fabricants de terminaux comme IRex Technologies (spin-off de Philips), aux Pays-Bas, ou PVI à Taïwan.

Selon Jacques Noels, PDG de Nemoptic, le jeu reste encore ouvert. Si le monde de l'édition, assez conservateur, se tient en retrait, la presse, elle, est en pleine effervescence. En France, le quotidien Les Échos a lancé, fin avril, une version électronique avec un terminal au format A5 mis au point par PVI. Et d'autres projets sont en test : La Repubblica en Italie, le journal flamand De Tijd, en Belgique, ou les quotidiens De Volkskrant et NRC Handelsblad, aux Pays-Bas, avec le terminal Iliad d'IRex Technologies. Le Monde, lui, est partenaire de Nemoptic pour faire aboutir dans deux ans son projet Sylen, mené dans le cadre du pôle de compétitivité Cap Digital. Cette façon radicalement nouvelle de véhiculer l'actualité intéresse au plus haut point une société comme Wedia, spécialisée dans les systèmes éditoriaux bimédias (journal + Web). Nicolas Boutet, PDG de Wedia explique : « Les messageries, qui fédèrent déjà la presse, proposeront certainement des services autour des journaux électroniques. Comme pour l'univers de la musique, la presse va devoir inventer un triptyque : contenu, support et logistique. »

Pour Nemoptic, le marché le plus immédiat - et le plus conséquent en volume - est celui des étiquettes de gondoles dans la grande distribution. Rien qu'en Europe, 3 milliards d'étiquettes en papier sont à remplacer. Le passage au papier électronique enrichira l'information affichée tout en allongeant la durée de vie des piles. « La technologie BiNem est particulièrement adaptée à cette application, car elle intègre le code-barres », affirme Jacques Noels.

Fabriqué sur les lignes d'écrans LCD

Fondée en 1999, la start-up est leader européen du papier électronique dont elle maîtrise tous les composants. À l'inverse, l'anglais Plastic Logic ou le néerlandais Polymer Vision (spin-off de Philips) ne développent que la plaque de commande électronique de l'écran. Pour la plaque optique, ils restent totalement dépendants de sociétés comme E-Ink.

La technologie BiNem découle des travaux du Groupe d'Orsay, un groupe de chercheurs de l'université d'Orsay et du CNRS, rendu célèbre par le prix Nobel Pierre-Gilles de Gennes. Outre sa rapidité - un temps de commutation de l'ordre de 10 ms, contre 300 ms pour les autres - BiNem a l'avantage d'être produit sur les lignes actuelles de production d'écrans LCD à matrice passive. D'où l'accord avec Seiko Instruments, grand fabricant de ces écrans. Ainsi, Nemoptic, qui dispose d'une unité de fabrication pilote en Suède, entre sur le marché de masse sans investir dans des moyens de production. Un atout dans la bataille qui va l'opposer à une armada de start-up mais aussi des géants tels que Rank Xerox ou Fujitsu. -

TECHNOLOGIEDEUX FAMILLES EN LICE

Le papier électronique est né au Palo Alto Research Center de Xerox dans les années 1970. On compte deux grandes familles technologiques. Les papiers à microcapsules > Xerox (ou son émanation Gyricon) noie de minuscules sphères bicolores dans le papier, qui peuvent être mises en rotation. Selon la polarisation, la sphère offre une surface noire ou blanche. L'américain E-Ink propose une variante où des particules blanches chargées électriquement montent en surface (pixel blanc) ou demeurent au fond d'une capsule noire. Autres acteurs, le japonais Bridgestone et le taïwanais Sipix. Les papiers à cristaux liquides > C'est la technologie originale du français Nemoptic. Une couche de cristal liquide, dotée d'un effet mémoire, est déposée entre deux substrats. Les substances cholestériques, autres types de cristaux liquides, sont de longues molécules en pas de vis, qui polarisent différemment la lumière qu'elles reflètent en fonction d'une tension électrique. Là encore, le phénomène est bistable : seul le basculement d'état requiert de l'énergie. C'est le procédé mis en oeuvre par la firme israélienne Magink, l'américain Kent Displays, le japonais Fujitsu.

NEMOPTIC LANCE LA PRODUCTION DE MASSE

ne technologie française - Écrans à cristaux liquides nématiques bistables qui n'ont besoin de courant que pour modifier l'affichage. - Filière adaptée à des écrans souples ou rigides, noir et blanc ou couleur, transmissifs ou réflectifs, qui consomment très peu d'énergie. - Développée au CNRS et industrialisée par la start-up Nemoptic. - Entrée en production de volume chez Seiko Instruments, au Japon. - Capacité : plusieurs millions de pièces par mois. Un large spectre d'applications - Étiquettes de gondoles dans la grande distribution. Un marché potentiel de 10 milliards de pièces dans le monde. - Journaux électroniques. Des projets à l'étude ou en lancement pour des quotidiens comme Le Monde ou Les Échos. - Livres électroniques. Des produits déjà commercialisés par Sony ou Panasonic. - Dictionnaires électroniques de poche. Un marché en fort développement de 12 à 13 millions de pièces par an, notamment en Asie. - Livres éducatifs électroniques. Alternative économique aux livres en papier envisagée pour des pays comme la Chine ou l'Inde. - PC portables et téléphones mobiles à faible coût. Destinés tout particulièrement aux populations des pays du Sud.

vous lisez un article d'Industries & Technologies N°0889

Découvrir les articles de ce numéro Consultez les archives 2007 d'Industries & Technologies

Bienvenue !

Vous êtes désormais inscrits. Vous recevrez prochainement notre newsletter hebdomadaire Industrie & Technologies

Nous vous recommandons

INFORMATIQUE INDUSTRIELLE

Focus

INFORMATIQUE INDUSTRIELLE

L'usinage de prothèses dentaires se programmeSescoi a dévoilé, au salon Industrie 2009 de Lyon, une version de son logiciel de programmation d'usinage[…]

01/04/2009 | AlertesInnovations
Mousses métalliques : l'acier pourrait remplacer l'aluminium

Mousses métalliques : l'acier pourrait remplacer l'aluminium

MATÉRIAU

Focus

MATÉRIAU

TÉLÉCOMS

Focus

TÉLÉCOMS

Plus d'articles