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Interview

"On dépassera difficilement 40 % de végétal dans la chimie"

Thomas Blosseville

Besoin d'une politique industrielle

© DR

Pour fleurir, la chimie du végétal va affronter la réalité industrielle. Face à la compétition internationale, quel peut être l'avenir de la biomasse dans la chimie ? Les réponses de Daniel Marini, directeur des affaires économiques et internationales de l’Union des industries chimiques.

Industrie & Technologies : Quelle sera demain la part du végétal dans les matières premières de la chimie ?

Daniel Marini : Le végétal appartient à la chimie carbonnée, par opposition au minéral. La famille carbonnée représente environ 65 % des produits chimiques mondiaux. Chaque année, la chimie consomme 400 millions de tonnes de matière première carbonnée... dont 4 % d'origine végétale. Compte tenu des contraintes techniques, les experts estiment que l'on pourra atteindre 15 à 20 % en 2020. Ensuite, tendre vers 30 % serait déjà bien. A terme, on dépassera difficilement les 40 %. On pourrait théoriquement aller au-delà sans les biocarburants. Mais il n'y a pas suffisamment de ressources végétales à la fois pour la chimie et pour les transports.


I&T : Pour y parvenir, quels obstacles technologiques faudra-t-il relever ?

DM : Il faudra améliorer les rendements des réactions dans les biotechnologies. Trouver les bons catalyseurs, les bonnes bactéries.... Croiser de plus en plus les sciences du vivant et la chimie. Progresser dans la bioinformatique, en écotoxicologie... Mais il faudra aussi une vraie politique industrielle. Elle repose sur plusieurs axes. D'abord renforcer les liens entre les recherches publiques et privées. Développer des formations croisant les disciplines, comme la chimie et les biotechnologies. Dans la chimie, la France souffre d'avoir des sites industriels dispersés et de petite taille. La surréglementation ralentit la mise en oeuvre de nouvelles unités. Les PME et entreprises de taille intermédiaire innovantes doivent être soutenues. Notamment par des aides de financement et d'accès aux réseaux d'innovation.


I&T : Qu'attendez-vous du Grand emprunt ?

DM : Il devrait attribuer 1,35 milliards d'euros aux énergies renouvelables et à la chimie verte. Cela comprend la chimie du végétal, par exemple pour des démonstrateurs technologiques. Mais il n'est pas certain que l'on puisse développer la chimie du végétal avec les seules ressources françaises, voire européennes. Il faut obtenir des matières premières optimales en termes de qualité et de prix. Il faut donc aussi développer une vraie stratégie d'approvisionnement.

Propos recueillis par Thomas Blosseville

Pour aller plus loin : lisez notre dossier spécial "chimie du végétal" dans le numéro d'Industrie et Technologies de novembre 2010, spécial environnement,

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