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OGM : doit-on s’inquiéter d’un effet cancérigène ?

Ludovic Fery

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OGM : doit-on s’inquiéter d’un effet cancérigène ?

La semence incriminée est le maïs NK603 de Monsanto.

© © ryan griffis

L’étude publiée par le Professeur Gilles-Eric Séralini démontre chez l’animal des effets cancérigènes du maïs NK603, autorisé à la commercialisation en Europe. Attention aux conclusions trop hâtives, prévient Gérard Pascal, ancien toxicologue de l’INRA spécialiste des OGM.

Quel est votre avis sur cette étude ?

Pour avoir lu et relu la publication, je lui fais deux reproches principaux. D’une part, le nombre insuffisant de cobayes et d’autre part, le type d'animal retenu.
Sur le premier point, il n’y a dans l’étude de Mr Séralini que dix animaux par lot, alors que les normes internationales préconisent au moins 50 cobayes par groupe. Cela ne concerne pas seulement les études sur les OGM, mais toutes les études toxicologiques. Pour se conformer à ces normes, il y aurait dû avoir 1 000 animaux testés, et non 200.
L’autre reproche vient du choix du type des rats : les souches "Sprague-Dawley" sont connues pour leur hypersensibilité, et développent spontanément des cancers. Même si les rats témoins de l'étude avaient moins de tumeurs que ceux nourris aux OGM, le lien est difficile à établir, car il n’y a pas nécessairement de relation entre la quantité d’OGM ingérée et le nombre de tumeurs observées.


En tant qu’expert du panel du Haut conseil des biotechnologies (HCB) saisi pour analyser l’étude, sur quels critères souhaitez-vous des éclaircissements ?

Plusieurs points sont à éclaircir. La première chose qui surprend, pour une étude parue dans la très sérieuse Food and Chemical Toxicology est de trouver très peu de chiffres, et une présentation des résultats essentiellement sous la forme de graphiques. Les autres données manquantes concernent le mode expérimental. En dehors du maïs et du pesticide, quelle est la composition alimentaire exacte du régime des cobayes ? Quelle a été leur courbe de croissance ? Connaissant la sensibilité de ces rats aux facteurs extérieurs, des choses comme la quantité d’aliment ingérée peuvent influer sur la réponse tumorale. On aimerait aussi plus de détails sur l’animalerie où s’est déroulée l’expérience. Il n'y a pas beaucoup d'animaleries universitaires à même de répondre au niveau d'exigence des études toxicologiques.


Quand peut-on attendre les conclusions du HCB ?

Mr Séralini a fait savoir qu’il communiquerait toutes les données nécessaires à l’enquête. Suivant la rapidité de transmission des éléments, je pense qu’il nous faudra 15 à 21 jours de travail.  


Pourquoi ne dispose-t-on pas, outre cette étude, de données animales sur les effets à long-terme des OGM sur la santé ?

La réglementation européenne n’impose pas a priori d’expérimentation animale pour autoriser la mise sur le marché d’un OGM. Si la comparaison avec la plante non-OGM ne montre aucune différence, c’est un critère suffisant. En réalité, les industriels poussent toujours plus loin l’analyse et réalisent une étude toxicologique de 3 mois sur le rat et, assez souvent aussi, de 42 jours sur les poulets. Ce sont les durées acceptées pour la recherche d’effets subchroniques. Ce n’est qu’au cas où l’on détecte une anomalie dans ces études que l’on poursuit par la recherche des effets long-terme ou de cancérogénèse. La situation ne s'est pas encore présentée en Europe.

Propos recueillis par Ludovic Fery
 

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