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Nymi : la signature cardiaque pour remplacer les mots de passe

Nymi : la signature cardiaque pour remplacer les mots de passe

La start-up Nymi entend développer l'utilisation de son bracelet en entreprise. Elle a déjà noué un partenariat avec Entertech, un intégrateur spécialisé dans les contrôles d'accès physiques.

© Nymi

La start-up canadienne Nymi a développé un bracelet éponyme qui identifie son propriétaire grâce à sa signature cardiaque. Fruit de 12 années de R&D, l'objet embarque des algorithmes de Machine Learning qui permettent de traiter les signaux issus de l'électrocardiographie d'une personne et d'extraire des caractéristiques qui lui sont propres afin de l'identifier. Santé, automobile, maison connectée, sites industriels, monde de l'entreprise... La jeune pousse multiplie les partenariats pour accélérer l'adoption de son bracelet. Industrie & Technologies a rencontré Karl Martin, son créateur, à l'occasion du Web Summit. Interview. 

 

 

Industrie & Technologies : Comment Nymi compte mettre fin aux mots de passe ?

Karl Martin : Nymi est un bracelet d’authentification, qui une fois enfilé reconnaît en permanence l’identité de son utilisateur. Grâce à une connexion Bluetooth et NFC, il peut communiquer avec son environnement pour remplacer les mots de passe, mais aussi les badges d’accès ou les clés. Nymi est le fruit d’un constat : nous avons réalisé qu’aujourd’hui les utilisateurs passaient leur journée à prouver qui ils étaient pour accéder à toutes sortes de services. Par exemple, à chaque fois que vous prenez votre téléphone, celui-ci ne sait pas qui vous êtes et vous devez lui prouver votre identité en posant votre doigt sur le Touch ID ou en entrant un mot de passe. Porter un appareil qui vous reconnaît en permanence permet donc de diminuer de nombreuses frictions du quotidien.

I&T : Concrètement sur quelle technologie repose Nymi ?

K. M : Le bracelet Nymi repose sur une technologie qui reconnaît la signature cardiaque des individus en analysant leur ECG (l’électrocardiographie est une représentation graphique de l'activité électrique du cœur, ndlr). Cette technologie est le fruit de 12 années de R&D et a d’abord été développée au sein de l’Université de Toronto où j’ai réalisé mon doctorat. L’idée de base s’appuie sur le fait que l'ECG d'une personne dépend d'une série de critères, dont la physiologie du cœur, et constitue ainsi une donnée unique à chaque individu, à l'image d'une empreinte digitale. Nous avons donc développé une série d’algorithmes qui permet de traiter les signaux issus de l’ECG et d’extraire des caractéristiques propres à chaque personne afin de l’identifier.

I&T : Pourquoi utilisez-vous des algorithmes de Machine Learning ?

K. M : La première fois que vous utilisez le bracelet, une première série d’algorithmes extrait les caractéristiques qui vous sont propres. Ensuite, d’autres algorithmes de Machine Learning comparent ces caractéristiques à une base de données où sont recensés les ECG de nombreuses personnes afin de déterminer la signature biométrique de l’utilisateur. Cette étape d’inscription, qui ne s’effectue qu’une seule fois, prend environ une minute. Une fois cette étape réalisée, l’utilisateur n’a plus qu’à enfiler le bracelet et après quelques battements de cœur, les algorithmes sont capables de reconnaître l’utilisateur en comparant son ECG actuel à sa signature biométrique, établie lors de son inscription. Si l’ECG est trop éloigné de cette signature, le bracelet n’authentifie pas l’utilisateur.

I&T : Quels capteurs sont intégrés dans Nymi pour enregistrer l’ECG ?

K. M : Contrairement aux nombreux bracelets de fitness, nous n’utilisons pas de capteurs optiques mais des capteurs électriques. Le premier est placé en-dessous du bracelet et est ainsi en contact direct avec la peau du poignet. L’autre est situé au-dessus du bracelet. Lorsque l’utilisateur pose son doigt sur le bracelet cela crée un circuit électrique grâce aux deux points de contact. Il est alors possible d’enregistrer l’ECG.

I&T : A quel point l’approche biométrique est-elle fiable ?

K. M : L’approche biométrique diffère énormément de celle du mot de passe qui est très figée. Avec l’approche biométrique, à chaque fois qu’on capte l’ECG d’une personne, celui-ci est un peu différent. Tout l’intérêt des algorithmes de Machine Learning est donc de pouvoir reconnaître et séparer les différentes signatures biométriques selon les utilisateurs. Il existe donc toujours des risques de faux positifs ou de faux négatifs et tous les systèmes biométriques présentent ces risques. Les faux positifs sont très dangereux car cela signifie qu’une personne parvient à s’identifier à votre place. Les faux négatifs, eux, relèvent davantage de l’aspect pratique : vous cherchez à vous identifier mais le système biométrique ne vous reconnaît pas et vous oblige donc à réaliser une nouvelle tentative. Notre système présente les mêmes taux de faux positifs (environ 1/ 10 000) et de faux négatifs (environ 1/100) que les lecteurs d’empreintes digitales. Nous ne prétendons donc pas faire mieux que ces systèmes.  Mais, en revanche, il est beaucoup plus facile de récupérer une empreinte digitale laissée sur un bureau par exemple, qu’une signature cardiaque. Cela réduit donc les risques d’usurpation. Par ailleurs, le système Nymi repose sur deux éléments : la biométrie et le matériel. Pour usurper votre identité, une personne devra non seulement reproduire votre signature cardiaque, mais aussi voler votre bracelet Nymi.

I&T : Quelles sont les applications possibles d’une telle technologie ?

K. M : Nous avons développé nous même une application qui permet aux détenteurs du bracelet de déverrouiller leur ordinateur mais pour d’autres usages nous avons noué des partenariats. Nous avons, par exemple, récemment signé un partenariat majeur avec MasterCard, qui est également actionnaire de la société, pour sécuriser les paiements sans contact. Nous avons aussi officialisé un partenariat avec l’entreprise Entertech, un intégrateur spécialisé dans les contrôles d’accès physiques. L’idée est de développer, dès cet automne, plusieurs pilotes où les employés utiliseront la technologie de Nymi pour accéder à différents étages, bureaux, centres de contrôle et Data Centers d’une entreprise. Grâce au bracelet, ils pourront également déverrouiller leurs ordinateurs respectifs. Un autre domaine intéressant est celui de la santé. Nous réfléchissons ainsi à déployer notre technologie pour les médecins et les infirmiers en milieu hospitalier. Ces derniers utilisent actuellement des cartes d’accès et des mots de passe pour utiliser différents appareils et récupérer des informations sur les patients, mais l’urgence les amène à partager ces codes d’accès. Le bracelet Nymi permettrait ainsi de combiner rapidité d’accès et d’exécution, d’un côté, et sécurité de l’autre. Notre technologie pourrait également trouver des applications dans le monde industriel, notamment dans le secteur pétrolier. Plus largement, nous visons tous les domaines où les problématiques de sûreté sont importantes et où les opérateurs sont amenés à travailler dans des environnements dynamiques et où ils se déplacent fréquemment.

I&T : Vous cherchez également à créer des expériences hyper personnalisées…

K. M : Oui, nous échangeons actuellement avec un acteur du secteur automobile pour l’ouverture et le démarrage du véhicule mais aussi pour développer des expériences personnalisées. Dans le cas d’un véhicule partagé, le bracelet pourrait, par exemple, permettre d’ajuster différents réglages selon les caractéristiques et préférences de l’utilisateur. Dans l’univers de la maison connectée, les technologies existantes ne permettent pas encore de connaître quelle personne est dans une pièce. L’idée consiste donc à développer l’utilisation du bracelet Nymi à la maison pour proposer des scenarios personnalisés selon chaque occupant du foyer. Cette logique d’expérience hyper personnalisée concerne également le domaine de la vente. Nymi permettrait aux vendeurs de proposer des conseils très précis à chaque client. Nous souhaitons aller plus loin que la technologie des Beacons. Celle-ci permet d’envoyer des notifications très ciblées, mais en passant inévitablement par le Smartphone de l’utilisateur. Nous souhaitons proposer une relation de "personne à personne", sans téléphone comme intermédiaire.

I&T : Quelles sont les prochaines étapes pour Nymi ?

K. M : Aujourd’hui nous comptons déjà quelques milliers d’utilisateurs de notre version beta et nous avons également des projets pilotes. Le lancement commercial officiel est, quant à lui, prévu pour 2016. Notre principal objectif est de développer les applications en entreprise. Nous avons noué les premiers partenariats et la prochaine étape consiste à développer ces usages à plus grande échelle. C’est une longue route, nous ne développons pas qu’une simple application. Beaucoup nous demande pourquoi nous n’intégrons pas notre technologie dans une montre connectée par exemple. Mais si l’on regarde le nombre de salariés équipés d’une Smart Watch, le ratio est encore très faible. Nous préférons donc développer notre propre produit. Le prix définitif n’a pas encore été fixé mais il sera inférieur à 100 dollars.

 

 

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