Nous suivre Industrie Techno

Numérique à tous les étages

ANNE-KATELL MOUSSET akmousset@industrie-technologies.com

Sujets relatifs :

,
Du sous-sol au dernier étage : l'hôpital de demain sera connecté ! Et pas seulement en interne... Il le sera aussi avec les autres hôpitaux, les médecins traitants, les cabinets de radiologies ou d'analyses médicales. Bref, c'est une véritable toile d'araignée qui se tisse actuellement. Le but ? Mieux faire circuler les informations entre les acteurs de la santé. Non sans problème. Entrez dans l'hôpital connecté.

Numériquement parlant, les hôpitaux français ont longtemps été plus 0 que 1. Dans le plan hôpital 2012, un volet -système d'information - est donc consacré à cette question. Car le numérique peut apporter beaucoup à l'hôpital : vieillissement de la population, baisse des effectifs de médecins... et de moins en moins de moyens. Le numérique à l'hôpital, c'est surtout un moyen de réduire les coûts ! Même si, bien sûr, pour le personnel soignant le numérique contribue à une meilleure gestion de l'hôpital. En effet, la centralisation des données du patient permet à tous de consulter un dossier de n'importe quel service de l'hôpital.

L'identification du patient se démocratise

Mais il reste des problèmes à régler. Le premier, crucial, selon Pascal Sempé, de la branche santé d'IBM : « l'identification du patient. Il faut dans les années à venir trouver une solution sûre à 100 % pour suivre le dossier médical d'une personne. La carte vitale ne suffit pas, elle est piratée, nous le savons. Quant au numéro de sécurité sociale, dans une famille, il sert également aux enfants. » Autre difficulté : assurer et garantir la confidentialité des données. « À l'hôpital Foch, chaque membre du personnel soignant est identifié par son numéro professionnel, le CPS (carte professionnelle de santé) » explique Khalil Aouad, directeur du système d'information de l'hôpital Foch. Un numéro géré au niveau national qui identifie de façon sûre les soignants. « Chaque membre a alors accès dans le dossier numérique aux infos auxquelles il a le droit d'accéder, selon son statut : médecin, infirmière ou son service, complète Khalil Aouad. L'idéal serait d'équiper le personnel de puces RFID. Comme cela, à chaque fois qu'il s'éloignera d'un terminal ouvert, leur session se couperait automatiquement. »

La toile d'araignée médicale s'étend

En créant les Agences régionales de santé en avril dernier, la volonté du gouvernement était de localiser les offres de soins en créant de grands réseaux régionaux médicaux. Mais pour franchir ce cap, il faut lier les différents acteurs entre eux. « Plutôt difficile quand on sait que chaque hôpital a développé son système informatique dans son coin... », remarque Pascal Sempé d'IBM. En effet, comme l'industrie auparavant, l'hôpital entame la révolution numérique qui nécessite ici un minimum de concertation entre les acteurs. « Il va falloir inventer des systèmes de communication entre les hôpitaux », note Pascal Sempé. En clair : comment rendre des systèmes complètement fermés et spécialisés, ouverts les uns sur les autres ? Un défi pour les informaticiens... Et pour le législateur qui va devoir créer des normes et modèles pour assurer cette communication.

Davantage de numérique, toujours plus de circulation de l'information... mais pour l'instant la médecine semble toujours à l'âge de pierre : en effet, le mail est loin d'être généralisé, du moins pour le transfert de données confidentielles comme des images médicales ou des analyses. « Pour transférer des données médicales, il faut une boîte de courrier électronique sécurisée, capable de crypter l'information ! », explique Khalil Aouad qui a lancé dernièrement une réflexion sur le sujet à l'hôpital Foch. L'ordre des médecins a également pris les choses en main en annonçant la création d'adresses mail « @medecin.fr »... interdite pour le moment aux praticiens hospitaliers !

Au bout du réseau informatique, les terminaux numériques... Fini le temps du bloc-notes et du crayon, les PC portable et tablette tactile lui ont soufflé la place. « À Foch, nous testons actuellement deux dispositifs en parallèle, explique Khalil Aouad, une solution « fixe », avec un PC tactile dans chaque chambre où l'équipe soignante peut consulter et remplir le dossier du patient. Et un PC sur chariot mobile qui suit les équipes. » Avantage : le dossier du patient est rempli et consulté en temps réel.

Des ordinateurs arrivent dans la chambre des malades

Le patient a lui aussi le droit à sa part du gâteau numérique. « Nous avons installé pour les personnes atteintes de mucoviscidose, des terminaux numériques sur bras articulés. Ils sont ainsi accessibles du lit par les patients », note Khalil Aouad. « Ces ordinateurs seront aussi disponibles dans notre service de maternité. »

Internet, téléphonie sur IP, télévision... mais aussi l'accès sur ce terminal au dossier médical, « même si pour l'instant nous avons choisi de ne pas le rendre disponible ». En clair, même si pour le moment l'ordinateur est à 100 % consacré au divertissement, il peut devenir un outil de travail pour l'équipe soignante.

Dans le domaine des terminaux, la caméra de surveillance fait aussi son entrée en tant qu'aide au diagnostic. Le réseau des hôpitaux franc-comtois à en effet choisi de l'utiliser pour la détection des accidents vasculaires cérébraux. Dans ce genre de diagnostic, les minutes comptent et le médecin a besoin de voir et d'interroger le patient. Par manque de spécialiste dans la région, les urgentistes se sont tournés vers une solution de télémédecine.

Habituellement employées en surveillance des espaces publics, les caméras à haute définition de la société suédoise Axis Communications autorisent le médecin, même situé dans un autre hôpital, à diagnostiquer un patient, rapidement, avant de choisir le traitement adéquat. « On peut également les utiliser en salle de réveil par exemple, explique Xavier Sanchez, Ingénieur au sein d'Axis Communications. La caméra est programmée pour balayer chaque lit d'une pièce et reste sur le patient quelques instants. Le médecin peut zoomer sur un malade à l'aide d'un joystick. S'il détecte une anomalie, il déclenche l'alarme. » Raccordable également à des détecteurs de température ou de mouvement, elles alertent le personnel hospitalier en cas de réveil d'un patient. Spécificité de ces caméras : elles sont « IP ». En clair, elles sont autonomes, n'ont pas besoin d'être raccordées à un ordinateur et communiquent via le réseau Internet... mais un médecin est toujours nécessaire.

Les terminaux mobiles nous simplifieront la vie

Bruno Frachet Président du Comité de d'évaluation et de diffusion des innovations technologiques de l'Assistance Publique- Hôpitaux de Paris

- Comment se traduit l'arrivée du numérique à l'hôpital ? Bruno Frachet : L'informatique à l'hôpital, pour le moment, c'est surtout la recherche du « zéro papier ». C'est le « data management », on cherche à centraliser au maximum les dossiers du patient. En informatisant, on transmet plus vite les informations. Tous les personnels médicaux amenés à s'occuper d'un patient accèdent au dossier. C'est un gain de temps appréciable. Et ce phénomène va s'amplifier avec le développement des terminaux mobiles. Dans certains hôpitaux, des PC portables accompagnent déjà la tournée quotidienne des équipes. Il devient ainsi possible de remplir le dossier médical numérique en temps réel et de gérer les stocks des pharmacies en flux tendus. - Comment sont accueillies ses innovations par le personnel médical ? B. F. : L'imagerie médicale numérique se développe de plus en plus. On observe maintenant les images sur écran et elles sont stockées sur CD. Finies les impressions. Oui cela coûte moins cher, mais pour que tout le monde en bénéficie, encore faut-il avoir accès facilement et rapidement à un ordinateur équipé ! L'arrivée en masse des terminaux mobiles va simplifier le numérique à l'hôpital. Le personnel, déjà équipé et familiarisé avec ces outils à titre privé, pourra facilement les utiliser au travail. - Et comment les patients vivent-ils les changements liés à l'arrivée de l'informatique chez le médecin ? B. F. : Je suis très étonné de la souplesse des patients vis-à-vis des changements engendrés par l'arrivée du numérique. Il faut en fait veiller à ce que l'informatisation ne rende pas la médecine moins humaine. Par exemple, je ne pense pas que l'on puisse traduire toutes les situations sous forme de questionnaire. Il faut laisser une certaine flexibilité au médecin.

vous lisez un article d'Industries & Technologies N°0928

Découvrir les articles de ce numéro Consultez les archives 2010 d'Industries & Technologies

Bienvenue !

Vous êtes désormais inscrits. Vous recevrez prochainement notre newsletter hebdomadaire Industrie & Technologies

Nous vous recommandons

[Pas à pas] Comment tirer parti de la réalité augmentée dans votre usine

[Pas à pas] Comment tirer parti de la réalité augmentée dans votre usine

Profitant des formidables progrès de l'informatique embarquée et de l'essor de l'usine 4.0, les exemples d'applications[…]

Bâtiments intelligents : des économies du sol au plafond

Bâtiments intelligents : des économies du sol au plafond

INNOVATION À TOUS LES ÉTAGES

Dossiers

INNOVATION À TOUS LES ÉTAGES

« Bâtiments intelligents : il faut placer l'utilisateur au centre », Olivier Cottet, Schneider Electric

Interview

« Bâtiments intelligents : il faut placer l'utilisateur au centre », Olivier Cottet, Schneider Electric

Plus d'articles