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Nucléaire : un marché en pleine expansion ... sauf en Europe

Nucléaire : un marché en pleine expansion ... sauf en Europe

Site nucléaire de Tricastin

Cinq ans après la catastrophe de Fukushima, les centrales nucléaires produisent de l’électricité en masse et dé-carbonée, mais les enjeux autour de la sécurité et ceux relatifs au traitement des déchets sont grandissants. A l’image des anti-nucléaires qui refusent l’argument de l’énergie dé-carbonée, le nucléaire a été très peu évoqué comme solution alternative aux énergies fossiles lors de la COP 21. D’un autre côté, de nombreux programmes électronucléaires continuent ou démarrent dans le monde. La société de conseil Alcimed revient sur le marché de l’énergie nucléaire, un marché à double vitesse dans le monde.

 

D’après l’Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), la production d’énergie nucléaire va continuer de croître au cours des prochaines années. Perspectives et scenarii indiquent des croissances allant de 2,4 % par rapport à l’année 2014 (projection basse), à 88 % atteignant 631,8 GW en 2030 (projection haute) (d'après le rapport : Énergie, Électricité et Nucléaire : estimations jusqu’en 2050 , septembre 2015) ! L’Agence Internationale de l’Energie (AIE) a de son côté préconisé que l’électricité nucléaire représente 25 % du mix énergétique final d’ici 2050, doublant ainsi les capacités actuelles. Actuellement, 67 centrales sont en construction dans 15 pays (dont Chine, Russie, Inde).

A l’inverse, 38 réacteurs devraient fermer à horizon 2035, principalement en Europe (dont Allemagne, Belgique, Suisse). Ainsi, pour atteindre l’objectif de l’AIE, l’augmentation de la durée de vie des centrales semble nécessaire, ainsi que l’apparition de nouveaux projets. « En effet, sachant que le cycle de développement de centrales nucléaires est long, l’atteinte de 25 % de nucléaire dans le mix énergétique mondial n’est pas assurée et la projection haute de l’AIEA pour 2030 semble irréaliste », souligne Diane Bellet, consultante au sein de la Business Unit Energie, Environnement et Mobilité chez Alcimed.

Les pays émergents, notamment la Chine, la Russie et l’Iran sont les marchés en pleine expansion

Les pays émergents et notamment l’Asie constituent le premier marché pour la construction de centrales nucléaires avec 43 projets, dont 24 projets en Chine (pour atteindre 58 GW en 2020).

Dans moins de dix ans, la Chine aura donc un parc de production similaire à celui de la France (58 réacteurs) et vise en 2030, 110 centrales (Les Echos, octobre 2015), surpassant ainsi les Etats-Unis. Le choix du nucléaire pour la Chine a été fait afin de répondre aux besoins énergétiques croissants du pays et de réduire ses émissions de gaz à effet de serre. Ce développement accéléré est rendu possible grâce au déploiement de ses propres technologies et au développement des réacteurs de 3e génération (EPR, ACP1000). En parallèle, la Chine vise également l’exportation avec ses sociétés nationales CNCC et CGN et concurrence ainsi le savoir-faire français et européen (2 potentiels projets EPR au Royaume-Uni en coopération avec EDF).

De son côté, la Russie, 4e producteur mondial avec 33 réacteurs, a revu toute la conception de ses centrales depuis l’accident de Tchernobyl et renforce ses capacités de production (10 centrales en construction). Rosatom, l’acteur national du nucléaire, est devenu en 2015 le premier exportateur de centrales nucléaires dans le monde.

Suite à la levé de l'embargo international, l’Iran relance son programme nucléaire civil et vise la construction de 20 centrales pour atteindre 20 GW. D’autres pays émergents dont l’Inde, le Brésil, l’Argentine et l’Afrique du Sud misent également sur le nucléaire créant ainsi de nouvelles opportunités de marché.

Le marché européen est en net recul, celui aux Etats-Unis est stagnant et le marché japonais reste incertain.

De façon générale, l’Europe freine ses programmes électronucléaires, à l’exception du Royaume-Uni qui développe le programme le plus important d’Europe et va se doter de plusieurs réacteurs de 3e génération. En 2012, l’Allemagne a arrêté 8 réacteurs et la sortie complète du nucléaire est prévue pour 2022. L’Italie, la Belgique et la Suède ont fait le choix de sortir progressivement du nucléaire au début des années 2000 tout comme la Suisse depuis 2011.

Aux États-Unis, le gaz de schiste est aujourd’hui plus compétitif que le nucléaire, mais la déplétion des gisements peut être plus rapide que prévue. L’avenir du nucléaire reste incertain, néanmoins, 5 centrales nucléaires sont en construction.

Le marché du Japon est quant à lui incertain car depuis la catastrophe de Fukushima, les doutes persistent et la population est toujours réticente à un retour au nucléaire. Néanmoins, depuis août 2015, le Japon a entamé un lent retour au nucléaire en redémarrant 4 réacteurs. Le gouvernement actuel mise sur un retour au nucléaire, notamment pour relancer l’économie du pays car depuis l’arrêt du nucléaire, les importations de gaz et de pétrole ont considérablement augmenté, respectivement de 77 % et 18 %, représentant un déficit commercial record pour le pays de 97 milliards d’euros en 2014.

                        

Le contraste du marché du nucléaire avec les programmes électronucléaires favorisant (vert) ou limitant (rouge) la part du nucléaire dans le mix énergétique national et les incertitudes (violet)

Le démantèlement et le traitement des déchets : une voie pour l’innovation et les nouvelles technologies

En Europe, une cinquantaine de centrales doivent être démantelées d’ici 2050 (d'après une estimation de la Commission européenne). Afin de limiter le risque humain dans un environnement hautement radioactif, des solutions robotisées apparaissent, comme le robot Maestro du CEA et Cybernetix ou le robot Riana d’Areva.

En France, au-delà des enjeux liés à l’enfouissement des déchets hautement radioactifs issus du combustible, l’industrie cherche de nouvelles façons de gérer les déchets TFA (les moins radioactifs). Pour ces déchets (volume estimé sur le long terme à 2 millions de m3 par l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN) , l’Agence Nationale pour la gestion des Déchets Radioactifs (ANDRA), favorise l’émergence d’outils efficaces de caractérisation, de tri et de conditionnement. L’objectif est de réduire les volumes de déchets et les coûts, de réduire le risque humain, de ne pas saturer les centres de stockage et de favoriser de nouvelles technologies françaises. Les réflexions sont également en cours autour de la création d’une filière française de valorisation des déchets métalliques TFA et des travaux devraient être étudiés par l'Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN), qui jusqu’à maintenant refusait toute valorisation.

« Le nucléaire est finalement un marché présentant de nombreuses opportunités, que ce soit avec les nouvelles constructions ou avec le démantèlement massif qui va s’opérer. Le marché de la construction est à nouveau en expansion et s’exporte vers les pays émergents, laissant les pays historiques du nucléaire face à leurs défis liés aux nombreux démantèlements et au traitement des déchets issus de ces opérations. Des questions persistent : quel sera le coût du démantèlement ? Et que vont devenir ces millions de tonnes de déchets ? », conclut Ronan Lucas, Project Manager au sein de la Business Unit Energie, Environnement et Mobilité chez Alcimed.

 

 

Le nucléaire : une industrie historiquement dominée par les Etats-Unis, la France et le Japon
• 441 réacteurs nucléaires de puissance en exploitation dans 30 pays pour une puissance de 382 GW
• Ce parc fournit près de 11% de l’électricité produite dans le monde.
• Les Etats-Unis (99 réacteurs), la France (58 réacteurs) et le Japon sont les producteurs historiques.
• Le Japon, 3e acteur historique du nucléaire a mis à l’arrêt ces 48 réacteurs nucléaires à la suite de l’accident de Fukushima.

 

 

 

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