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Nucléaire : « Le savoir-faire français reste une référence, » Hubert Wargner, Alten

Nucléaire : « Le savoir-faire français reste une référence, » Hubert Wargner, Alten

La deuxième édition du World Nuclear Exhibition (WNE) a débuté mardi 28 juin au Bourget et rassemble les acteurs traditionnels les plus importants du monde du nucléaire civil. Le grand thème de l'édition 2016 est « l'Industrie nucléaire civile dans le mix énergétique mondial ». Le thème de la compétitivité du nucléaire est aussi, logiquement, très présent.

Hubert Wargner, Directeur du développement pour le secteur Energie pour Alten, une société d’ingénierie et de conseil en technologies présente sur l’ensemble du cycle du combustible, auprès des grands donneurs d’ordre, revient pour nous sur la place du nucléaire français à l’international.

Industrie & Technologies : Quelle sera la place du nucléaire dans le mix énergétique mondial ?

Hubert Wargner : Le nucléaire est en questionnement dans de nombreux pays en Europe, où il y a un patchwork de positions très différentes. L’Allemagne, notamment, a arrêté son programme. Pourtant le nucléaire a une place durable dans le mix énergétique mondial. Les enjeux ne sont en effet pas les mêmes selon les zones. En Europe, le niveau d’équipement avancé permet une couverture énergétique complète mais en Asie, les besoins sont  grandissants. La Chine notamment a investi massivement dans le nucléaire. Cela peut paraître contradictoire, mais le nucléaire est une énergie propre qui a sa place à côté des autres énergies propres dans la lutte contre le réchauffement climatique.

I&T : En France justement, quelle place donner au nucléaire à côté des énergies renouvelables ?

H.B. : Les choix énergétiques en France ont été tels qu’une partie importante des budgets ont été ciblés sur l’énergie si bien que la France a pris un retard non négligeable sur le développement des énergies renouvelables. Celles-ci continueront donc à se développer et devront prendre une place de plus en plus importante, mais la plupart des experts sont convaincus que le nucléaire gardera lui aussi une place importante.

I&T : A l’international, quels sont les atouts de la France pour se développer ?

H.B. : La France a un niveau de sûreté extrêmement élevé. Le savoir-faire français dans le nucléaire reste une référence, quasiment une garantie quant à la sûreté. Ce pourra être une clé. Les travers des projets français c’est qu’ils sont trop beaux, trop gros, trop complexes. Aussi se pose-t-on la question si faire plus simple, moins cher, ça ne permettrait pas de mieux s’imposer.

I&T : La France souffrira-t-elle des difficultés liées à l’EPR ?

H.B. : La principale difficulté avec l’EPR est que l’on a lancé plusieurs chantiers en même temps dans le monde, sans avoir pour l’instant aucun retour d’expérience complet sur la construction d’un réacteur. Sur chaque chantier, on retrouve alors les mêmes difficultés. Il en va de même dans d’autres secteurs comme l’automobile. Les premières voitures d’une série font l’objet d’améliorations tandis qu’elles sont construites. Mais les enjeux associés ne sont pas les mêmes, d’autant que le secteur du nucléaire est soumis à un contrôle qualité drastique. Ce n’est pas surprenant si l’on remet en cause le design des EPR. Certains disent qu’il est trop complexe à construire. Je ne sais pas si l’on peut tirer des conclusions aussi rapides. Il faudrait attendre l’achèvement de ces premiers EPR, mais aussi attendre que le nucléaire ait fait sa place dans le mix énergétique mondial pour voir comment il s’exportera.

Les problèmes sur l’EPR ne sont pas sans conséquence au niveau de l’image, ou au niveau de la confiance à accorder à ceux qui construisent. Les problèmes d’Areva au sujet de la contrefaçon de pièces de Flamanville est une très mauvaise publicité. Mais la réussite du nucléaire français ne se joue pas qu’au niveau des industriels. Elle dépend aussi des relations diplomatiques. Elles sont aussi le fruit de négociations internationales. Il n’y a qu’à regarder l’exemple récent des rafales.

I&T : Le grand carénage peut-il être aussi une opportunité pour la France?

H.B. : Nous n’avons de toute façon pas le choix. Nous devons faire face aux enjeux décennaux, aux enjeux de sûreté en cours, mettre en place les programmes grand-chaud, grand-froid, et tous les investissements qui permettront au parc de durer dix ans de plus. Les ingénieurs qui ont construit les premières centrales s’en vont à la retraite. C’est une opportunité pour faire venir de nouveaux ingénieurs, faire monter en compétences une nouvelle génération. Nous avons effectivement besoin de faire le trait d’union ente le parc vieillissant et de nouvelles compétences.

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