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Nucléaire : le Grand Carénage, pour quoi faire ? Les explications de Thierry Charles, chargé de la sûreté nucléaire à l’IRSN

Nucléaire : le Grand Carénage, pour quoi faire ? Les explications de Thierry Charles, chargé de la sûreté nucléaire à l’IRSN

La centrale nucléaire de Tricastin sera la première à subir la visite décennale visant à améliorer sa sûreté en 2019.

Conçus initialement pour fonctionner pendant 40 ans, les réacteurs du parc existant feront systématiquement l’objet pendant la prochaine visite décennale d’une étude visant à voir s’ils peuvent fonctionner dix ans de plus, comme le prévoit EDF dans le cadre de son "grand carénage", appuyé par le Gouvernement. Le premier réacteur à subir cette étude approfondie sera le réacteur 1 de Tricastin en 2019. Comme celui-ci atteindra quarante ans, il s’agira de sa quatrième visite décennale. Les explications de Thierry Charles, directeur général adjoint de l'IRSN, chargé de la sûreté nucléaire.

Industrie & Technologies : Quels sont les objectifs du grand carénage ?

Thierry Charles : Le grand carénage est un vaste programme lancé par EDF pour prolonger la durée de vie des réacteurs dix ans et améliorer leur sûreté. Les réacteurs actuels ont été conçus pour aller jusqu’à 40 ans. Pendant le quatrième examen décennal, l’exploitant regardera s’il est possible d’aller au-delà.  Certains matériaux ont par exemple été qualifiés pour quarante ans. Il faut regarder s’ils peuvent garder leurs caractéristiques dix ans de plus. Les éléments les plus sensibles sont les éléments qui ne sont pas remplaçables. Il y en a deux : la cuve du réacteur et l’enceinte. Les réacteurs en acier subissent l’impact des particules radioactives. Pour anticiper le vieillissement de l’acier, des témoins du même métal  sont placés dans la cuve puis retirés et observés régulièrement. De même, l’enceinte en béton est surveillée. . 

I&T : Quels autres points seront regardés lors de cette quatrième visite décennale ?

T.C : Les visites décennales incluent les réexamens de sûreté, une vérification totale de l’installation. En repartant de zéro, la réévaluation de la sûreté du réacteur est faite à la lumière des connaissances actuelles. Par principe, les examens de sûreté doivent donc améliorer le niveau de sûreté des installations. Certains équipements comme le contrôle-commande sont par exemple modifiés pour raison d’obsolescence.  En 2019, l’idée sera donc de se rapprocher des objectifs de sûreté de l’EPR, apparu depuis la dernière visite décennale. Un point très important est que les premiers réacteurs n’ont pas été conçus pour prendre en compte la fusion du cœur, au contraire des EPR, qui sont équipés d’un récupérateur de corium. Lors du prochain examen de sûreté, EDF devra donc répondre aux grandes avancées réalisées avec l’EPR : éviter au maximum les conséquences sur l’environnement, en particulier en cas de fusion du coeur. Mais on aura toutefois jamais l’équivalent des EPR.

I&T : L’examen intégrera-t-il les leçons de Fukushima ?

T.C : EDF a défini trois phases pour mettre en place son programme  "post fukushima". Tout d’abord, il a mis en place un groupe électrogène temporaire sur tous les réacteurs. Ensuite il a mis en place la FARN (Force d’action rapide du nucléaire). 4 bases en France ont été mises en place. Entre 2016 et 2019 enfin, EDF procédera à la mise en place du système d’ultime secours dont font partie les systèmes diesel qu’il est prévu d’installer sur chaque réacteur. Ce diesel d’ultime secours sera dimensionné pour des niveaux de séismes plus importants que ceux prévus actuellement pour les installations. Il doit garantir le refroidissement du réacteur en cas d’agression très élevée. Il sera installé juste avant que ne commencent les visites décennales.

I&T : Concrètement, comment peut-on mettre les réacteurs existants au niveau de sûreté des EPR ?

T.C : Les objectifs de sureté de l’EPR sont de limiter au maximum dans le temps et l’espace les conséquences sur l’environnement d’un accident, de sorte que les zones que nous devrions évacuer soient aussi réduites que possibles. Les mêmes méthodes et types de calculs doivent être effectués. Dans le cas d’une fusion du cœur par exmple, le corium, dont la température avoisine les 2 000°C, peut traverser la cuve [ce qui s’est passé à Fukushima, NDLR], et tomber en dessous sur le radier. Le risque, c’est alors que le radier se perce aussi, aboutissant à la dispersion du corium hautement radioactif dans l’environnement. Dans le cas de l’EPR, un récupérateur de corium est placé entre la cuve et le radier. Mais ces récupérateurs n’existent pas sur les réacteurs existants, qui n’en ont d’ailleurs pas la place. La solution étudiée est de mieux étaler le corium sur le radier, de sorte qu’il soit plus facile à refroidir, puis de pouvoir verser de l’eau dessus. 

I&T : Les autres pays procèdent-ils de la même manière en termes de sûreté ?

T.C : Les pratiques sont très variables selon les pays. Les Etats-Unis n’ont pas la démarche de renforcement que nous avons après un accident grave. Les pays d’Asie, dont le Japon, se fixaient seulement comme objectif de conserver le niveau de sûreté de départ. La démarche n’est pas aussi complète qu’en France où l’on regarde la conformité, mais aussi ce qui peut être amélioré. Suite à Fukushima, les japonais font cependant évoluer leurs pratiques. Mais la France est clairement en pointe avec la mise en place de son "noyau dur" suite à Fukushima.

I&T : Que pensez-vous des propos du directeur de l’ASN selon lesquels l’organisme n’aura pas les moyens d’assurer sa mission ?

T.C : Du côté d’EDF, le quatrième examen décennal va être nettement plus long que les précédents. La dépense va être étalée sur une dizaine d’années et EDF devra définir des priorités. Dans le cas de l’ASN, comme de l’IRSN, nos moyens ne permettront pas de tout faire dans les délais. Il faudra que l’IRSN se prononce sur les actions prévues pour les réexamens de sûreté avant 2019, après avoir reçu le dossier d’EDF en 2017. Il faudra aussi que l’on examine le dossier de redémarrage de l’EPR. Nous devrons aussi examiner le dossier intermédiaire d’Iter en 2017, et enfin celui de l’EPR nouveau modèle (EPR NM). Nous serons devant un pic de charge pour lequel nous aurons besoins de forces supplémentaires.

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