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Nucléaire : Halte à «l'EPR bashing», plaide Xavier Ursat, directeur de l’ingénierie du nouveau nucléaire chez EDF

Nucléaire : Halte à «l'EPR bashing», plaide Xavier Ursat, directeur de l’ingénierie du nouveau nucléaire chez EDF

Xavier Ursat EDF

Mercredi 16 mars, la SFEN organisait sa convention 2016 sur le thème «le nucléaire innove en 2030». A cette occasion, Xavier Ursat, le directeur éxécutif d’EDF en charge de l'Ingénierie et des projets Nouveau nucléaire, s’est exprimé sur les difficultés que traverse la filière du nucléaire français, EDF en tête. Point clé à améliorer pour sortir de la crise : améliorer la compétitivité de l'EPR.

Palais Brongniart, place de la bourse, 2e arrondissement de Paris : les acteurs du nucléaire étaient invités par la Société française d’énergie nucléaire (SFEN) à sa convention 2016 sur le thème de l’innovation, dans un contexte de crise de la filière, en particulier d'EDF. Dès le début de la journée, Christophe Béhar, président de la SFEN et ancien directeur du département de l’énergie nucléaire du CEA, donne le ton : « Innover c’est avancer dans les situations difficiles. Il peut y avoir une tentation de réduire les budgets de R&D : c’est une erreur. L’innovation coûte cher maintenant mais c’est probablement un gage de survie ». La filière – la 3e industrie du pays selon Christophe Béhar -  ne peut pas faire semblant d’ignorer les défis qui se présentent à elle mais compte bel et bien sur l’innovation pour la sortir des difficultés dans lesquelles elle est engluée.

La question clé des allocutions de la matinée portait donc bien sur l’amélioration de la compétitivité de la filière nucléaire française. Non pas tant sur le territoire français d’ailleurs. S’il s’agit d’être compétitif, c’est aussi face à la concurrence montante des autres acteurs du nucléaire à l’étranger. « Il est nécessaire de regarder le paysage général et qui va faire les réacteurs demain. Deux acteurs clé sont à regarder de près : la Chine et la Russie », a estimé Christophe Béhar.

Le financement, clé de la compétitivité française

« Il nous faut démontrer que la France peut être une des cinq industries dans le monde capables de déployer le nucléaire », déclarait un peu plus tard devant l’assemblée Xavier Ursat, le directeur éxécutif d’EDF en charge de l’Ingénierie et des projets Nouveau nucléaire. « Le parc français est une des plus belles réussites industrielles. Il faut que nous puissions faire la même chose en France et ailleurs en 2030 ». Xavier Ursat a une conviction « seuls les cinq meilleurs ont leur place, et nous ne pouvons pas être un grand acteur en étant présent dans un seul pays. » Or deux choses minent la compétitivité de la filière française, qui pourrait l’empêcher de se placer parmi ceux qui comptent demain. D’une part le contexte de marché compliqué. « Le niveau de prix très bas de l’électricité en Europe ne donne aucun signal à long terme pour les investisseurs », détaille Xavier Ursat. Et pose ainsi de réelles difficultés pour le financement du nouveau nucléaire. La raison ? La baisse des cours du charbon et du gaz auxquels est corrélé le prix de l’électricité, entraînant une baisse de celle-ci de 20 à 30 % dans les trois derniers mois. Tandis que les énergies renouvelables progressant, l’Europe se retrouve en situation de surcapacité. Second élément majeur pour la filière : la difficulté des projets récents, notamment les réacteurs EPR d’Olkiluoto et Flamanville accusant des retards et une hausse de coûts drastiques.

« Nous devons atteindre les résultats auxquels nous nous engageons. »

Pour retrouver la compétitivité, Xavier Ursat cite six éléments importants : le besoin d’un bon modèle de réacteur, d’une filière compétente, de travailler sur les effets de série, d’innover, notamment en termes de recherche partenariale, d’attirer de nouvelles compétences, et enfin, d’atteindre les objectifs, en particulier les délais de construction. « Le dernier point est le plus important, précise Xavier Ursat. Nous devons atteindre les résultats auxquels nous nous engageons si nous voulons peser dans le monde ». Et ce malgré le modèle atypique sur lequel repose le nucléaire, qui impose de voir à très long terme. « Un réacteur de forte puissance compétitif demande au moins un investissement de 5 milliards dépensés sur 5 à 8 ans, pour gagner sa vie de la 11e à la 70e année » décrit Xavier Ursat.

L’EPR NM : « le navire amiral de l’industrie nucléaire française »

Les solutions ? Commencer, déjà, par rompre avec "l’EPR bashing", à l’œuvre depuis quelques années, plaide, agacé, Xavier Ursat. « Il faut cesser avec cette vieille attitude française.[…] L’EPR est très performant et a d’immenses atouts ». Puis, s’orienter résolument vers l’EPR nouveau modèle (EPR NM). « Nous y travaillons avec un objectif : le rendre plus facile à construire et à industrialiser. L’EPR NM doit être sur le marché à la fin de la décennie prochaine. Il sera alors le navire amiral de l’industrie nucléaire française. » Et aussi l’élément clé du renouvellement du parc français, l’installation des deux premier EPR NM étant prévue avant 2030 sur le territoire français. « Nous aurons à jouer sur les effets de série. Le renouvellement du parc français devra être fait sur le même modèle que le premier parc : faire un copier-coller des réacteurs ».

Du côté de l’innovation elle-même, elle est à rechercher partout selon Xavier Ursat, sur le plan technique, organisationnel et, surtout, partenarial, pour en faciliter le financement. « La moitié des réacteurs construits demain seront chinois. Nous réfléchissons à des partenariats à construire avec eux ». Enfin, quant à l’atteinte des résultats, « c’est la responsabilité première de la filière. La crédibilité de notre industrie dépend de notre capacité à tenir les plannings et les délais. » Xavier Ursat compte notamment sur la capacité de la filière à construire des îlots nucléaires grâce à l’ingénierie commune à Areva et à EDF, « à quelques semaines d’une offre d’achat d’Areva NP ».

Hinkley Point : une carte de visite pour demain

« Le pays outre-manche est prêt à nous confier le renouvellement de son parc  nucléaire, conclut Xavier Ursat. C’est une opportunité exceptionnelle pour la filière française de s’engager dans Hinkley Point. Et pour demain, une carte de visite extraordinaire pour attaquer les autres marchés : l’Inde, l’Afrique du Sud, et certains pays de l’est ».

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