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Nucléaire : Comment EDF veut mettre son parc au même niveau de sûreté que celui de l’EPR

Nucléaire : Comment EDF veut mettre son parc au même niveau de sûreté que celui de l’EPR

Extension du périmètre de protection autour des centrales, déclarations alarmantes du responsable de l'ASN (Autorité de la Sûreté Nucléaire), déboires financiers d'EDF..., la filière du nucléaire  est plus que jamais mise à mal en France. 30 ans après la catastrophe de Tchernobyl, la sûreté des centrales nucléaires est aussi et toujours un sujet majeur. Les 58 réacteurs français ne cessent pourtant d'être renouvelés, voire mieux : EDF a comme objectif de les mettre au même niveau de sûreté que les EPR en train d'être construits, selon Philippe Sasseigne, directeur du parc nucléaire chez EDF, et Thierry Charles, directeur général adjoint de l'IRSN, chargé de la sûreté nucléaire.

« Nous nous engageons à mettre les meilleures techniques disponibles sur le marché en termes de sûreté,» expliquait lors d’une conférence de presse Philippe Sasseigne, directeur du parc nucléaire existant chez EDF.« Après 40 ans, EDF vise pour ses centrales les standards de sûreté des EPR.»

Objectif principal des mesures de sûreté de l’EPR ? : « en cas de fusion du cœur, les rejets et les conséquences sur l’environnement doivent être aussi faibles que possible, pour garantir que la population alentour reste sur place ».

Aucun autre pays n’a ce niveau de sûreté, précise Philippe Sasseigne, rappelant par ailleurs que sur les 58 centrales : environ 6 000 événements sont enregistrés par an, dont moins de 10 % de niveau 1, et tous les autres de niveau zéro. Philippe Sasseigne veut rassurer. Le risque zéro, bien sûr n’existe pas. Mais tout est mis en œuvre pour maintenir le parc nucléaire performant. Voire plus. De nombreux éléments sont régulièrement changés lors des visites décennales, et remis au dernier cri de la technologie. Après les accidents de Three Miles Island et de Tchernobyl, des modifications avaient ainsi été effectuées. Après Fukushima, un programme "post Fukushima" a été initié, doté de 10 milliards d’euros, et basé sur la mise en place d’un "noyau dur", notamment un générateur d’électricité diesel surdimensionné par rapport aux séismes pris auparavant en compte. « J’entends dire que plus les réacteurs vieillissent, alors plus ils sont dangereux. Mais c’est exactement l’inverse, » conclut Philippe Sasseigne.

« La coexistence de réacteurs au niveaux de sûreté différents n'est pas bonne »

Très bien. Mais mettre au même niveau de sûreté  les réacteurs du parc existant, dont la moyenne d’âge varie entre trente et quarante ans, et les actuels EPR, conçus bien différemment, qu’est-ce que cela signifie ? Thierry Charles, directeur général adjoint de l'IRSN (Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire), chargé de la sûreté nucléaire (l'IRSN donne un avis sur ce que propose EDF pour remplir les objectifs de sûreté que lui assigne l’Agence de Sûreté Nucléaire (ASN) ) nous explique: « A l’avenir, nous aurons peut-être  en moyenne en France 30 réacteurs en fonctionnement aux côtés des EPR. Voir coexister des réacteurs qui n’ont pas les mêmes niveaux de sûreté n’est pas bon. L’ASN a donc demandé que les réacteurs existants rapprochent leur niveau de sûreté de l’EPR. Les mêmes méthodes et types de calculs doivent être effectués. Par exemple, il est postulé sur l’EPR qu’après l’occurrence d’un événement, la machine fonctionne pendant 30 minutes  sans qu’un opérateur soit obligé d’agir. Cela laisse le temps de la réflexion. Ce délai est de 20 minutes pour les réacteurs existants. Aussi faut-il réfléchir au moyen de faire passer ce délai à 30 minutes ».

Eviter la fusion du coeur

Mais in fine, l’objectif ultime de la sûreté de l’EPR, c’est zéro dégât sur l’environnement, même  en cas de la fusion du cœur [qui s’est produite lors de l’accident de Fukushima, NDLR]. Or nos 58 réacteurs n’ont pas été conçus, ni pour se protéger de cet accident majeur, ni pour faire face s’il arrivait. Pourtant, là encore, l’ASN a fixé comme objectif à EDF de viser le même niveau de sûreté que celui des EPR. « Depuis Three Miles Island, beaucoup d’actions ont été initiées pour limiter les occurrences de fusion du cœur, commente Thierry Charles. Des filtres à sable ont d’abord été mis en place. En cas de montée en pression du cœur, on ouvre des vannes vers l’extérieur, et l’eau s’écoule dans les filtres à sable. Les conséquences sont importantes mais moins que si l’enceinte explose. Après Tchernobyl, des recombineurs d’hydrogène ont ensuite également été mis en place pour éviter une explosion due à l’hydrogène produit lors de la fusion du cœur. Ces systèmes passifs recombinent l’hydrogène en vapeur d’eau ».

« Lors de la quatrième visite décennale, nous chercherons à nous mettre au niveau de l’EPR, continue Thierry Charles : les conséquences sur l’environnement hors du site doivent être limitées dans le temps et l’espace, de sorte que les zones que nous devrions évacuer soient aussi réduites que possibles. EDF a donc comme nouvel objectif de ne pas avoir à utiliser les filtres à sables en cas de fusion du cœur. La solution étudiée actuellement par EDF est d’éviter la montée en pression de l’enceinte en évacuant l’énergie à l’extérieur avec un système de circulation d’eau, qui sera alimenté par ce fameux diesel d’ultime secours ».

Pour le cas d'une fusion du coeur, mettre un équivalent du récupérateur de corium

« Si l’accident va jusqu’au bout, le corium, dont la température avoisine les 2 000°C, peut traverser la cuve [ce qui s’est passé à Fukushima, NDLR], et tomber en dessous sur le radier. Le risque, c’est alors que le radier se perce aussi, aboutissant à la dispersion du corium hautement radioactif dans l’environnement. Dans le cas de l’EPR, un récupérateur de corium est placé entre la cuve et le radier. Mais ces récupérateurs n’existent pas sur les réacteurs existants, qui n’en ont d’ailleurs pas la place. La solution étudiée est de mieux étaler le corium sur le radier, de sorte qu’il soit plus facile à refroidir, puis de pouvoir verser de l’eau dessus. Pour mieux étaler ce corium, les solutions sont notamment d'ajouter une épaisseur de béton réfractaire ».

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