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Nucléaire : 200 000 kW sous les mers

Jean-François Preveraud
Nucléaire : 200 000 kW sous les mers

Un parc de centrales Flexblue immergées à quelques kilomètres des cotes.

© DR

DCNS a dans ses cartons un projet de centrales électriques nucléaires implantées au fond des mers, baptisé Flexblue. Le constructeur vient d’annoncer qu’il va lancer avec Areva, le CEA et EDF, les premières études approfondies de validation.



Pour faire face à la demande grandissante d’énergie électrique, et au regain d’intérêt vis-à-vis du nucléaire, de nombreux pays (Etats-Unis, Japon, Russie…) mènent actuellement des études de réacteurs de petite et moyenne puissance (SMR), bien souvent issus des technologies associées à la propulsion nucléaire de navires.

La France maîtrise l’ensemble de ces technologies, notamment les capacités de conception et de construction de ce type de réacteurs, d’intégration systèmes, et de recherche sur les combustibles. Ainsi Areva, leader mondial de l’énergie nucléaire, a lui aussi lancé un programme d’étude de petits réacteurs de 100 MWe, qui pourraient compléter sa gamme de réacteurs de génération 3 (EPR, Atmea et Kerena). L’étude destinée à évaluer l’intérêt de développer un tel produit s’appuie elle aussi sur la compétence d’Areva dans le domaine des petits réacteurs embarqués.

Une centrale au fond des mers

Toujours en France, depuis deux ans et demi, DCNS, spécialiste du naval de défense, de l'énergie nucléaire civile et des énergies marines renouvelables, travaille sur Flexblue, un concept de centrale électrique nucléaire de petite puissance (50 à 250 MWe), dont l’originalité est qu’elle soit destinée à être immergée au large de pays disposant de façades maritimes, pour alimenter leurs villes côtières. DCNS estime que le marché potentiel serait de 200 centrales sous-marines de moins de 300 MWe dans les vingt ans à venir. 


    

                 Une forme et des dimensions similaires à celles des sous-marins nucléaires.



Le concept Flexblue promu par DCNS :
 

  • est fondé sur des technologies éprouvées. Le constructeur s’appuie en effet sur une expérience de 40 ans dans la maîtrise d’œuvre de sous-marins à propulsion nucléaire, dont les chaufferies sont réalisées sous la responsabilité d’Areva-TA ;
     
  • dispose des atouts propres aux réacteurs nucléaires de petite et moyenne puissances (progressivité de l’investissement, flexibilité d’adaptation à la demande…) ;
     
  • est standardisé, entièrement construit au chantier naval à Cherbourg et transporté par barge sur les lieux d’immersion et d’exploitation. 


Un projet qui a suscité l’intérêt d’EDF et d’Areva, notamment grâce à son caractère modulaire et standardisé. 


 

Une centrale contruite et validée dans un chantier qui sera transportée et immergée sur place 
par des navires de transports aujourd'hui spécialisés dans les plates-formes pétrolières off-shores

 

Une étude de faisabilité approfondie 

 

Fiche technique de Flexblue

Forme : Cylindrique ;
Longueur : Une centaine de mètres ;
Diamètre : Environ 12 à 15 mètres ;
Puissance : 50 à 250 MWe ;
Composition : Une petite chaudière nucléaire ; un groupe turbo-alternateur ; une usine électrique et des systèmes auxiliaires. Des câbles sous-marins achemineraient l’électricité produite par Flexblue vers la côte ;
Masse : Environ 12 000 tonnes ;
Ancrage : Par 60 à 100 mètres de fond, à quelques kilomètres des côtes ;
Exploitation :Télé-opérée, elle alimentera en électricité des zones regroupant entre 100 000 et 1 million d’habitants. 
 

Afin de se positionner sur le futur marché des SMR, la France a décidé de mettre en place un programme d’étude approfondie sur les réacteurs de petite et moyenne puissance. Dans ce contexte, DCNS va, en partenariat avec Areva, EDF et le Commissariat à l’énergie atomique (CEA), engager une nouvelle phase de développement de son concept Flexblue, qui approfondira notamment les points suivants :
 

  •      Options techniques et industrielles du concept ;
     
  •      Marché potentiel ;
     
  •      Conditions de la compétitivité économique de ce type d’unité par rapport à d’autres sources de production 
         d’énergie ;
     
  •      Problématique de la lutte contre la prolifération ;
     
  •      Spécificité, eu égard à la sûreté et à la sécurité, d’installations immergées en démontrant un niveau de sûreté
         homogène avec celui des réacteurs de troisième génération.


Une équipe projet d’environ 150 ingénieurs, détachés des différents partenaires, devrait conduire ces études durant une période de deux ans. « Ce qui représenterait un investissement de quelques dizaines de millions d’euros » lâche-t-on chez DCNS. Ainsi en 2013, la décision de construire un prototype pourrait être prise. Celui-ci devrait être alors opérationnel vers 2017.

Reste que s’il s’agit d’un beau défi technologique, il faudra aussi convaincre l’Autorité de sureté nucléaire (ASN) du bien fondé de ce concept novateur. En effet, en cas d’accident, l’eau des océans offrira effectivement une barrière naturelle aux radiations et assurera un refroidissement efficace, mais ne facilitera pas la tâche des spécialistes qui seront obligés d’intervenir. Et que vont penser les opinions publiques qui se verront confrontées à un risque nucléaire invisible jusque sur la plage de leurs vacances ?

Jean-François Prevéraud

Pour en savoir plus : http://www.dcnsgroup.com

 

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