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Nous tenons à maîtriser nos technologies de A à Z

Propos recueillis par Ridha Loukil
- Après l'impression au transfert thermique puis l'impression au laser, Brother affiche aujourd'hui de grandes ambitions dans les multifonctions au jet d'encre. Son ambition : doubler son chiffre d'affaires en cinq ans (3,2 milliards d'euros en 2004). Pour cela, cette entreprise familiale de 17 000 personnes mise sur sa capacité interne d'innovation.

Industrie & Technologies : Après le transfert thermique puis le laser, vous avancez actuellement sur l'impression au jet d'encre. D'où vient cette technologie ?

Kaoru Nomura : Nous l'avons mise au point en interne. Le développement du moteur d'impression nous a pris près de dix ans et a coûté probablement un milliard de dollars. L'encre est délivrée par action piézo-électrique comme sur les imprimantes d'Epson. Par rapport à la variante à bulle d'encre de Canon (la même que celle de HP), ce procédé offre l'avantage d'accepter une plus grande variété d'encres. La seule contrainte c'est que l'encre doit présenter un pH donné, extrêmement précis. C'est pourquoi nous développons et fabriquons nous-mêmes les encres utilisées sur nos machines.

I. T. : Pourquoi ne pas l'avoir achetée auprès d'Epson, par exemple, comme Dell l'a fait auprès de Lexmark ?

K. N. : Nous ne voulons pas acheter les brevets des autres. Nous tenons à maîtriser de A à Z les technologies clés au coeur de nos produits. Ce qui n'exclut pas des échanges croisés de brevets ou des partenariats dans des domaines précis comme, par exemple, la connexion aux réseaux. Le fait de développer par nous-mêmes les technologies nous permet de nous distinguer de la concurrence et de mieux répondre au marché que nous ciblons. Aujourd'hui, même si nous partageons avec Epson la même technologie de base, nous agissons sur deux voies différentes. Alors qu'Epson privilégie la qualité d'impression, comme le demande le marché de la photo numérique notamment, nous portons notre effort sur la vitesse et la productivité, critères bien plus importants sur le marché des appareils multifonctions qui constituent notre cheval de bataille aujourd'hui. En 2004, il s'est vendu 60 millions d'imprimantes multifonctions dans le monde, soit plus d'une machine sur deux. Brother en a fourni 4 millions. Notre ambition est de prendre 10 % du marché dans deux ans.

I. T. : Sur quoi porte votre R&D aujourd'hui ?

K. N. : Bien sûr, nous travaillons sur les trois éléments constitutifs d'une imprimante : la tête d'impression, l'encre et le papier. Aujourd'hui, la tête d'impression a une largeur standard d'un pouce. Sur les nouveaux appareils, que nous avons lancés cette année, elle offre une vitesse de vingt pages par minute en noir et blanc et de quinze pages par minute en couleurs. Pour aller plus vite, nous cherchons à en augmenter la largeur. De même, nous pouvons imaginer y mettre dans l'avenir plus que les 370 buses actuelles d'alimentation d'encre, afin d'améliorer la résolution d'impression.

Autre objectif : rendre nos appareils multifonctions plus faciles à utiliser. Aujourd'hui, une imprimante simple est plug and play : elle est prête à fonctionner aussitôt qu'elle est branchée. Ce n'est pas le cas d'un appareil multifonction qui nécessite d'être configuré lors de son installation. Nous travaillons pour le rendre plug and play.

I. T. : Quelle est votre position en matière de propriété intellectuelle ?

K. N. : Nous déposons chaque année entre 700 et 800 brevets. Trop peu par rapport à Canon ou Epson. Notre objectif est de dépasser les 1 000 brevets par an.

I. T. : Est-ce que vous vous intéressez aux nanotechnologies ?

K. N. : Absolument. Nous collaborons sur le sujet avec des universités et des instituts de recherche académique. Ceci dans l'objectif d'aboutir à des têtes d'impression de plus grande précision. Mais il s'agit encore de recherches très en amont. À ce stade, nous ignorons quand elles vont déboucher réellement. Probablement pas avant dix ans.

I. T. : Cherchez-vous à appliquer votre technologie jet d'encre à la fabrication de grands écrans plats comme le font Epson, Canon ou Xerox ?

K. N. : Je ne peux pas vous répondre sur ce point précis. En nous appuyant sur notre expérience dans la télécopie et la communication via les réseaux, nous cherchons à nous diversifier en créant des produits inédits. C'est ainsi que nous avons développé un karaoké à disque dur. Connecté au réseau RNIS, il peut recevoir en ligne et stocker jusqu'à 20 000 chansons à partir des 300 serveurs que nous avons mis en place au Japon. Le client est ainsi affranchi de l'encombrement et de la gestion de CD. Sur un parc de 150 000 appareils actuellement en fonctionnement au Japon, 40 000 viennent de chez nous. Cette nouvelle activité s'avère extrêmement profitable. Nous avons aussi ouvert un service de téléchargement de musique pour le téléphone portable. Nous disposons déjà de 6 millions d'abonnés. Ce service rapporte également beaucoup d'argent. Nous préparons une autre diversification utilisant notre expérience dans les télécoms. Mais pour le moment, le projet est confidentiel.

I. T. : Quels sont vos projets en Chine ?

K. N. : Nous sommes en train d'y ouvrir un centre de R&D. Mais nous rencontrons le plus grand mal à trouver de très bons techniciens. Nous sommes obligés de les payer presque plus cher qu'au Japon.

LES CHIFFRES CLÉS

La R&D chez Brother - 250 millions de dollars par an de budget, soit 7,5 % du chiffre d'affaires - 600 personnes - 3 laboratoires : un à Nagoya (Japon), un à New Jersey (États-Unis) et un nouveau en Chine - 700 à 800 brevets par an

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