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« Nous sommes dans la deuxième bulle du spatial », affirme Marc Leminh, directeur de l'innovation de Kinéis

PROPOS RECUEILLIS PAR XAVIER BOIVINET

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« Nous sommes dans la deuxième bulle du spatial », affirme Marc Leminh, directeur de l'innovation de Kinéis

© Kinéis-Nuuk-photographies

Le 3 février, Kinéis a levé 100 millions d’euros pour mettre en place sa constellation de 25 nano-satellites dédiés à l’internet des objets. Son directeur de l’innovation, Marc Leminh, confie à Industrie & Technologies comment ce projet s’inscrit parmi les multiples projets de constellations de satellites qui foisonnent aujourd’hui.

Kinéis a levé 100 millions d’euros le 3 février dernier. A quoi vont-ils servir ?

L'essentiel financera des investissements pour la production et les achats de 25 nano-satellites ainsi que leurs lancements, une vingtaine de stations au sol, notre centre de mission avec l’infrastructure informatique pour traiter la donnée, et des études diverses. Un autre investissement concerne le développement de terminaux pour que les utilisateurs puissent communiquer avec les satellites.

Ces 100 millions d'euros financeront nos 10 prochaines années d’activité. Après, nous serons autosuffisants. C'est à dire que nous génèrerons suffisamment d’argent pour lancer une deuxième génération de satellites. Cette nouvelle génération sera légèrement moins chère que la précédente.

Vos 25 premiers nano-satellites seront basés sur l’architecture d’Angels, lancé en décembre dernier. Quelles modifications allez-vous y apporter ?

Les nano-satellites Kinéis seront légèrement plus gros car ils seront équipés d’un système de propulsion et certains embarqueront deux charges utiles. Ils auront donc besoin de plus d'énergie, donc de plus de batteries et de panneaux solaires. Ils seront basés sur une architecture 16U (20x20x40cm) alors qu’Angels est basé sur du 12U.

La première charge utile, présente sur tous nos satellites, sera compatible avec le système Argos mais aura une bande passante plus large par rapport à celle d'Angels. La modulation sera améliorée, c’est-à-dire la façon avec laquelle le signal radio transmet les informations. De plus, elle pourra aussi bien recevoir des messages qu’en envoyer vers des terminaux au sol. En plus de cette charge, un système SAT-AIS sera embarqué sur 10 de nos 25 satellites pour la localisation des bateaux.

La propulsion ionique que nous ajouterons servira à positionner les satellites sur leur plan, à éviter toute collision, et à les désorbiter en fin de vie. Nous avons choisi la société autrichienne Enpulsion pour nous accompagner.

Le système Argos existe avec des charges utiles intégrées sur sept gros satellites américains, européens et indien. Quel est l’intérêt d’avoir votre propre constellation ?

Cela permettra d’abord de contrôler les orbites de nos satellites. Le système Argos est aujourd’hui tributaire de celles où opèrent les gros satellites – qui ne nous appartiennent pas - sur lesquels sont embarquées les charges utiles Argos en tant que passagères. Ces orbites ne sont pas forcément les meilleures. De plus, les opportunités d’emport sur des satellites porteurs se font plus rares.

Une autre raison est le coût d’adaptation d’une charge Argos sur un satellite porteur. Il est très élevé : 10 millions d’euros pour la dernière opération de ce type en date. C’est beaucoup comparé aux 100 millions que nous allons investir pour 25 nano-satellites et un réseau de stations sol.

Des projets de constellations ont existé par le passé et ont échoué. Aujourd’hui, il semble y avoir un nouveau foisonnement de ce type de projets...

Effectivement, il y a un peu plus de 25 ans, il y a eu une première bulle du spatial avec les projets de constellations comme Iridium, Gobalstar, Orbcomm, ou encore Teledesic. Il y avait une dynamique impressionnante avec énormément de projets et d’argent dans le spatial. Puis tout est retombé. Aujourd’hui, nous sommes dans une deuxième bulle avec de nouveau beaucoup d'argent, de technologies et d'entrepreneurs. Mais les investisseurs sont plus prudents et choisissent avec précaution leur investissement.

Pourquoi réussiriez-vous là où les précédents ont échoué ?

Les coûts ont fortement baissé, aussi bien au niveau des satellites, et notamment les petits, que des lanceurs. Nous pensons pouvoir construire et mettre en orbite nos satellites pour un coût unitaire divisé par 10.

Le point faible de notre industrie reste les lanceurs. Ils sont encore chers malgré des coûts qui ont beaucoup baissé. Aussi bien de manière structurelle avec des sociétés comme SpaceX, mais aussi avec la possibilité de partager les frais en intégrant des petits satellites au lancement d’un gros satellite principal. C'est un nouveau concept qui n'existait pas avant, tout comme les micro-lanceurs, qui permettent à de petites cargaisons d’être emportées où et quand on le souhaite.

Les marchés sont-ils là ?

C’est le sujet principal. Chez Kinéis, nous avons le marché historique Argos et nous allons développer celui de l'IoT [internet des objets, ndlr] spatial. Nous voyons bien que la demande est là : nous sommes sollicités toutes les semaines sur de nouveaux projets. Des organismes qui font des études prospectives ont identifié qu'il y avait un marché suffisant pour faire vivre deux ou trois opérateurs spatiaux dans ce domaine. Nous comptons être un de ceux-là en visant quelques millions d’appareils connectés avec notre système d’ici dix ans.

Comment voyez-vous les projets de méga-constellations de type OneWeb ou Starlink ?

Ils souhaitent faire du « broadband », c’est-à-dire de la fourniture internet à haut-débit. Nous ne sommes pas sur le même segment de marché. Leurs satellites sont plus gros : 150 kg pour OneWeb, 260 kg pour Starlink. Ils sont aussi beaucoup plus chers et beaucoup plus nombreux. Donc ce sont des projets à plusieurs milliards de dollars.

Surtout, leurs terminaux utilisateurs ne sont pas utilisables pour faire de l'IoT. Ils sont trop gros, ont besoin d’une antenne importante et consomment trop d'énergie. C’est très bien pour faire de l'internet haut débit, mais pas adapté pour la transmission de quelques octets de données avec de la très basse consommation.

Réussiront-ils ?

L’avenir le dira et il y a encore beaucoup d’incertitudes… Même si d’énormes quantités de fonds ont été levées, la question du financement à moyen terme et donc du modèle économique de ces opérateurs doit être confirmée.

Nous avons vu dernièrement une levée de boucliers des astronomes qui s’inquiètent de la pollution lumineuse causée par ces projets de constellations. Qu’en pensez-vous ?

Ils ont raison et je les comprends parfaitement. Mais c'est un problème essentiellement lié à ces satellites plus gros et qui présentent une grande surface de réflexion une fois déployés. Ils se voient donc bien depuis le sol. De plus, ils comptent en envoyer des milliers. La pression est forte, et il semble que des solutions anti-réfléchissantes sont en bonne voie de fonctionner, j’espère qu’ils sauront les mettre en œuvre pour résoudre le problème.

Nos satellites Kinéis ne seront que 25. Et avec leur petite taille, croyez-moi, vous ne les verrez pas à l’œil nu depuis le sol.

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