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« Nous pouvons déjà réduire de 10 % les émissions de CO2 de chaque vol moyen-courrier », assure Sébastien Fabre DG de SITA for Aircraft

Propos recueillis par Émilie Dedieu
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« Nous pouvons déjà réduire de 10 % les émissions de CO2 de chaque vol moyen-courrier », assure Sébastien Fabre DG de SITA for Aircraft

Sébastien Fabre

© SITA

En rachetant la start-up Safety Line en juillet dernier, SITA, spécialiste des technologies de l'information pour le transport aérien, a ajouté à son portefeuille plusieurs solutions d'optimisation des vols. Comment ces outils peuvent-ils aider à la décarbonations du secteur aéronautique ? Réponse avec Sébastien Fabre, directeur général de SITA for Aircraft.

Industrie & Technologies : Comment les produits de Safety Line se positionnent-ils dans la stratégie de réduction carbone de SITA ? 

Sébastien Fabre : Nous sommes en partenariat avec Safety Line depuis fin 2019, début 2020, et nous avons conçu chacun de notre côté nos propres dispositifs d’optimisation. Cela fait trois ans que l’on travaille à proposer ce type d’outil. Nous avons commencé avec « eWas », qui permet d’analyser en temps réel la trajectoire de l’avion et de l’optimiser en fonction de la météo. La direction des vents et les événements météorologiques, comme les turbulences, ont un impact sur la consommation de carburant. Parfois voler plus haut ou plus bas, ou même faire un détour, permet de réduire la consommation de fuel de 5 à 6 % pour un moyen-courrier.

Safety Line a amené ses propres briques à l’édifice, avec son panel Optiflight, qui intègre les caractéristiques propres de l’appareil pour produire de meilleurs modèles. Chaque avion vole différemment et, en prenant en compte les données issues des boites noires, on peut donc adapter au mieux la vitesse et l’altitude de chaque vol et réduire la consommation de carburant donc les émissions de CO2. Ce qui est également intéressant, avec la synergie entre SITA et Safety Line, c’est que nous pouvons apporter les informations non seulement au sol, mais également au pilote, de manière à ce qu’il puisse prendre lui-même les décisions qui s’imposent. Cela permet de recalculer les trajectoires en temps réel et de donner les toutes dernières informations dont il pourrait avoir besoin.

Lorsque que toutes ces solutions sont appliquées en même temps, quelles économies un vol peut-il réaliser ?

Il y a de nombreux paramètres à prendre en compte, en fonction de la durée du vol et de l’appareil. Cependant, on estime que si l'on prend les vols d’un avion moyen-courrier équipé de nos dispositifs, rien que pour la partie « montée », c’est 2 % de fuel économisé. Soit chaque année par avion une réduction des émissions de CO2 de 255 tonnes et une économie financière de 50 000 à 60 000 dollars. Donc, pour une compagnie qui aurait une vingtaine d’avions, cela devient rapidement intéressant. En ajoutant les réductions sur le carburant de croisière, et en mettant tout cela bout à bout, on parle d’une réduction de 10 % des émissions de CO2 pour chaque vol moyen-courrier.

L’autre point d’optimisation possible concerne les opérations au sol. Vous avez dû le constater, avant de décoller, l’avion fait la queue, s’avance, s’arrête et redémarre. Toute cette partie de roulage représente 5 % des émissions totales d’un vol. C’est énorme. La prochaine étape de notre développement est donc de travailler ce point-là : faire en sorte que l’appareil parte de la porte au bon moment et qu’il ait une vitesse constante sans s’arrêter jusqu’au décollage. Au sol, la complexité, c’est de prendre en compte les données aéroportuaires ainsi que celles du contrôle aérien pour organiser tout ce flot dans la combinaison la plus efficace. En Europe, les aéroports vont bientôt avoir des objectifs de réduction des émissions carbone des opérations au sol, donc ce projet s'inscrit dans une dynamique globale.

Ce projet va-t-il être une co-innovation avec Safety Line ?

Oui, nous souhaitons mettre en place un dispositif capable, non seulement de contrôler les informations au sol, mais également d’avoir une prise sur la vitesse du vol, pour que l'avion puisse arriver au bon moment et ne pas tourner autour de l’aéroport. Nous avons donc besoin que le lien que SITA a avec le contrôle aérien vienne enrichir la technologie de Safety Line. Nous travaillons déjà avec une centaine d’acteurs du contrôle aérien. Il faut être soigneux lors de ces collaborations, et communiquer de façon claire, parce qu’en optimisant un aéroport, on peut "désoptimiser" le réseau de la compagnie aérienne ou un autre aéroport. Il faut donc avoir une vision mondiale.
Ces solutions de gestion du trafic au sol sont déjà en partie mises en place, mais nous ajoutons des améliorons au fur et à mesure, et les outils de Safety Line en sont de très importantes.

Vos outils sont-ils d’ores et déjà installés sur certains vols ?

Depuis que nous avons acheté Safety Line, les choses bougent très vite. Il y a clairement une demande très forte. Que ce soit en Asie ou en Amérique du Nord, nous faisons des démonstrations auprès des compagnies aériennes, en laissant directement les pilotes constater l’utilité de l’outil et les économies réalisées. Nous avons déjà vendu nos produits à des compagnies long-courrier, et beaucoup d’autres sont en phase de test. Nous sommes également en train d’adapter nos dispositifs à des avions d’affaires, comme le dernier Bombardier.

Quelle contribution les solutions basées sur le numérique peuvent-elles apporter à la décarbonations de l’aéronautique ?

Pour la décarbonation complète de l’industrie, on estime aujourd’hui que 40 % du chemin viendra de l’amélioration des moteurs et 40 %, des carburants alternatifs. Les 20 % restant reposent donc sur le numérique et l’amélioration des opérations. Et ce qui est intéressant, c’est que ce sont des choses que nous pouvons mettre en place dès maintenant. Et 20 % tout de suite, pour moi, c’est très important. En sachant que les carburants alternatifs arrivent très vite, nous avons le potentiel de réduire nos émissions carbones considérablement.

SITA est elle-même devenue neutre en carbone en début d’année. C’est un aspect primordial quand on amène des solutions pour réduire leurs émissions, et en particulier quand on propose des solutions numériques, parce qu'il ne faut pas oublier que les technologies de l’information polluent autant que le trafic aérien.
 

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