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« Nous ne créerons pas de Google européen sans recherche fondamentale », selon Geneviève Fioraso

Philippe Passebon

Mis à jour le 01/12/2014 à 07h55

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« Nous ne créerons pas de Google européen sans recherche fondamentale », selon Geneviève Fioraso

Geneviève Fioraso, secrétaire d'état chargée de l'Enseignement supérieur et de la Recherche

© Thomas Gogny

Forts en innovation mais faibles pour créer de la valeur. La France manquerait le passage à l'industrialisation des bonnes idées de ses chercheurs. Des technos sortent pourtant de nos laboratoires mais comment faire pour qu'elles soient plus nombreuses sur le marché ? A l'occasion de son dossier sur les trente technologies françaises de l'année, Industrie & Technologies est allé poser la question à Geneviève Fioraso, secrétaire d'état chargée de l'Enseignement supérieur et de la Recherche.

Industrie & Technologies : Quels sont les freins à l’investissement privé aujourd’hui en France ?

Geneviève Fioraso : En France nous nous situons dans une bonne moyenne de l’OCDE pour l’investissement public dédié à la recherche, au développement et à l’innovation, à hauteur de 0,8 % de notre PIB.  Mais nous sommes faibles dans la part privée car nous avons perdu des emplois industriels. Nous les avons perdus parce que notre gamme de produits et de services n’est pas suffisamment dans le moyen et haut de gamme. Pour changer cela, il nous faut davantage irriguer l’industrie et les services à l’industrie en innovations venues de la recherche, et dans le même temps pousser des filières industrielles, ce qui a été fait avec les 34 filières industrielles. Au niveau du gouvernement ont été également mis en place le Plan Innovation 2030 avec les sept grandes orientations d’Anne Lauvergeon et les pôles de compétitivité qui correspondent aux 34 filières. Pour les  jeunes entreprises innovantes, l’enjeu est d’en faire de grands groupes. On a trop souvent en tête « small is beautifull » en France, alors que l’on voit grand tout de suite. Nous avons une profusion de PME, mais quatre fois moins d’ETI qu’en Allemagne. Ce sont pourtant elles qui, disposant de la puissance de feu, peuvent devenir de grands groupes. Il nous faut aussi améliorer le financement du troisième tour de table car nombre de start-up y sont rachetées par des groupes étrangers. Je souhaite que le dispositif Large Venture et les autres dispositifs européens permettent de garder nos pépites.

I&T : Quel rôle la recherche fondamentale peut-elle jouer dans la création d’innovations?

G.F. : La technologie vient stimuler la recherche fondamentale et la recherche fondamentale pose des questions à la recherche technologique. La force formidable de Stanford en Californie tient au fait que l’on y crée des boîtes directement à l’intérieur de l’Université. Il y a un dialogue. Lorsque j’y suis allée avec le président de la République, j’ai vu comment des personnes comme Elon Musk, et les représentants de Google connaissaient les meilleurs chercheurs dans leurs domaines. Evidemment il serait bien que nous ayons un Google européen. Pour cela, nous avons besoin du socle de la recherche fondamentale, que ce soit au niveau européen dans le calcul haute performance, dans l’espace, au niveau des lanceurs mais aussi de la transition numérique du spatial, dans le domaine des biotechnologies avec le projet Human Brain ou encore dans le domaine des semi-conducteurs, sans quoi nous serons dépendants des technos de base des Etats-Unis et de l’Asie. Nous avons le potentiel qu’il faut en France, mais nous sommes aussi trop cloisonnés. Je crois beaucoup au changement culturel qui nous permettra de favoriser le transfert et la transformation de l’invention en innovation. Nous sommes bons en invention, pas mauvais en innovation, mais le lien entre les deux se fait mal.

I&T : Ne souffrons nous pas d’une inadéquation entre formation des doctorants à l’université et attentes des entreprises ?

G.F. : Il y a une difficulté liée à l’embauche des doctorants dans le public qui n’est pas compensée par le privé. Celui-ci finance pourtant 63 % de la recherche mais n’embauche que 25 % des doctorants. Culturellement, les entreprises embauchent davantage les ingénieurs de grandes écoles. Parmi les différents dispositifs, la meilleure façon d’embaucher des docteurs dans le privé, c’est de faire le doctorat en alternance, via la convention industrielle de formation par la recherche (CIFRE), surtout pour les PMI, PME et ETI, qui spontanément n’embaucheraient jamais un académique. Les contrats CIFRE fonctionnent bien et comptent 97 % d’insertion professionnelle dans l’année qui suit, dont 70 % dans le privé, pour plus de la moitié dans des PME, PMI et start-up. Les docteurs sont des gens autonomes qui savent se remettre en cause, sont créatifs et ont la capacité de pouvoir anticiper les besoins. Les entreprises ont besoin exactement de ce profil là pour produire de l’innovation. L’innovation de rupture vient davantage des académiques et de la recherche fondamentale que de ce qu’on appelle l’innovation incrémentale, les pas technologiques auxquels les ingénieurs sont plus adaptés.

I&T : N’avons-nous pas récemment perdu une occasion de réformer le Crédit impôt recherche ?

G.F. : Nous avons maintenu le crédit impôt-recherche car il faut de la constance pour les entreprises. Nous avons perdu en France au cours de ces douze dernières années environ 800 000 emplois dans l’industrie privée. Si l’investissement en  R&D avait suivi cette courbe de déclin, nous serions passés de 21 milliards euros à 18 milliards d’euros mais celui-ci était de 30 milliards d’euros en 2013, grâce au CIR. En outre, le CIR favorise les investissements sur le sol français de grands groupes étrangers en R&D. Notre dispositif est le plus favorable au monde, il faut en profiter. Bien sûr il faut l’évaluer. Mais quand on dit que les banques en profitent, d’une part on peut avoir une innovation dans le domaine du financement qui soit favorable aux entreprises innovantes et pas seulement à des produits financiers spéculatifs, et ensuite cela ne représente que 2 % de l’ensemble.

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