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Nous détectons le H5N1 dans les aliments

Propos recueillis par Michel Le Toullec Photo : Thomas Gogny
- Eurofins a été créé en 1987 à Nantes (Loire-Atlantique) sur la base de la technique SNIF-NMR (fractionnement isotopique naturel spécifique par RMN) inventée à l'université de Nantes pour l'analyse des vins. Aujourd'hui, il s'agit d'un groupe international spécialisé dans les services de bioanalyses. Eurofins est actuellement numéro 1 mondial des analyses agroalimentaires et numéro 1 européen des analyses environnementales.

Industrie et Technologies : Alors que la crise de la grippe aviaire est au coeur de l'attention du grand public, Eurofins vient d'annoncer un test de détection du virus H5N1.

Michèle Lees : En effet, nous avons lancé, en décembre, un test pour détecter dans les aliments la présence du virus H5N1. Par cette opération nous voulons rassurer les consommateurs mais aussi les industriels qui demandent de pouvoir tester les matières premières qu'ils sont amenés à utiliser dans leur production. Ce test est destiné à l'analyse de la viande et des oeufs crus. Il est basé sur l'utilisation combinée de la transcriptase inversée avec la PCR multiplexée permettant de détecter des séquences génétiques caractéristiques du virus.

I. T. : Quelles sont vos tout récents développements ?

M. L. : Nous avons dernièrement mis au point un test de détection de l'isopropylthioxanthone [ITX] dans le lait par chromatographie en phase gazeuse et spectrométrie de masse. L'ITX est une substance utilisée dans les encres d'imprimerie pour certains matériaux d'emballage. Notre test permet de déterminer s'il a migré de l'encre utilisée sur l'emballage vers le lait. Par ailleurs, nous avons développé un test permettant d'authentifier la variété de maïs transgénique Bt10. Ce test a été désigné par l'Union européenne comme le seul habilité à ce jour pour cette utilisation. Cette analyse a été mise au point par notre laboratoire spécialisé en biologie moléculaire GeneScan, qui est le leader mondial des analyses d'OGM.

I. T. : Au cours du dernier semestre 2005, Eurofins a élargi son portefeuille de technologies par plusieurs acquisitions. Quelles sont les incidences sur la R&D du groupe ?

M. L. : Fin 2005, Eurofins a en effet acquis Viralliance aux États-Unis, une société biopharmaceutique spécialisée dans le diagnostic des résistances aux médicaments antiviraux par des techniques de phénotypage. Cette entreprise intervient notamment au niveau de la résistance aux infections au VIH et aux hépatites. Cette opération nous renforce dans les domaines du médical et de la pharmacie, vers lesquels Eurofins compte étendre ses services mais aussi, à plus long terme, sa R&D. Notre entreprise a, par ailleurs, acquis pendant l'été 2005 le LEM, Laboratoire environnement et matériaux, situé à Saverne, en Alsace. Cette équipe est spécialisée dans l'analyse de l'amiante, des eaux naturelles et résiduaires, des sols, des déchets, des boues et de la qualité de l'air. Pour Eurofins, il s'agit, cette fois, de développer son activité d'analyse pour l'environnement.

I. T. : Dans l'analyse pour l'agroalimentaire, votre activité historique, quel est le thème de la convention de recherche entre Eurofins et l'Institut national agronomique Paris-Grignon ?

M. L. : Cet accord, signé en 2004, est consacré aux problématiques de traçabilité en agroalimentaire. Une thèse Cifre est actuellement en cours dans le domaine de l'analyse de jus de fruits. Dans le cadre de ce partenariat, le laboratoire d'Eurofins à Nantes exploite ses compétences dans les domaines de la RMN et des jus de fruits, tandis que l'INA-PG apporte ses connaissances dans le traitement des données. À l'issue de cette thèse, dans environ deux ans, nous espérons disposer d'une nouvelle méthode rapide d'authentification applicable aux jus de fruits, nectars ou confitures. Ce principe pourrait, par la suite, être adapté aux autres aliments sous forme liquide, notamment les produits laitiers. Nous avons par ailleurs un partenariat sur le long terme avec le Laboratoire d'analyse isotopique et électrochimique des métabolismes de l'université de Nantes. Cette collaboration porte sur le développement de nouvelles applications des méthodes comme la SNIF-NMR, inventée par Eurofins. La détection de l'adultération de l'huile d'olive est une de ces applications.

I. T. : Vous dirigez la recherche collaborative d'Eurofins. Quels sont les principaux programmes européens auxquels vous participez ?

M. L. : Deux programmes coordonnés par Eurofins à Nantes viennent de s'achever. Mené notamment avec l'Inra de Tours, le projet Fiatest porte sur le développement d'un test de détection du prion dans les animaux vivants. Il s'agit d'un immuno-essai avec détection par fluorescence permettant de déceler le prion dans le sang des bovins.

Le programme Counterpharm vise, quant à lui, l'utilisation de méthodes isotopiques pour la détection de contrefaçons dans les produits de chimie fine pour l'industrie pharmaceutique, les cosmétiques... Rhodia est l'un des partenaires de ce sujet qui a également pour objectif de limiter les problèmes de contournement de brevet.

Actuellement, nous participons au programme Co-Extra, mené par l'Inra de Versailles, sur la traçabilité des produits issus des cultures OGM. Enfin, Eurofins est partie prenante du vaste programme européen Trace sur le développement de systèmes intégrés visant à améliorer la traçabilité sur l'ensemble de la chaîne alimentaire. Ce programme entre dans le cadre de l'obligation de traçabilité pour tous les opérateurs du secteur alimentaire en Europe depuis le 1er janvier 2005.

LES CHIFFRES CLÉS

Eurofins dans le monde - 200 millions d'euros de chiffre d'affaires - 2 800 employés - 50 laboratoires en Europe, Amérique du Nord et du Sud - Un portefeuille de plus de 10 000 méthodes analytiques

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