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« Nous allons construire la gigafactory de batteries la plus efficace au monde », lance Christophe Mille, de Verkor

Propos recueillis par Aline Nippert

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« Nous allons construire la gigafactory de batteries la plus efficace au monde », lance Christophe Mille, de Verkor

© Verkor

Une levée de fond de 100 millions d'euros pour la startup grenobloise Verkor, actée mardi 6 juillet, qui lui permettra de construire un centre de R&D et une ligne pilote de ses cellules de batterie. Objectif : installer une gigafactory en France d'une capacité de production de 50 GWh d'ici 2030. Décryptage de cette aventure entrepreneuriale et industrielle avec Christophe Mille, CTO et cofondateur.

Fondée il y a seulement un an, la startup grenobloise Verkor a annoncé avoir levée 100 millions d’euros, mardi 6 juillet, invitant à bord cinq nouveaux partenaires financiers, parmi lesquels deux leaders dans les matériaux de batteries, Arkema et Tokai COBEX. Cette levée de fond sera dédiée à la construction, à Grenoble, d’un centre de R&D et d’une ligne pilote de cellules de batterie « haute performance ». Une grosse accélération pour Verkor, qui a déjà signé un partenariat avec le groupe Renault, lundi 28 juin. Retour sur la stratégie et les ambitions de la jeune pousse avec Christophe Mille, CTO et cofondateur.

Industrie & Technologies : Vous insistez sur la « haute performance » des batteries que vous développez. Estimez-vous avoir fait un bond technologique dans le domaine ?

Christophe Mille : Nous restons concentrés sur la technologique lithium-ion existante, à fort taux de nickel, car notre objectif principal est de nous implanter très rapidement sur le marché. Nous ne développons donc pas, dans un premier temps, les batteries du futur.

En revanche, nous optimisons la densité d’énergie (volumique et gravimétrique) et la vitesse de charge de notre batterie. Une chose est sûre : nous ferons partie du haut du panier sur les technos utilisant les chimies actuelles !

Verkor a été fondé il y a à peine un an et vous ne vous distinguez pas par une rupture technologique… Quel est votre secret pour convaincre des géants comme Renault et Schneider Electric de vous soutenir ?

Si nous avions un secret, je ne suis pas sûr que je vous le divulguerais (rire) ! Bien sûr, le contexte est porteur : les questions de souveraineté sont prégnantes et la règlementation européenne pousse les projets tels que le nôtre. Mais je pense surtout que nous avons réussi, très vite, à crédibiliser le projet. Nous sommes six co-fondateurs, chacun apportant une expertise complémentaire (entreprenariat, électrochimie, finance, durabilité, etc.) et avons ainsi pu établir une feuille de route solide.

Et nous innovons fortement sur la partie industrielle/manufacturing, ce qui a beaucoup séduit nos partenaires. Sur ce volet, nos objectifs sont ambitieux : nous comptons construire la gigafactory de batteries la plus optimum et efficace au monde !

Au-delà de la batterie, vous comptez donc également optimiser l’usine en elle-même ?

Oui ! Nous travaillons notamment avec Schneider Electric sur la construction d’une architecture digitale pour gérer l’ensemble des data sur les process, les équipements, les matériaux et prendre les décisions en temps réel. C’est même au cœur de la stratégie industrielle de Verkor, le but étant de limiter au maximum les taux de rebuts [encore très importants dans les process de production de batteries, ndlr].

C’est pourquoi vous parlez de batteries « bas carbone » ?

La limitation du niveaux de rebut fait également partie de notre démarche bas-carbone. Mais ce n’est pas le seul volet : la localisation de notre usine sera en France, dont le mix énergétique est peu carboné [l'électricité est issue à 88 % de nucléaire, ndlr]. Enfin, le recyclage est également un enjeu important pour nous. Des discussions sont en cours pour établir un futur partenariat sur ce sujet.

Le recyclage des batteries est un sujet qui prend de l’ampleur, sachant que la cathode concentre des matériaux précieux voire critiques (nickel, cobalt, manganèse). Vous n’avez pourtant pas de partenaire stratégique concernant ces matériaux…

Nous sommes en discussion avancée avec des fournisseurs majeurs de matériaux actifs de cathode. Et nous avons déjà deux soutiens importants dans le domaine des matériaux : Tobai COBEX, spécialiste du graphite (matériau de référence de l’anode) et Arkema, acteur clef pour les additifs des batteries.

À terme, le but est bien de sceller de plus en plus de partenariats sur l’ensemble de la chaîne de valeur, afin de sécuriser les approvisionnements.

Quel sont les prochains défis majeurs ?

Au niveau technologique pur, nous sommes assez confiants. Mais il reste de nombreux challenges à venir, dans le recrutement de nouveaux talents par exemple. Nous sommes une quarantaine aujourd’hui, nous devrions atteindre les 100 personnes d’ici la fin de l’année. Et nous avons une équipe de champions !

Vos délais sont serrés… Est-ce que cette levée de fonds permet d’accélérer la cadence ?

C’est effectivement une course contre la montre : nous disposons de peu de temps pour développer et valider notre techno, puis livrer les premiers échantillons à nos clients. Mais cette levée de fonds confirme complètement la faisabilité de notre calendrier. La ligne pilote sera bel et bien opérationnelle fin 2022, avec une capacité de production d'entre 100 et 150 MWh par an (selon la demande).

Quelle est la prochaine grosse étape pour Verkor ?

Nous avons pour ambition d’atteindre 16 GWh de capacité de production en 2024 et au moins 50 GWh d'ici 2030, ce qui représente environ un million de batteries par an (en estimant qu’une batterie tourne autour de 50 kWh).

Nous n’avons pas encore précisément acté le lieu de construction de notre gigafactory, mais la première usine sera bien située en France.

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