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Notre croissance est fondée sur l'innovation

Propos recueillis par Ridha Loukil

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- Essilor, leader mondial des verres ophtalmiques, a pour ambition de sortir régulièrement de nouveaux produits plus fins et à plus grande valeur ajoutée. Elle mise pour cela sur la R&D. Et si l'entreprise protège son savoir-faire, elle n'hésite pas à s'approprier des technologies de production issues, par exemple, de l'industrie microélectronique.

Industrie et Technologies : Quels sont les objectifs de la R&D chez Essilor ?

Jean-Luc Schuppiser : Notre activité R&D est totalement en phase avec la stratégie du groupe, focalisée sur le verre ophtalmique. Notre vocation est clairement de sortir des nouveaux produits dans ce domaine. Car, contrairement à ce qu'on pourrait penser, nous sommes dans un secteur très innovateur et très demandeur de nouvelles technologies. Même si le concept de la lunette existe depuis Mathusalem ou presque, les verres de lunettes modernes n'ont rien à voir avec ceux qui existaient il y a vingt ou trente ans.

I. T. : Le verre des lunettes apparaît pourtant comme un produit mature...

J.-L. S : Pas du tout. D'ailleurs nous utilisons beaucoup les technologies de l'industrie microélectronique, en particulier les techniques de déposition par évaporation sous vide, pour créer, par exemple, la fameuse couche antireflet. Depuis peu, nous collaborons avec le CNRS dans le domaine de la microélectronique. Nous surveillons de très près les nouvelles technologies développées ailleurs et que nous pourrions utiliser.

Le verre ophtalmique est donc loin d'être un produit mature. Nous pensons même qu'il recèle encore un grand potentiel d'innovation. Regardons le chiffre d'affaires de notre groupe aujourd'hui : le tiers provient de produits de moins de trois ans d'existence et la moitié de produits de moins de cinq ans. Nous ne sommes pas si loin de certaines industries, réputées très innovatrices, comme la microélectronique ou la pharmacie.

I. T. : S'agit-il de produits réellement nouveaux ou d'innovations incrémentales ?

J.-L. S : Il s'agit de produits perçus par le marché comme réellement innovants, par exemple un nouveau verre progressif, un nouveau traitement antireflet ou un nouveau matériau pour constituer le verre. Nous en avons lancé quarante-six en 2003 et cette cadence tend à augmenter de 25 % en moyenne par an. Il faut savoir que la stratégie de notre groupe, qui connaît une croissance principalement organique, fonde son développement sur la valorisation de nos innovations et l'augmentation de la valeur ajoutée aux verres de base. Pour que le client accepte de payer plus cher un nouveau produit, il faut que celui-ci lui apporte une réelle valeur ajoutée.

Sur le dernier trimestre, une part importante de la croissance de notre chiffre d'affaires est liée au lancement récent de deux innovations majeures. D'abord, une nouvelle gamme de verres progressifs, Varilux Ellipse, dont le design a été optimisé pour se monter aussi sur les petites montures, ce qui n'était pas techniquement possible auparavant. Ensuite, la gamme de verres antireflet Crisal Alizé qui, grâce à une couche supplémentaire d'un matériau perfluoré, fixe moins les salissures. Une innovation protégée par pas moins de cinq brevets.

I. T. : Pouvez-vous citer deux projets stratégiques auxquels vous tenez beaucoup ?

J.-L. S. : Un premier projet a trait à la microélectronique, où l'évolution technologique dans le domaine de la production nous intéresse tout particulièrement. Nous avons monté en 2003 un laboratoire mixte avec le CNRS à Toulouse (d'une vingtaine de chercheurs à terme). Par ce biais, nous voulons nous rapprocher des chercheurs afin de détecter les nouvelles technologies qui nous permettraient d'aller plus loin dans l'innovation à la fois sur les procédés et les produits.

Autre exemple : le projet de lunettes informatives à afficheur "tête haute" [qui affiche sur les verres des données, des images et de la vidéo grâce à un projecteur miniature embarqué]. Nous menons ce développement avec MicroOptical, une société californienne. Nous avons pris des risques puisque nous sommes même entrés à 20 % dans le capital de cette start-up. Depuis l'éclatement de la bulle des hautes technologies, nous nous montrons prudents, même si le développement garde toutes ses promesses.

I. T. : Et les nanotechnologies ?

J.-L. S. : Nous n'avons pas encore prononcé le mot. Mais pour nous, c'est déjà de l'histoire ancienne. La couche antirayure est, par exemple, formée par des nanoparticules d'oxyde de zirconium, de titane ou de silicium, noyées dans une matrice transparente. Des particules de moins de 20 nanomètres.

I. T. : Vous êtes à l'affût de nouvelles technologies développées pour d'autres secteurs. Est-ce que vous êtes prêts à transférer vos technologies ?

J.-L. S. : Non, pas directement. Nous gardons même jalousement notre savoir-faire. C'est notre position stratégique aujourd'hui. Elle pourrait changer dans l'avenir. Beaucoup d'industriels nous ont demandé, par exemple, l'accès à nos procédés de traitement antirayure pour l'appliquer sur divers écrans. Nous avons toujours refusé. Nous ne voulons pas prendre le risque de dévaloriser notre savoir-faire ou de banaliser nos technologies dans des produits de masse à faible marge comme le portable ou les montres. En revanche, nous sommes ouverts à des partenariats industriels de R&D qui débouchent sur une innovation utilisable par les partenaires dans des secteurs différents du nôtre.

LES CHIFFRES CLÉS

La R&D chez Essilor - 100 millions d'euros environ de budget (5 % du chiffre d'affaires) - 500 personnes - 3 centres de R&D en propre : un en France (près de Paris), un en Floride et, depuis 2003, un à Singapour - 2 centres de R&D en joint-venture : un au Japon avec Nikon et un aux États-Unis avec le chimiste PPG - Plus de 100 brevets mondiaux déposés en moyenne chaque année - 1 500 brevets en portefeuille actuellement

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