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Nos innovations à la portée de l'industrie

Propos recueillis par Ridha Loukil
Xerox est une incroyable machine à innover. On lui doit l'interface graphique du micro-ordinateur, la souris, la station de travail, les réseaux Ethernet, le laser semi-conducteur ou l'impression au laser. Son esprit d'innovation se poursuit, même si ses inventions paraissent aujourd'hui moins révolutionnaires. Et son labo mythique, le Parc, s'ouvre à l'industrie.

Industrie et Technologies : En janvier 2002, le Parc est transformé en société indépendante, filiale à 100 % de Xerox. Pourquoi ?

Hervé Gallaire : Avec ce changement de statut, le Parc s'ouvre à tous les industriels, même concurrents de Xerox. Dans le laser, par exemple, il est intéressant de collaborer avec des spécialistes du sujet. Cela nous aiderait à mieux connaître leurs besoins. Dans la biologie, nous nous intéressons à l'étude des protéines et de leurs réactions sur certaines molécules. Notre technologie d'impression peut être utilisée pour déposer plus efficacement que les procédés actuels des gouttelettes de sang et d'éléments réactifs inférieures à 2 picolitres. Nous avons besoin de l'affiner avec les acteurs du secteur avant son industrialisation.

Autre exemple : la mesure de réaction moléculaire thermique. Ici, les industriels ont besoin de capteurs extrêmement sensibles à la chaleur, comme ceux que nous développons pour nos imprimantes afin de contrôler avec précision la couleur ou le mouvement du papier. La machine de reproduction numérique iGEN3, que Xerox vient de lancer, intègre ainsi pas moins de 110 capteurs.

I. T. : Que faites-vous pour valoriser votre énorme portefeuille d'innovations?

H. G. : Nous avons mis récemment en place une politique active de cession de licences avec un département de propriété industrielle que je dirige. Parfois, nous concédons des licences, et parfois nous en prenons. Nous avons opté pour une démarche offensive de protection et de valorisation de nos brevets. Nous cherchons à élargir la diffusion de nos innovations à des industries que nous ne connaissons pas nécessairement. Pour nous aider dans cette tâche, nous faisons appel à IP Value, une société californienne spécialisée dans la valorisation des résultats de recherche.

I. T. : Cela vous rapporte combien d'argent ?

H. G. : Nous ne publions pas de chiffres globaux. La raison est simple : les revenus issus de nos brevets sont très irréguliers. Un seul accord de licence en 2003 nous a rapporté 50 millions de dollars. Nous restons cependant très loin derrière des sociétés comme Thomson dont les brevets génèrent un milliard de dollars par an. Il faut dire qu'en comparaison avec l'électronique grand public, nous opérons dans un secteur limité en volume. Aujourd'hui, Xerox est en train de transférer ses innovations dans une dizaine d'applications différentes et une vingtaine de sociétés ont acquis des licences de nos brevets. Le mouvement va s'amplifier, augmentant ainsi les moyens que nous pourrons injecter dans la R&D.

I. T. : Bien que l'activité de Xerox soit fondée sur le papier, vous travaillez sur le "papier électronique". Où en êtes-vous ?

H. G. : Nous ne sommes pas inquiets sur l'avenir du papier. Contrairement aux prédictions, son utilisation continue à croître, favorisée par le développement d'Internet et de la messagerie électronique. C'est le grand paradoxe. Néanmoins nous travaillons depuis vingt ans sur le papier électronique, ce plastique propre car réinscriptible à volonté. Loin de remplacer le papier, il constitue un support idéal d'information transitoire. On pourra l'utiliser par exemple pour récupérer sur le réseau un journal personnalisé que l'on imprimera ensuite pour le lire plus agréablement sur du vrai papier. Nous avons mis au point un produit noir et blanc d'environ 20 x 12 pouces destiné à servir de tableau de présentation ou d'afficheur. Nous avons créé en 2003 la société Gyricon LLC pour le commercialiser. Pour le moment, il s'écrit et s'efface par action électrique et se limite à une résolution de 75 dpi (contre 200 à 600 dpi pour le papier classique). Mais nous travaillons sur la prochaine génération qui s'efface toute seule au bout, par exemple, d'une semaine. Cette technologie, intéressante pour des journaux ou afficheurs périodiques, devrait déboucher dans 3 à 5 ans. Elle pourrait générer à terme une industrie de plusieurs centaines de millions de dollars. C'est un domaine dans lequel nous détenons des brevets essentiels.

I. T. : Vous vous intéressez aux écrans Oled. Pourquoi ?

H. G. : Avant de nous pencher sur le papier électronique, nous nous sommes intéressés à de nouvelles technologies comme les diodes Oled pour la photo réception au coeur de nos machines d'impression. En fait, un écran Oled fonctionne sur le principe inverse de la photo réception. Mais pour nous, c'est pareil. Contrairement à Canon, nous n'avons pas l'ambition de devenir un acteur majeur dans les écrans plats. Au regard de l'avance prise par Kodak ou Philips dans ce domaine, nos prétentions restent modestes. Nous avons néanmoins des innovations à offrir comme des diodes électroluminescentes à limite élevée de température. Une technologie intéressante dans des applications comme l'automobile. Ici, notre stratégie est de valoriser notre travail par cession de licences.

LES CHIFFRES CLÉS

La R&D chez Xerox - 6 000 personnes, dont 1 000 en recherche. - 7 centres de recherche, dont le Palo Alto Research Center (Parc), 240 personnes - 1 milliard de dollars de budget annuel (5 à 6% du chiffre d'affaires), dont 180 millions de dollars en recherche et technologie - 700 brevets déposés par an aux États-Unis - Un portefeuille de plus 50 000 brevets dans le monde

POUR EN SAVOIR PLUS

Retrouvez la version longue de l'interview sur notre site www.industrie-technologies.com/plus

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