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Mirel Scherer

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- Dopée par les technologies sans fil, la communication de machine à machine (M to M) suscite un intérêt sans précédent.

Après la déferlante B to B, un autre acronyme fera sans doute couler beaucoup d'encre car ses enjeux sont colossaux : le M to M, ou M2M pour faire encore plus branché. M to M pour "machine to machine". Il s'agit ni plus ni moins que de faire communiquer entre eux des ordinateurs et des machines de toutes sortes, voire des objets quelque peu intelligents, via des réseaux qui fonctionnent en permanence. Architecte de solutions chez IBM, Vincent Delahaye résume le concept : « Les flottes de machines reliées dans une application M to M envoient des messages vers le système d'information de l'entreprise, l'information reçue étant mise à la disposition de celui qui a en charge l'application. » Cette communication se fait dans les deux sens, puisque le système d'information peut à son tour envoyer des ordres à ces machines distantes.

Le marché est gigantesque. Ces dispositifs communiquant via Internet et/ou les systèmes de communication sans fil se comptent en milliards. « La fragmentation de l'offre et la complexité des solutions font qu'il faut être prudent sur le nombre de machines qui seront reliées, pondère cependant Vincent Delahaye d'IBM. On comptera plutôt en centaines de milliers de machines qu'en centaines de millions, mais cela offrira tout de même un champ énorme à exploiter pour tous les acteurs de ce marché. »

Les réseaux maillés ont de l'avenir

Cette évolution incontournable est, selon l'expert d'IBM, provoquée par l'émergence de nouvelles technologies (Internet, télécoms sans fil, RFID, capteurs intelligents...) et le souhait des entreprises d'harmoniser les différents outils informatiques et de communication. On entre ainsi de plain-pied dans l'ère de la mobilité, avec la téléphonie mobile et les autres réseaux maillés, qui mettent en relation des solutions sans fil avec des installations câblées.

Ce n'est donc pas étonnant si, depuis deux ans, les études sur ce phénomène, pour ne pas dire véritable révolution industrielle, se multiplient. Harbor Research prévoit un marché de 700 milliards de dollars en 2010. Selon le cabinet Idate, le M to M pèsera, en 2010, plus de 220 milliards d'euros (toutes applications confondues) contre 20 milliards d'euros actuellement ! Le nombre de modules M to M atteignait déjà 92 millions d'unités en 2004 et il sera multiplié par cinq d'ici à 2010.

Pour Vincent Bonneau, responsable de l'étude M to M chez Idate, cet essor trouve ses moteurs dans les trois évolutions actuelles : technologique, économique et réglementaire. Un exemple parmi d'autres : l'Union européenne prévoit ainsi, pour 2010 (programme eSafety), des systèmes de détection rapide d'accidents sur les autoroutes que les constructeurs d'automobiles devront intégrer dans leurs véhicules. Ce que PSA fait déjà avec l'appui de Netsize pour la gestion des communications mobiles et Steria pour l'intégration. « Plus de 120 000 voitures sont équipées, le potentiel étant, à terme, de plus de 3 millions en Europe », précise Hugues Mandoul, directeur commercial de Netsize.

De nombreux domaines d'applications sont d'ores et déjà investis par le M to M : la maintenance avec le renforcement du préventif, la santé avec la mise en place des applications de télémédecine (petits appareils portatifs chez les usagers contrôlés à distance par le médecin comme le projet VitaSENS de l'Institut Fraunhofer), l'industrie automobile avec le renforcement de la sécurité, la monétique avec les paiements en fonction de la consommation réelle...

Une foule de services innovants

« La gestion de la chaîne logistique à travers les solutions RFID et les solutions de management de l'énergie ont également le vent en poupe », estime Vincent Bonneau d'Idate. Le concept M to M donnera aussi naissance à des services innovants, comme l'assurance automobile sur mesure, la distribution automatique ou la gestion des équipements de bureau en maintenance préventive.

Quelques applications illustrent mieux qu'un long discours cette démarche. Konica met en place avec Siemens et Orange la solution M2M One du constructeur allemand pour améliorer la maintenance de son parc de photocopieurs en France. Thales équipe pour 1,4 million d'euros les 750 camions réfrigérés du système de positionnement et de surveillance de température par GPS de Fowler Welch Coolchain. Ce distributeur anglais de marchandises réfrigérées fournira ainsi à ses clients des données spécifiques sur la température des marchandises pendant le transport. Opérationnel début 2006, il est le premier programme de ce type lancé outre-Manche.

Quels enseignements tirer de ces premières applications M to M ? Concept simple avec une mise en place complexe, un projet rassemble forcément plusieurs partenaires. « Trois schémas sont possibles, indique Hugues Mandoul, de Netsize. Le premier : un offreur unique comme Siemens qui est en contact direct avec le client et qui s'entoure de plusieurs partenaires (Webdyn, Anyware, Coronis, Netsize...), chacun étant spécialisé dans une partie de l'application. Le second : un fournisseur de plates-formes M to M comme Sony Ericsson, Wavecom ou France Télécom. Enfin, une SSII qui s'entoure de partenaires, les mêmes que dans le premier cas et qui est le maître d'oeuvre du projet. »

Responsable du département solutions mobiles chez Unilog Management, Alain Pauchet considère le M to M comme un nouvel enjeu pour les entreprises. « Des nouveaux services verront le jour, prévoit l'expert d'Unilog. Les fabricants de distributeurs de produits pourront, par exemple, doter les appareils d'un système capable de lancer des messages publicitaires pour faciliter la consommation d'un des produits. » La SSII mène par ailleurs des projets avec la RATP pour la régulation du trafic, et la SNCF pour la télébillettique. Ou avec Renault pour développer l'utilisation des solutions mobiles.

Les opérateurs téléphoniques sont, eux aussi, de la partie, malgré un chiffre d'affaires moyen par utilisateur faible (6 % de leur revenu en 2010 selon Idate) dans le M to M. « Ils sont toutefois attirés par ces solutions à longues durées de vie déployées sur un grand nombre de modules via un seul donneur d'ordres », souligne Vincent Bonneau.

Chacun des opérateurs aborde le marché différemment. Filiale de France Télécom, Orange, profite de la force de frappe en recherche et développement de sa maison mère et propose la plate-forme technologique M2M Connect dotée d'une interface basée sur des standards (XML, Soap...). Une solution utilisée, entre autres, par Bombardier Transportation pour gérer sa flotte de wagons ou par Metroline, le principal exploitant de bus à Londres qui a réduit le temps d'attente de 70 %.

« Nous orientons notre activité vers quatre grands domaines, explique de son côté Marc Avril, de SFR Entreprises : la télématique (machines mobiles) ; la télémétrie, la télégestion et la télémaintenance (machines fixes) ; la monétique ; la sécurité et la télésurveillance. Dans chaque domaine, nous nouons des partenariats pour répondre à un projet M to M qui demande d'habitude une période d'étude et de déploiement assez importante. »

Pour les applications de contrôle-commande

Pour l'expert de SFR, les utilisateurs doivent avoir un certain poids financier car les bénéfices n'arrivent pas immédiatement. Manuel Nau, responsable marketing produits d'Anyware Technologies, partage cette opinion et attire l'attention sur le coût d'une solution. « Matériel, réseaux... le retour sur investissement doit faire l'objet d'une analyse approfondie », conseille-t-il. Il cite toutefois quelques facteurs favorables au développement du M to M : technologies visibles, applications réussies qui prouvent leur pertinence et efficacité économique, réglementations... « Les applications de contrôle-commande constituent, elles aussi, un terrain propice au M to M car ces logiciels intègrent les technologies Internet. » L'utilisation du logiciel d'Invensys (distribué en France par Factory Systemes) par Sinopec, une filiale de China Petroleum, pour la supervision à distance de son pipeline est une bonne illustration de cette tendance.

Olivier Beaujard, vice-président de Wavecom qui fournit des solutions embarquées pour ce domaine, croit dans le développement du M to M dans les usines, « surtout dans celles qui sont confrontées à des changements répétés de topologie des équipements, ou qui ont des sites distants. » Une évolution freinée principalement par la frilosité des industriels face à des solutions qui bousculent les habitudes.

Le logiciel joue un rôle essentiel dans le dialogue entre les différentes composantes d'une application M to M, ce qui a donné naissance à une nouvelle race d'éditeurs comme Anyware Technologies.

Créée en 2000, cette PME française de 45 personnes, dont 35 ingénieurs, réalise les logiciels et les outils de développement pour le télécontrôle des équipements industriels et la connexion des machines. « Nous sommes partenaires de nombreux industriels comme Schneider Electric, Andros, Alstom... dans la mise en place de ces applications », indique Manuel Nau. Pour lui, la réussite d'une démarche M to M se trouve dans l'offre d'une solution complète comprenant aussi bien l'électronique de connexion que le choix du bon opérateur (tarif, couverture, logistique de déploiement de l'application...), le développement de l'application, etc. « Trop peu de solutions intégrées dotées d'une interface unique comme celle de Siemens sont encore disponibles », regrette-t-il. On peut parier que cela ne saurait durer. D'ailleurs, vous en aurez la confirmation au premier forum du M to M, organisé par Tarsus en juin prochain à Paris. Ou encore en lisant le Livre blanc que le Syntec (Chambre syndicale des SSII et des éditeurs de logiciels, France-Télécom et la Fing (Fédération Internet de nouvelle génération) publieront en mars.

LA COMMUNICATION INTERMACHINES PREND SON ESSOR...

- Les technologies de communication sans fil dopent les applications de communication de machine à machine (M to M). Idate estime que le nombre de modules M to M représentait 92 millions d'unités en 2004. Il devrait atteindre 500 millions d'unités d'ici à 2010.

... RECÈLE UN FABULEUX POTENTIEL D'APPLICATIONS...

- La communication rend possible une infinité de services. Tout reste à inventer ! - Applications les plus prometteuses aujourd'hui : la logistique, la relève automatique des compteurs, la sécurité, la télémédecine, la maintenance préventive...

... ET SUSCITE L'APPARITION D'UNE NOUVELLE INDUSTRIE

Le concept se situe au carrefour de plusieurs technologies. Il suscite aujourd'hui l'intérêt : - Des opérateurs téléphoniques, tels SFR et Orange... - Des SSII, IBM et Unilog en particulier. - De nouvelles sociétés spécialisées où les français tels que Coronis Systems, Netsize, Wavecom ou Sparus Software sont bien placés.

MILLIARDS D'EUROS

C'est le marché du M to M estimé par Idate en 2010, soit dix fois plus qu'aujourd'hui. Croissance annuelle : 49%.

Dans le transport, les camions pourront être surveillés tout au long de leurs déplacements.

Un contrôle précis de la consommation d'eau est effectué via le compteur et les réseaux sans fil.

La sécurité automobile sera renforcée par la télésurveillance des accidents.

Le pilotage de machines-outils à distance devient possible comme ci-dessus l'application du Cetim avec la fraiseuse Röders.

La consommation pourra être dirigée par l'intermédiaire de messages publicitaires.

LES FREINSCONCEPT SIMPLE, DÉMARCHE COMPLEXE

- La mise en place d'une application M to M nécessite une large panoplie de moyens fournis par différentes entreprises. Cette complexité est et sera toujours un défi important pour les utilisateurs qui devront s'assurer, avant de passer à l'acte, qu'ils ont en face le bon interlocuteur. D'où l'intérêt d'un intégrateur (SSII) ou d'un offreur unique (Siemens, France Télécom, etc.) qui se charge de rassembler les meilleurs partenaires possibles pour chaque maillon de la chaîne de valeur du M to M. - Il faut analyser le coût de la solution dans son ensemble (matériel, passerelles, modems, réseau, trafic...) et sa rentabilité avec une analyse approfondie du retour sur investissement.

POUR TRAQUER LA MOINDRE GOUTTE D'EAU

L'installation de relève automatique des compteurs d'eau, dont la mise en place par Veolia Eau, à Nice, a débuté en 2005, exploite à fond les possibilités des réseaux de communication. Objectif : passer au-delà de la simple lecture de la consommation et exploiter à fond toutes les informations collectées. « Des SMS circulent dans les deux sens entre les compteurs et le serveur de Veolia Eau et alertent les responsables sur une anomalie dans la consommation et donc dans le fonctionnement des installations », explique Hugues Mandoul, directeur commercial de Netsize, un des quatre partenaires qui ont réuni leurs compétences pour réaliser cette solution sans fil. Coronis Systems qui a mis en place son réseau sans fil Wavenis et équipé les compteurs de son boîtier de communication, Netsize qui a construit les passerelles de communication entre les différents réseaux, SFR qui gère la transmission des SMS et Somei qui a assuré l'intégration et le pilotage du projet. Une solution économique car un module autonome Coronis ne coûte que 25 euros, un concentrateur GSM coûte 400 euros, rayonne sur une surface de 1 à 5 km2 via le réseau maillé Wavenis du même constructeur et comporte une seule carte SIM pour l'ensemble des compteurs. « Les bénéfices sont multiples, affirme Philippe Briard, directeur informatique de Veolia Eau Nice. Maintenance réduite, fiabilité des informations, coût réduit de la solution... cela nous incite à poursuivre la mise en place de cette solution. »

Siemens investit le M to M

- C'est dès 1995 que le numéro un mondial des automatismes industriels s'intéresse aux applications M to M avec une première offre, le M1 Module. Dix ans plus tard, le géant allemand propose une solution complète. Baptisée M2M One, elle profite du savoir-faire de Siemens dans le domaine de la communication et des applications industrielles. Et comme il ne fournit pas tous les composantes nécessaires à une application, le constructeur a pris soin de s'entourer des meilleurs spécialistes dans chaque domaine. Comment cela fonctionne-t-il ? En quatre étapes. Premier pas : les spécialistes de Siemens formalisent le modèle de fonctionnement du client. Pas suivant : analyse de ce modèle et proposition d'une solution M to M. Troisième étape : Siemens et ses partenaires développent et produisent une version test qui est essayée sur dix à quinze machines. La dernière étape : le développement de la solution définitive. Une solution qui comporte différentes briques choisies en fonction de l'application.

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