Nous suivre Industrie Techno

MPO SE RÉINVENTE

Ridha Loukil

Sujets relatifs :

,
MPO, le presseur français de CD et DVD, se réorganise pour booster sa compétitivité industrielle et développer de nouvelles activités à l'abri de la concurrence des pays à faibles coûts.

Autour des sites industriels de MPO à Averton et Villaines-la-Juhel, en Mayenne, le calme de la campagne est trompeur. Chez ce presseur de CD et DVD, principal employeur local, les choses bougent à grande vitesse pour s'adapter à la nouvelle donne du marché.

Face à la concurrence asiatique dans les disques vierges, le combat est inégal. MPO n'a eu d'autre choix que d'arrêter la production de CD-R et DVD-R pour le grand public. Victime de l'écroulement des ventes des CD audio à cause d'Internet, il a été aussi obligé de réduire sa voilure. L'outil industriel a été remodelé pour baisser les coûts, améliorer les flux de production et accroître la réactivité.

Ce réajustement ne s'est pas fait sans douleur. Le plan social, lié à la réorganisation industrielle, s'est traduit par la suppression de 150 emplois. Les effectifs, qui ont culminé à 1 200 personnes, intérimaires inclus, sur les deux sites en 2002, sont tombés aujourd'hui à moins de 750 personnes. La société, qui avait l'habitude de tout faire en interne y compris la conception de ses propres machines de production, s'est ouverte sur le marché. Elle n'hésite plus aujourd'hui à sous-traiter localement certaines tâches comme le conditionnement à façon.

Malgré cela, Alban Pingeot, directeur général, ne se fait guère d'illusion sur l'avenir du disque. « Plus rien n'arrêtera son inexorable déclin. Même pas l'évolution technologique. Le passage au disque vidéo à haute définition HD-DVD et Blu-ray ne suffira pas à inverser la tendance. »

C'est pourquoi, tout en améliorant sa compétitivité industrielle sur ses métiers traditionnels, MPO tente de trouver des activités relais en se diversifiant dans les services autour du disque et en tirant parti de la révolution Internet. D'ores et déjà, ces nouvelles activités représentent la moitié du chiffre d'affaires. Loin de s'arc-bouter sur son passé, cette société familiale met fermement le cap sur l'avenir.

1. Recentrage sur le marché professionnel

À côté du pressage de CD et DVD, MPO avait développé sur le site de Villaines-la-Juhel une fabrication de disques vierges CD-R et DVD-R, vendus dans la distribution sous la marque Hi-Space. Avec l'ambition de s'imposer comme la marque de référence en Europe dans ce domaine, il a même acheté en 2004 Emtec, fabricant de médias de stockage issu du groupe chimique allemand BASF. Un rêve brisé par la montée soudaine de la concurrence asiatique. MPO a beau se distinguer par la qualité de ses produits, en matière de prix, facteur déterminant d'achat pour le grand public, le combat est perdu d'avance.

Le fabricant français s'est donc replié sur le marché professionnel, plus axé sur la qualité et moins sensible au prix. L'essentiel du parc des machines a été vendu sur le marché d'occasion. Garder le contrôle d'Emtec n'avait plus de sens. En mai 2006, la marque est cédée au groupe français de médias de stockage de données Dexxon.

Désormais, MPO ne répond qu'aux commandes des professionnels à partir d'un volume de 600 pièces. Conséquence : les volumes de production de disques vierges ont été divisés par cinq à six, pour avoisiner maintenant les 25 millions de pièces par an

2. Un outil industriel remodelé

Le recentrage sur le marché professionnel s'est accompagné d'un réaménagement de l'outil industriel. La production était répartie sur deux sites distants de 7 km : Averton, site historique, pour la réalisation des matrices, le pressage de disques et l'imprimerie ; Villaines-la-Juhel pour la fabrication de disques vierges et le conditionnement des disques pressés. Une configuration guère optimale en termes de flux de production et de logistique.

Pour rationaliser cela, le pressage a été transféré à Villaines-la-Juhel. De nouveaux bâtiments reliant les différents ateliers ont été construits afin de disposer d'une usine intégrée avec des flux continus de production, depuis le pressage des disques jusqu'au conditionnement. L'organisation industrielle a été repensée dans l'optique d'une réduction des coûts de 20 %. Deux trains, tirés par des chariots filoguidés, assurent le transfert automatique des produits entre les ateliers. Ils parcourent chacun en moyenne 50 km par jour. Un bâtiment de stockage tampon d'une demi-journée à une journée de production régule les flux entre l'impression et le conditionnement. Deux transstockeurs automatiques ont été installés : l'un pour les matrices (capacité de 120 000 éléments), l'autre pour les films d'impression (capacité de 100 000 articles). Grâce à ce système, la recherche d'une matrice ou d'un dossier d'impression ne prend plus que 30 secondes.

Pour aligner les flux d'information sur les flux de production, MPO a généralisé l'identification par codes-barres et mis en place un système de gestion en temps réel de la production (ERP de JD Edwards). À chaque étape de la fabrication, les opérations réalisées sont entrées dans le système d'information, offrant une visibilité en temps réel sur la production et une traçabilité de bout en bout. Le client peut ainsi suivre par Internet en instantané le déroulement de sa commande.

MPO a profité de la réorganisation pour booster sa productivité en s'équipant de trois lignes dernier cri de pressage de DVD. Moulage des deux galettes de polycarbonate, métallisation des faces réfléchissantes, collage, vernissage de protection et séchage. Le tout en moins de 2 secondes. Deux fois plus vite que sur les anciennes lignes. « Il n'y a pas grand monde dans l'industrie capable d'atteindre de telles cadences sans augmenter le taux de rejet. Nous faisons deux fois mieux que nos usines à l'étranger », estime fièrement Lionel Charpentier, directeur de l'usine.

Gain d'efficacité également dans l'impression des disques en offset. Avec la nouvelle machine CTO (Computer to Pilot), qui prépare au laser les quatre plaques d'impression, finis les réglages manuels. Le positionnement des couleurs les unes par rapport aux autres sur les machines offset devient automatique.

3. Cap sur les services

Pour compenser le déclin des disques, MPO étend son contrôle sur leur chaîne de valeur, par des services d'imprimerie, de conditionnement à façon et de logistique.

Sur le site d'Averton, l'imprimerie est équipée des moyens d'impression par sérigraphie, offset et numérique pour réaliser pochettes, couvertures de boîtiers, publicités sur lieux de vente... et même les fascicules insérés dans les boîtiers. L'impression numérique prend une part croissante depuis 2006. MPO mise sur sa réactivité et la synergie avec les activités de pressage sur le site voisin de Villaines-la-Juhel. Il gère aujourd'hui une centaine de commandes par jour de 300 à 1 million de pièces.

En logistique, MPO propose aux éditeurs de jeux, musique et vidéo de prendre en charge la livraison de leurs disques sur les lieux de vente, l'enlèvement des produits défectueux et le service après-vente par son centre d'appels. Avec la promesse de réduire les délais et d'accroître la réactivité. Une société dédiée, Fiege MPO, est créée en 2005 avec le logisticien allemand Fiege. Elle dispose déjà d'un entrepôt de 15 000 m2 à Survilliers (Val-d'Oise) et d'un autre de 5 000 m2 à Bangkok, en Thaïlande. Un troisième est en construction à Madrid, en Espagne. La plate-forme de Survilliers livre plus de 35 millions de produits par an.

4. Diversification sur Internet

Internet, à l'origine du déclin du disque, constitue une menace. MPO a décidé d'en faire une opportunité en aidant les éditeurs à mettre en ligne leurs contenus. Ses services vont de la numérisation de contenu jusqu'au transfert vers les canaux de vente sur Internet, en passant par l'archivage, le transcodage dans les bons formats de diffusion et la gestion des droits d'auteur. Cette activité occupe aujourd'hui cinq personnes.

MPO se lance également dans la duplication de contenus numériques sur médias à mémoire Flash, (cartes SD, clés USB, baladeurs MP3). À la duplication s'ajoutent des services d'impression et de conditionnement dans un boîtier dédié. Comme ce qu'il a réalisé pour Sony BMG en 2006 : duplication de 15 albums d'artistes connus sur clés USB et baladeurs MP3, conditionnés au format CD.

L'ENTREPRISE

- Entreprise familiale créée en 1957 à Averton, en Mayenne - Premier presseur indépendant en Europe de CD et DVD - 4 usines dans le monde : une en France, une en Espagne, une en Irlande et une en Thaïlande - 1 200 personnes dans le monde - 160 millions d'euros de chiffre d'affaires pour l'exercice clos le 31 août 2006 - Capacité de production annuelle : 375 millions de CD et 225 millions de DVD

... le presseur de CD fait face à l'écroulement de ses marchés traditionnels

- Abandon des activités non rentables - Réorganisation de l'outil de production - Diversification dans les services...

LES POINTS FORTS DE L'USINE FRANÇAISE

Un savoir-faire unique en pressage - Bien qu'utilisant des presses du marché, MPO parvient à les faire tourner à pleine cadence tout en maintenant le taux de rejet en dessous de 3 %. Sur les nouvelles lignes de pressage de DVD (ci-contre), le moulage, la métallisation, le collage, le dépôt de vernis (à droite) et le séchage s'effectuent en moins de 2 secondes. La société maîtrise aussi les changements fréquents de séries (toutes les 2 heures en moyenne) sans abîmer la matrice.

Des flux tendus de fabrication - Du pressage jusqu'à l'expédition en passant par l'impression, la préparation des commandes ou le conditionnement, la fabrication suit un flux continu. Un stock tampon d'une demi-journée à une journée de production régule la progression des produits entre l'impression et le conditionnement. Entre les différents ateliers, les produits sont transportés par un train automatique filoguidé (ci-dessus).

Traçabilité de bout en bout de la production - Avec le code-barres et le système informatique de gestion JD Edwards, la production est tracée de bout en bout. À chaque étape du process, dès qu'un lot de fabrication est terminé, il est déclaré au système d'information. Le transstockeur des matrices (ci-contre) est le premier maillon de la chaîne de traçabilité.

Impression des disques sous contrôle - L'impression des disques en offset (ci-contre) est simplifiée. Plus besoin de réglage manuel du positionnement des quatre couleurs. Cette opération est rendue automatique grâce à une machine CTO qui prépare, par laser, les quatre plaques d'impression nécessaires à la machine.

vous lisez un article d'Industries & Technologies N°0886

Découvrir les articles de ce numéro Consultez les archives 2007 d'Industries & Technologies

Bienvenue !

Vous êtes désormais inscrits. Vous recevrez prochainement notre newsletter hebdomadaire Industrie & Technologies

Nous vous recommandons

« Allô, devine d'où je t'appelle »

« Allô, devine d'où je t'appelle »

On ne s'ennuiera plus pendant des heures dans les avions. Virgin Atlantic équipe sa flotte de longs courriers d'un système de divertissement et de[…]

Le disque Blu-ray vise les 100 Go

Le disque Blu-ray vise les 100 Go

iVDR, le super disque dur amovible

iVDR, le super disque dur amovible

Le musée d'Histoire de Nantes en haute définition

Le musée d'Histoire de Nantes en haute définition

Plus d'articles