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Montpellier place son troisième nanosatellite sur la rampe de lancement

Montpellier place son troisième nanosatellite sur la rampe de lancement

Dans le centre spatial univesitaire, Laécoère opère depuis début 2019 une chambre à vide thermique.

© Anaïs Marechal

Le  centre spatial universitaire de Montpellier s’apprête à lancer son troisième nanosatellite. La plateforme bénéficie de moyens techniques lui permettant d’intervenir du design du satellite à la récupération de données, et collabore aujourd’hui avec une trentaine d’entreprises.

Le nanosatellite MTCube trône sur une paillasse au milieu d’une salle propre ISO 8. La salle est inoccupée, mais dans les couloirs du Centre spatial universitaire de Montpellier (CSUM), c’est le branle-bas de combat : le départ pour la base de lancement russe est imminent. Le satellite est prêt, il vient de subir une dernière batterie de tests à Berlin, chez Exolaunch. Il y a fait preuve de sa résistance aux chocs et fortes vibrations. Sa robustesse vis-à-vis des variations de température a, elle, été éprouvée dans la chambre à vide thermique de l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines. MTCube doit être lancé le 5 juillet. Ce sera le troisième nanosatellite placé en orbite par le CSUM.

« Lorsque nous avons commencé le premier projet en 2001, personne se savait faire un CubeSat en France », raconte Laurent Dusseau, directeur du Centre spatial universitaire de Montpellier (CSUM) et professeur en électronique à l’Institut d’électronique et des systèmes. Chercheur invité à l’Université d’Arizona, il découvre dans les années 1990 les projets étudiants autour du standard CubeSat, ce nanosatellite de dix centimètres d’arête. Il décide de développer le concept en France, soutenu par Michel Courtois, alors directeur technique d’Alcatel Space. « Nous avons progressé par tâtonnement jusqu’au lancement en 2012 de Robusta-1A, le premier nanosatellite français », raconte Laurent Dusseau. Le CSUM est officiellement créé la même année.

Évaluer la résistance de mémoires aux conditions spatiales

Depuis, un deuxième CubeSat a été lancé en 2017. Démarré en 2014, le programme MTCube réunit une cinquantaine d’étudiants, l’Agence spatiale européenne et le fournisseur d’équipements électroniques 3D plus. Une soixantaine d’articles scientifiques en sont déjà sortis. « L’un des challenges de ce nanosatellite est la communication d’un important volume de données, de l’ordre de plusieurs mégabits par jour », détaille Luigi Dilillo, chercheur en micro-électronique au Laboratoire d’informatique et de microélectronique de Montpellier. Dans la salle de contrôle au sol, des grappes de câbles sortent des postes radio – UHF et bande S – et s’engouffrent dans le faux-plafond. Ils ressurgissent dans la salle propre, prêts à être reliés au CubeSat pour tester la fiabilité des protocoles de communication.

L’objectif de MTCube ? Évaluer la résistance de mémoires – flash, SRAM, magnétiques 3D et ferroélectriques – aux conditions spatiales. « Elles doivent supporter les radiations et les variations importantes de température, explique Christelle Deneau-Labrousse, cheffe de projet chez 3D plus. Le projet MTCube va nous permettre de recueillir pour la première fois des données de vieillissement en conditions réelles. »

Prochainement, un cubeSat trois unités

3D plus figure parmi la trentaine de sociétés, locales ou nationales, qui collaborent avec le CSUM. Ce dernier bénéficie depuis le début d’un accompagnement stratégique et financier de la fondation Van Allen grâce au mécénat d’entreprises. Certains étudiants partagent également leur temps entre le centre et les industriels. Un atout pour ces derniers, qui font face à une problématique importante de recrutement liée à un manque de formations destinées au spatial.

Dans le laboratoire de mécanique, la maquette de Robusta-3A repose sur une étagère. Devant être lancé l’année prochaine, ce nanosatellite inaugurera la nouvelle plateforme CubeSat trois unités du CSUM. Thibault Delorme, étudiant en master, travaille à l’intégration du câblage fourni par le groupe Latécoère : « Nous venons de recevoir les pièces, je suis en train d’assembler la maquette d’ingénierie au CSUM pour étudier l’emplacement et la longueur des câbles, et fournir un cahier des charges à Latécoère. » Dans la salle voisine de 150 m2 dédiée aux tests environnementaux, le groupe opère depuis le début de l’année une chambre à vide thermique. Les équipes du CSUM scrutent attentivement l’écran de contrôle : la formation qu’ils suivent va enfin leur permettre de réaliser leurs propres tests sur cet équipement.

Bientôt des oeufs de poissons dans l'espace

« Nous sommes le seul centre spatial universitaire français à bénéficier d’un bâtiment dédié et à intervenir depuis le design du satellite jusqu’à la récupération de données », revendique Xavier Laurand, ingénieur thermique et systèmes au CSUM. Une expertise qui semble reconnue par les industriel : le directeur du CSUM confie « recevoir beaucoup de demandes » les amenant à devoir changer d’échelle. Le centre souhaite également développer sa branche scientifique. « Dans le cadre du projet Lauve de l’Ifremer, d’ici quatre ans, nous allons envoyer des œufs de poissons dans l’espace pour voir s’ils pourraient un jour nourrir les astronautes, révèle Xavier Laurand. Nous allons également travailler sur un robot lunaire avec l’IUT de Nîmes. » Les nombreuses paillasses vides du CSUM devraient vite se remplir.

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