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Mon usine carbure à la lumière

THOMAS BLOSSEVILLE tblosseville@industrie-technologies.com

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Mon usine carbure à la lumière

Pour son nouveau bâtiment logistique, Toyota a préféré les membranes en silicium amorphe aux panneaux cristallins.JOUER COLLECTIF Chez Toyota, une équipe a été constituée autour des services chargés de l'environnement, de la maintenance et des nouvelles constructions du site.PASSER PAR UN EXPERT Le constructeur automobile s'est reposé sur le savoir-faire d'EdF, qui lui a fourni une liste de sous-traitants pour la pose des équipements.ANTICIPER LES CONTRAINTES Les échanges avec EdF ont duré dix mois pour éviter les problèmes techniques d'étanchéité, de câblage, de raccordement au réseau...

© D.R.

Équiper son usine de photovoltaïque ? Pas si simple... Entre contraintes techniques et obligations administratives, la bonne volonté ne suffit pas. Mais certains industriels ont trouvé la bonne méthode. Découvrez les recettes de ces pionniers en route vers l'usine qui réduit sensiblement sa facture énergétique en produisant de l'électricité rachetée par EdF.

Salm, Toyota, Dimeco... Ces fabricants de cuisines, de voitures ou de machines-outils ont un point commun. Depuis quelques mois, ils sont devenus producteurs d'électricité. Sur le toit de leurs usines, des panneaux photovoltaïques alimentent désormais le réseau national. Préoccupation environnementale ? Pas seulement. « Vétuste, notre bâtiment fuyait. Une remise aux normes s'imposait. La revente d'électricité remboursera des travaux qui, de toute façon, auraient eu lieu », note Christine Jeanney, la présidente de Dimeco, le spécialiste de la machine-outil. Grâce à sa nouvelle toiture, l'industriel prévoit de produire 130 000 kWh par an, une énergie qu'il revendra plus de 60 centimes d'euro le kWh (alors qu'il l'achète à 12 centimes). Son retour sur investissement - quinze ans - n'est certes pas négligeable « mais le photovoltaïque est un investissement immobilier, pas productif », précise Christine Jeanney. Mieux vaut donc oublier toute rentabilité à court terme si vous souhaitez vous lancer dans l'aventure. D'autant que le tarif de rachat pourrait être revu à la baisse.

Le succès du projet passe d'ailleurs par la prudence. La construction d'un bâtiment neuf est plus propice à l'intégration du photovoltaïque. « Vous pourrez ainsi anticiper la pose des panneaux et dimensionner la charpente dès les premières esquisses des plans », conseille Jean-Claude Meyer, responsable de la production de Salm. Avec 600 m2 de toiture photovoltaïque, le fabricant des cuisines Schmidt et Cuisinella produira, sur son site de Sélestat (Bas-Rhin), 40 MWh par an, soit 5 % de ses besoins. Ce premier pas a été franchi lors de l'extension de l'usine. « Si l'expérience est positive, nous pouvons facilement tripler la surface équipée », prévoit Bernard Muller, le directeur industriel de Salm.

Pour s'équiper, deux technologies sont candidates. Les membranes souples en silicium amorphe sont faciles à installer. « Il suffit de déposer sur le toit une couche de bandes goudronnées et d'y intégrer la membrane », décrit Arnaud Tison, responsable environnement de l'usine Toyota d'Onnaing (Nord). Mais d'autres industriels ont préféré les panneaux standards en silicium cristallin. D'abord parce que la membrane en silicium amorphe est réservée aux toits plats ou à faible pente. « Surtout, j'ai des doutes sur la durée de vie de ses matériaux synthétiques. Résisteront-ils, à terme, aux rayons ultraviolets ? », s'interroge Bruno Boulay, le président de SN Testard. Ce spécialiste de la maintenance a préféré des panneaux en silicium monocristallin, posés sur une forte pente (50 %) pour faciliter le lessivage par la pluie. « Eux au moins sont protégés par du verre, qui résiste aux UV », ajoute-t-il.

Pour faire votre choix, passez par un expert. Dimeco a ainsi fait confiance à son architecte. Toyota à EdF. « L'essentiel est de choisir un partenaire expérimenté qui puisse présenter des références », préconise André Joffre, le président du pôle de compétitivité Derbi (Développement des énergies renouvelables dans le bâtiment et l'industrie). Chez SN Testard, un ingénieur a listé tous les acteurs de la filière photovoltaïque. Bruno Boulay, son président, s'est déplacé jusque chez les fournisseurs pour démasquer les simples revendeurs, qui ne maîtrisent pas parfaitement la technologie qu'ils conseillent. Il a finalement retenu l'espagnol Siliken.

Les bonnes questions à se poser

L'expert devra également gérer la dimension administrative du projet mais vous devrez garder un oeil sur le dossier. Parmi les points à surveiller : demandez-vous qui sera propriétaire de l'installation photovoltaïque. Chez Toyota, c'est EdF qui possédera la membrane photovoltaïque (et les équipements associés) pendant les vingt premières années d'exploitation. L'énergéticien sera donc propriétaire d'une partie du toit du constructeur automobile. Le service juridique de Toyota a suivi de près la conformité réglementaire du projet. Anticipez aussi l'enveloppe financière que vous attribuerez au projet. « Quand l'installation est inférieure à 250 kW, EdF ne règle l'électricité qu'elle rachète qu'une fois par semestre », prévient Bruno Boulay.

Rien d'insurmontable, mais si vous doutez de la maturité des technologies photovoltaïques, avancez par étapes. C'est ce qu'a fait Deleage, le spécialiste du chauffage par le sol. « Nous avons, pour l'instant, renoncé à nous équiper de 530 m2 de photovoltaïque, car le retour sur investissement dépassait quinze ans », témoigne Bruno Guérin, son responsable qualité, sécurité et environnement. Mais l'industriel reste en veille. Lors de la construction de sa nouvelle usine en 2006, il a anticipé la future pose de photovoltaïque. « Dans deux ans, je pense que les rendements seront suffisants », prédit Bruno Guérin. En attendant, il axe sa politique énergétique sur la domotique. Grâce à la gestion intelligente des éclairages, aux baies vitrées et à une isolation renforcée, sa consommation énergétique a baissé en trois ans de 60 % ! Ces économies l'encourageront peut-être à investir plus rapidement que prévu dans le photovoltaïque.

L'ESSENTIEL EST DE CHOISIR UN PARTENAIRE EXPÉRIMENTÉ QUI PUISSE PRÉSENTER DES RÉFÉRENCES.

PATIENCE

En moyenne, comptez 15 ans pour rentabiliser une installation photovoltaïque.

ARNAUD TISON RESPONSABLE ENVIRONNEMENT DE L'USINE TOYOTA D'ONNAING37 MWh d'électricité par an

« Nous avons profité de l'extension d'un bâtiment logistique pour installer, sur son toit, 1 020 m2 de membrane photovoltaïque en silicium amorphe. Pour une si grande surface, notre charpente n'aurait pas supporté le poids de panneaux en silicium cristallin. Outre les rayons qui l'atteignent directement, le silicium amorphe capte la lumière diffuse. Cette particularité compense en partie le faible ensoleillement dans le Nord-Pas de Calais, inférieur de 25 % sur l'année au sud de la France. Grâce à cette installation, nous prévoyons de produire 37 MWh d'électricité par an, soit la consommation pendant six mois de nos bureaux administratifs. Mais ce n'est qu'un projet pilote. Cet essai guidera nos futurs investissements. Il faudra bien un jour rénover la toiture de nos autres bâtiments. »

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