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Interview

"Miser sur la voiture électrique est une stratégie à haut risque"

Thomas Blosseville

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"L'hybride est plus souple"

© DR

Eric Chassende-Baroz est consultant lean senior chez Marris Consulting. Voiture électrique ou hybride ? A l'occasion du Mondial de l'Automobile 2010 à Paris, Eric Chassende-Baroz décrypte les stratégies des constructeurs. Son analyse : miser sur la voiture 100 % électrique est risqué.

L’essor de la voiture électrique est annoncé. Pourquoi percerait-elle enfin ?

Eric Chassende-Baroz : Ce qui va percer, c’est la voiture ne consommant plus – ou moins – d’énergie fossile. Il y a plusieurs technologies en lice : l’électrique, l’hybridation, mais aussi peut-être l’hydrogène… La bonne posture est de réduire la consommation de carburant. Le débat sur le véhicule électrique porte sur la batterie, donc les minéraux. Ce n’est plus seulement une question de technologie. Ce sont des enjeux planétaires. C’est aussi une question d’usage. L’hybridation est un moyen d’habituer les automobilistes à ne plus consommer seulement de l’essence.


L’avenir de la voiture électrique est-il garanti ?

ECB : Une voiture tout électrique va faire revivre des inquiétudes de dépendance du conducteur face à son approvisionnement énergétique. Par exemple la peur de tomber en panne électrique à 2 heures du matin en pleine campagne. Pour un constructeur, annoncer le lancement dans un an ou deux d’une gamme tout électrique est une politique à très haut risque. Celui que les clients apprécient certes l’esthétique de la gamme… mais passent leur chemin.


Quelle serait la meilleure stratégie à adopter ?

ECB : Certains constructeurs, comme Toyota ou Honda, misent sur l’hybride. Leur stratégie est plus souple. Ils vont regarder les clients s’approprier les innovations technologiques. C’est la clé du succès. Le besoin du marché est d’être moins dépendant du fossile. Il faut trouver le bon compromis entre les usages des automobilistes et les changements qu’ils sont prêts à accepter.


Pourtant Renault semble, lui, miser sur l’électrique…

ECB : C’est une stratégie à haut risque sans beaucoup d’échappatoire. Je ne leur vois pas de plan B. Toyota a prêté des Prius de quatrième génération – des hybrides rechargeables – à des loueurs de voitures pour voir comment les clients allaient utiliser une voiture munie d’une prise sur le côté. La réponse technologique est aussi dans les mains des usagers. On ne va jamais plus vite que la maturité du marché. Toyota boucle son développement technologique en intégrant les usages. Je ne peux pas imaginer que Toyota n’ait pas de véhicules électriques dans les tiroirs. Mais je ne pense pas qu’ils restent sur l’hybride par hasard…

Propos recueillis par Thomas Blosseville.

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