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Métis démocratise les nanotechnologies

Stéphanie Cohen

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Pour faciliter l'accès des petites industries traditionnelles aux nanotechnologies, une association s'est créée, réunissant industriels et chercheurs du CEA. Elle a d'ores et déjà permis l'émergence de plusieurs projets appliqués.

Il ne sera pas dit que les petites entreprises des secteurs traditionnels n'auront pas accès aux nanotechnologies ! Créé à l'initiative de cinq entreprises et du conseil général de l'Isère, Métis accompagne les PME des secteurs du textile et du papier dans l'ère des produits intégrant des nanotechnologies. Unique en son genre, cette structure vise à favoriser l'émergence de projets technologiques concrets par la mutualisation des investissements. Elle permet par ailleurs d'essaimer les compétences reconnues du CEA dans les nanotechnologies vers d'autres secteurs que l'électronique pure et dure. Le tout se passe en particulier dans le nord de l'Isère, riche en PME.

Autour de trois chercheurs salariés permanents, Métis réunit des industriels et une quinzaine de chercheurs du pôle Minatec du CEA, dont l'un est entièrement rattaché à Métis. « Nous sommes arrivés au bout des technologies classiques qui sont aujourd'hui accessibles aux pays à la main-d'oeuvre bon marché, estime Daniel Poirié, directeur industriel de Holding Textile Hermes (HTH). Grâce aux nanotechnologies, nous pouvons envisager de nouvelles fonctionnalités pour nos produits. Dans ce cadre, Métis nous ouvre une porte d'accès inespérée vers le CEA, ce qui n'est pas évident pour une PME. »

Constat identique chez Arjowiggins, pourtant de taille conséquente : « Même une société comme la nôtre ne peut se permettre, seule, de faire réaliser une étude de faisabilité par le CEA », approuve Henri Magnin directeur du centre de R&D d'Apprieu (Isère).

Pour créer des textiles communicants

Métis est un incubateur de projets. Son rôle est d'identifier les thématiques porteuses et de défricher un sujet. « Une fois les verrous technologiques levés et la faisabilité prouvée, un ou plusieurs industriels mènent le projet à son terme », explique Patrick Bonnefond, président de Métis et directeur général de la PME Sofileta.

Chaque mois, un comité technique réunit les différents acteurs. L'objectif est de mettre sur la table les idées de chacun. Cinq grandes thématiques ont été identifiées (voir encadré).

L'un des projets "incubés" les plus avancés, Printronics, est aujourd'hui entre les mains des sociétés Sofileta et Piolat. Labellisé dans le cadre du pôle de compétitivité Minalogic, il vise à développer un procédé, des équipements et des matériaux pour la production de composants électroniques à bas coût, imprimés en polymère sur des substrats souples. « Notre objectif est de créer des textiles communicants pour le domaine médical ou la sécurité, explique Patrick Bonnefond. Nous avons identifié une technologie clé dans le cadre de Métis. En tant que spécialiste du textile, nous avons une grande maîtrise des techniques d'impression sur de grandes surfaces souples et également une connaissance de la production à cadence élevée dans des ambiances industrielles normales. »

Dans ce projet, le CEA s'est chargé de développer les matériaux polymères adéquats et de démontrer la faisabilité du procédé. Métis, de son côté, a mis au point un pilote industriel ainsi que des prototypes. « Ce projet pourrait nous permettre de devenir pionnier dans cette technologie », estime Patrick Bonnefond. Printronics représente pour Sofileta un investissement de 250 000 euros et l'embauche de sept personnes, ce qui est loin d'être une bagatelle pour une entreprise de moins de 50 salariés !

Depuis septembre, un autre projet d'envergure regroupant un ensemble de thématiques, Nanotex, a été labellisé dans le cadre du pôle de compétitivité Techtera (TECHnical TExtiles Rhône-Alpes). Chaque sous-projet a été identifié et incubé par Métis. Nanotex inclut notamment le développement de nanoparticules générant des effets visuels en fonction de contraintes mécaniques, ou d'autres protégeant des rayons UV. « Tout en étant transparentes, certaines nanoparticules peuvent former une barrière contre les UV et ainsi protéger la teinte et les colorants d'un support », précise Henri Magnin.

La lutte contre la contrefaçon fédère également la plupart des industriels. Dans ce cadre, le CEA a développé des nanoparticules et un procédé de fonctionnalisation pour tracer les produits. Le travail de Métis consiste à adapter ces nanoparticules aux procédés d'impression de l'industrie textile/papier. Un démonstrateur a été réalisé et des brevets déposés. Reste à développer un dispositif de lecture simple, portable et peu coûteux.

Dans le domaine hospitalier et celui de la santé, des projets sont en cours comme le développement de particules à activité antibactérienne ou l'intégration de capteurs sur des surfaces textiles. Dans ce domaine, le projet Biotex, qui vise à réaliser l'analyse chimique des fluides corporels, se poursuit dans le cadre du 6e PCRD. De tels textiles seraient destinés aux personnes âgées et isolées, aux convalescents ou encore à des patients souffrant de maladies chroniques.

Posséder une réelle volonté d'innovation

Nombreux donc sont les projets ayant concrètement émergé de Métis. Après une phase exploratoire d'un an, qui a plus que confirmé la réussite de cette structure, la plate-forme Métis a muté en association, il y a un peu plus d'un an. Elle a également décidé d'accueillir, en juillet dernier, un sixième acolyte, Rexor, qui est spécialisé dans les polymères.

Depuis la création de Métis, nombreuses sont les entreprises qui ont exprimé le souhait d'intégrer la structure. Récemment, la fédération du cuir s'est montrée très intéressée par cette initiative. Mais n'entre pas qui veut. Les entreprises impliquées doivent avoir une vraie culture de l'innovation. « Il ne s'agit pas de substituer son activité R&D par Métis, bien au contraire, affirme Patrick Bonnefond. Chaque industriel poursuit en interne ses efforts de R&D, voire les accroît. »

Les critères pour intégrer le club sont clairs : une volonté d'innovation réelle, un positionnement pertinent dans les micro- et nanotechnologies, une démarche motrice et un engagement important, à la fois en termes de temps et d'argent. Par ailleurs, les différentes sociétés ne doivent pas être en concurrence directe. « Nous sommes plus complémentaires que concurrents, estime Reynald Convert, directeur de la R&D de Thuasne. C'est ce qui fait la force de Métis. Nous recherchons la transversalité. » Du coup, pas de problème de confidentialité : « Nous osons mettre nos idées sur la table et en parler tous ensemble, il existe une vraie synergie, ajoute Daniel Poirié. Autour d'un même projet et des mêmes clés technologiques, chacun des industriels bénéficie de retombées différentes pour son domaine d'activités. »

DES APPLICATIONS DANS DES DOMAINES VARIÉS

Le luxe - Pour le domaine du luxe ou le secteur médical, les nanotechnologies peuvent apporter de toutes nouvelles fonctionnalités. Exemple : engendrer un changement de couleur du tissu en fonction de contraintes mécaniques.

La sécurité - Métis a permis l'émergence de plusieurs projets dans le domaine de la sécurité civile, dont le projet européen ProeTEX. Objectif visé : développer des fibres et des textiles instrumentés pour des vêtements d'intervention.

la contrefaçon - La lutte contre la contrefaçon est l'un des axes clés de recherche de Métis. Pour les documents officiels comme pour le textile, l'idée est de tracer les produits grâce à des nanoparticules. Un dispositif de lecture simple, portable et peu coûteux est en développement.

UNE STRUCTURE DE TRANSFERT

- 3 chercheurs salariés permanents - Des chercheurs du CEA-Léti (électronique) et du Liten (matériaux), dont l'un rattaché exclusivement à Métis - Des industriels de secteurs traditionnels - Un budget de 3 millions d'euros par an dont la moitié provient des industriels

SIX PARTENAIRES INDUSTRIELS

- Sofileta : ennoblissement du textile. 40 employés, 47 millions d'euros de chiffre d'affaires. - HTH : textile de luxe. 600 employés, 78 millions d'euros de chiffre d'affaires. - Arjowiggins : secteur du papier et du carton. 8 000 employés, 2 milliards d'euros de chiffre d'affaires. - Thuasne : textile technique médical. 820 employés, 98 millions d'euros de chiffre d'affaires. - Piolat : marché de la photogravure. 140 employés, 14 millions d'euros de chiffre d'affaires. - Rexor : fabrication de plaques, feuilles, tubes et profilés en plastique. 165 salariés, 30 millions d'euros de chiffre d'affaires.

CINQ GRANDES THÉMATIQUES

- Matériaux/nanomatériaux et surfaces fonctionnalisées pour de nouveaux effets visuels ou de nouvelles fonctionnalités - Traçabilité et lutte contre la contrefaçon - Électronique sur substrats souples autres que le silicium - Instrumentation de substrats par des capteurs pour les domaines de la sécurité, de la santé, du sport - Solution de récupération d'énergie sur la personne.

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